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Lendemains d’opportunisme

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Photo AFP Bill Morneau

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Faire le plein de votes et prendre les bonnes décisions pour le pays sont deux choses distinctes. Le gouvernement Trudeau vient de se le faire rappeler. Le Comité consultatif en matière de croissance économique créé par le ministre des Finances vient de juger sévèrement une décision de son dernier budget.

À la lecture de ce rapport, on comprend que la décision du gouvernement Harper de hausser l’âge de la pension de vieillesse à 67 ans était la bonne. En annulant ce rehaussement dans le budget de l’an dernier, le gouvernement libéral a certes respecté une promesse électorale, mais il a agi dans le sens contraire de la santé économique du pays.

Une belle promesse !

Imaginons-nous un instant dans la salle de réunion où a été discuté l’engagement de rétablir la pension à 65 ans. Il devait bien y avoir un réaliste économique qui disait «Les conservateurs ont fait le sale boulot. Ne touchons plus à ça.»

Mais de l’autre côté triomphait l’argument électoral: «Contrairement aux jeunes, les aînés participent massivement au vote.» «Ramener la pension à 65 ans. Voilà un engagement payant, clair et simple à expliquer!» «Le débat sur les pensions, ça marche: souvenez-vous du référendum de 1980!» Le chef libéral a tranché: il fallait faire cette promesse.

Que dit le Comité consultatif aujourd’hui? «(...) nous croyons que les âges d’admissibilité au programme de Sécurité de la vieillesse et au Régime de pensions du Canada devraient être (...) augmentés afin de correspondre à la réalité canadienne d’une société vieillissante et d’une espérance de vie beaucoup plus longue.» Assez clair.

Le comité souligne aussi qu’en agissant de la sorte, le Canada «suivrait une tendance de beaucoup d’autres pays membres de l’OCDE». Sous-entendu: ce que vous avez fait l’an dernier allait en sens contraire des pays sérieux.

Je dois souligner le courage et la transparence du gouvernement libéral d’avoir laissé sortir cette publication sans essayer de camoufler ou de faire effacer ce chapitre. Bien des partis auraient hésité à le faire de crainte de perdre la face.

Corriger l’erreur ?

Le ministre Bill Morneau s’est dit ouvert à la suggestion. Pauvre lui! Comment imaginer défaire dans le prochain budget ce qu’il vient tout juste d’annoncer l’an dernier? Il va sans doute tenter de jouer sur d’autres variables pour atteindre une partie de l’objectif sans marcher à deux pieds dans la peinture fraîche.

Je me permets de rappeler que le ministre des Finances avait supporté l’idée de pousser l’âge de la retraite à 67 ans...dans un livre publié avant de se lancer en politique avec les libéraux de Justin Trudeau. Peut-être que lui-même n’est pas si outré des conclusions du Comité consultatif...

Dans tous les scénarios, il faudra se brancher. Le gouvernement Harper avait en 2012 annoncé un changement qui devait survenir entre 2023 et 2029. Cela donnait plus d’une décennie au futur retraité pour revoir sa planification de retraite. Parce qu’une retraite réussie se planifie, il ne faudrait pas jouer au yo-yo trop longtemps.