/misc
Navigation

Le CSPQ est-il irréformable?

Le dossier du Centre des services partagés du Québec exaspère le libéral André Drolet, le caquiste Éric Caire et le péquiste Guy Leclair.
Photos d'archives Le dossier du Centre des services partagés du Québec exaspère le libéral André Drolet, le caquiste Éric Caire et le péquiste Guy Leclair.

Coup d'oeil sur cet article

C’est le jour de la marmotte pour le Centre des services partagés du Québec (CSPQ) qui devra encore rendre des comptes aux parlementaires après un autre rapport alarmant de la Vérificatrice générale. Les élus sont à bout de patience et ont demandé un rendez-vous pour la Saint-Valentin.

Malgré de nombreux rapports accablants pour sa gestion, l’organisme, qui a dépensé 5 G$ depuis sa création il y a dix ans, n’a pas réglé de sérieux problèmes dénoncés depuis plusieurs années. Les parlementaires auront l’occasion de revenir sur le sujet, le 14 février à la Commission de l’administration publique (CAP).

Le Centre, qui octroie plus de 2 000 contrats par année, a été créé dans deux objectifs en 2005 : signer des contrats regroupés au nom de plusieurs ministères et être délégué par un ministère afin de passer un contrat à sa place. L'organisme est aussi beaucoup impliqué dans les projets informatiques.

Le CSPQ devait devenir un grand générateur d’économies et un centre d’excellence.

Mais, en 2014, la vérificatrice générale concluait que le CSPQ «n’est pas encore devenu le centre d’excellence qu’il devait être [...] De plus, il n’a pas démontré qu’il pouvait générer les économies gouvernementales attendues».

La VG constatait aussi un «manque de rigueur» et la plupart des conseillers en acquisition du CSPQ ont «peu de connaissances» des produits qu’ils achètent.

Les élus siégeant à la CAP ont ensuite demandé au CSPQ de revoir ses méthodes. La VG a aussi émis des recommandations.

Mais encore une fois, en mai 2016, la VG a déposé un rapport embarassant pour l’organisme qui a dépensé 577 M$ l’an dernier.

9 échecs

Ce rapport consistait en un suivi de celui de 2014. Or, sur les 26 recommandations souhaitées, neuf sont jugées «insatisfaisantes»!

C’est pourquoi les élus de la CAP veulent encore une fois interroger le CSPQ le 14 février (un report n’est toutefois pas exclu). Et ça risque de barder. Les parlementaires réussiront-ils à déclencher une vraie réforme du CSPQ cette fois-ci?

Cette audition en commission s’annonce déjà houleuse, alors que tous les partis politiques exigent des réponses.

Des élus préoccupés

Croisé au Parlement, le député libéral et membre de cette commission parlementaire, André Drolet, a déclaré: «La VG est nos yeux et on est ses bras.» Si les recommandations ne sont pas respectées, il faudra encore une fois exiger plus de «rigueur», a-t-il prévenu.

Souvent cinglant à l’endroit du CSPQ, le député de la Coalition avenir Québec, Éric Caire, ne change pas de ton.

«Personnellement, j’ai arrêté de croire que le CSPQ pouvait être la solution (...) Le Centre n’a jamais été capable d’être autre chose que le problème», lance celui qui exige carrément le «démantèlement» de cet organisme.

Le député du Parti Québécois, Guy Leclair, n’est pas plus tendre. Il dit avoir «bien hâte» à cette rencontre. « Le CSPQ n’a rien prouvé», déplore-t-il. Concernant les économies promises, «j’attends encore», ajoute celui qui parle de «gaspillage évident».

Lorsqu’il était président du Conseil du trésor, Martin Coiteux avait amorcé une réforme au CSPQ. Il voulait «l’améliorer de façon substantielle». Le gestionnaire réputé de la fonction publique, Denys Jean, a ensuite pris les rênes de l’organisme, lequel avait besoin d’une meilleure gouvernance. Cette arrivée a eu des effets bénéfiques; la VG a d’ailleurs fait état de plusieurs améliorations. Mais des problèmes préoccupants persistent.

Voici quelques constats de la VG dans son rapport publié en mai dernier et qui fera l’objet de l’audition en commission le 14 février :

  • «Le CSPQ n’a pas encore de données suffisantes pour établir des objectifs et des cibles lui permettant d’évaluer la performance de l’ensemble de ses services» pour ses achats.
  • «Le CSPQ n’a toujours pas mis en place les mécanismes lui permettant d’obtenir une information de gestion fiable et suffisante (...) De plus, il n’existe pas de plan d’action détaillé pour y parvenir.».
  • «Le Centre ne calcule toujours pas les économies gouvernementales liées à l’allégement des processus administratifs».
  • «Nous avons d’ailleurs remarqué que les gestionnaires» du CSPQ n’ont pas l’information pour vérifier la validité des informations de leurs employés lorsqu’ils approuvent leurs feuilles de présence.
  • Le CSPQ se vante de faire des économies en faisant des achats regroupés, notamment en soulignant que l’achat aurait été plus couteux sans ce regroupement. Mais la VG a découvert que le «CSPQ se fie uniquement à la déclaration» du vendeur. Mme Leclerc explique que le CSPQ devrait évidemment valider cette information par d’autres moyens.
  • «La mise en place d’une gestion intégrée des risques n’est pas encore acquise: le CSPQ a recensé certains risques, mais les mesures de mitigation ne sont pas encore toutes déterminées.»
  • Aucune «directive ou attente particulière» n’ont été formulée «à l’intention des conseillers en achats» du CSPQ concernant les enjeux de développement durable.
  • «30 % des clients du CSPQ sont insatisfaits à l’égard de la communication sur le suivi de dossier.»

Vous avez des suggestions de questions pour les parlementaires? N’hésitez pas à nous les faire dans la section «Commentaires». Si vous avez des informations concernant le CSPQ, vous pouvez m’écrire à l’adresse jean-nicolas.blanchet@quebecormedia.com ou par le biais de notre système ultra-sécurisé de transmission d’information Dossier Secret, dont le fonctionnement est expliqué à l'adresse ici.