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La pilule abortive toujours pas prescrite par les médecins

Le milieu médical n’a pas encore commencé à l’utiliser, même si elle est disponible

À la clinique Morgentaler, plusieurs patientes se renseignent sur la pilule abortive, mais les médecins n’ont pas commencé à la prescrire. Éventuellement, elle pourrait représenter 15 % des avortements.
Photo chantal poirier À la clinique Morgentaler, plusieurs patientes se renseignent sur la pilule abortive, mais les médecins n’ont pas commencé à la prescrire. Éventuellement, elle pourrait représenter 15 % des avortements.

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Bien que la pilule abortive soit disponible au Canada depuis janvier dernier, les médecins n’ont toujours pas commencé à la prescrire, et ignorent encore si elle sera gratuite.

«Pour l’instant, il y a encore beaucoup de questionnements, avoue Caroline Langis, porte-parole du Collège des médecins du Québec (CMQ).

«Ce n’est pas réglé», ajoute-t-elle.

La pilule abortive (Mifegymiso) permet de mettre fin à une grossesse de 49 jours ou moins grâce à deux doses orales prises dans un délai de 48 heures.

Aucune intervention chirurgicale n’est requise, et aucun équivalent n’existe sur le marché, selon des spécialistes.

Gratuite?

En juillet 2015, la pilule a été approuvée par Santé Canada, et elle est disponible sur le marché depuis janvier. Or, le ministère de la Santé (MSSS) n’a pas encore statué à savoir si le médicament (valeur de 300 $) sera remboursé ou non, au même titre que les avortements.

«La couverture par le régime public de la pilule abortive est un enjeu qui n’est pas encore résolu», écrivait le Collège dans un document publié lundi dernier.

Selon nos informations, aucun médecin ne l’a encore prescrite, et aucun code d’acte n’y est associé.

«On est désappointé de la lenteur du dossier, mais on a espoir que ça va se régler», dit France Désilets, directrice de la clinique Morgentaler.

« On est prêts »

«On est prêts à l’offrir. Mais, un jugement au Québec dit que l’avortement doit être gratuit. On veut un accès gratuit (à la pilule)», dit-elle.

Depuis septembre dernier, l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS) a le mandat d’évaluer comment d’autres pays utilisent cette pilule, et recommandera au MSSS comment l’inclure dans les services (la rembourser ou pas).

Les conclusions ne seront toutefois pas connues avant mars, indique-t-on.

Par ailleurs, les règles strictes entourant la distribution de la pilule abortive causent des dilemmes.

Un des problèmes est que la compagnie qui produit Mifegymiso et Santé Canada exigent qu’elle soit vendue par le médecin.

Or, au Québec, cette compétence relève des pharmaciens. Actuellement, une patiente qui voudrait prendre la pilule devrait consulter un médecin, l’acheter ensuite à la pharmacie, et revenir en cabinet pour prendre la première dose devant le médecin.

Malgré ce flou temporaire, le CMQ ne peut pas empêcher les médecins de prescrire.

«Si un médecin veut traiter une patiente, il faut absolument qu’il parle au pharmacien pour que la patiente ne tombe pas entre deux chaises», dit Mme Langis.

Discussions en cours

Par ailleurs, les médecins qui voudront la prescrire devront détenir une certaine certification. Du côté de l’Ordre des pharmaciens, on souligne que les discussions se poursuivent avec le ministère de la Santé, et on espère trouver une «trajectoire de soins» qui conviendra à tous.

Selon Mme Désilets, plusieurs femmes se renseignent actuellement sur cette pilule, qui pourrait éventuellement représenter de 10 % à 15 % des avortements au Québec.

«Mais ce n’est pas une petite granule qu’on donne», dit-elle. Il y a plus de gestion de la douleur et de risques de saignements.»

Qu’est-ce que La pilule abortive ?

À la clinique Morgentaler, plusieurs patientes se renseignent sur la pilule abortive, mais les médecins n’ont pas commencé à la prescrire. Éventuellement, elle pourrait représenter 15 % des avortements.
Photo courtoisie
  • Aussi appelée Mifegymiso
  • Permet l’avortement jusqu’à 49 jours
  • La femme prend une première dose devant le médecin.
  • La deuxième dose se prend à la maison dans les 24 h à 48 h suivantes, et s’ensuit l’avortement
  • Peut causer plus de saignements et de douleur
  • Coûte environ 300 $
  • Aucune autre pilule équivalente au Québec
  • Utilisée dans 60 pays à travers le monde depuis près de 30 ans