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La santé en otage de l’idéologie

Euro packs in the capsule, pill. Healthcare costs or financial a
Maksym Yemelyanov - Fotolia Nous ne connaissons qu’un seul remède aux maux de la santé : injecter toujours plus d’argent public.

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Au Québec, préserver l’intégrité d’un système de santé 100 % étatique a toujours été plus important que de soigner les gens dans les plus brefs délais possibles. Nous sommes tous égaux devant l’attente. Et devant la mort qui parfois survient à cause de l’attente.

Toute solution pour désengorger le système qui comporterait le moindre recours au privé est jugée immorale.

Même si l’État économise, même si les patients attendent moins longtemps, même si les soins sont meilleurs.

Nous ne connaissons qu’un seul remède aux maux de la santé: injecter toujours plus d’argent public. Mais qui peut affirmer que cette valse des milliards a changé quelque chose, à part la rémunération des médecins?

À Québec en 2016, la moitié des cancéreux n’avaient pas été opérés dans les temps prescrits, selon Le Journal de Québec.

Une idée à explorer

Nous apprenions cette semaine que 19 médecins spécialistes font le va-et-vient entre le public et le privé, se désaffiliant temporairement de la RAMQ pour traiter des patients au privé, avant de revenir à leur clientèle côté public.

Où est le scandale?

Cela libère des rendez-vous au public pour ceux qui ne veulent pas, ou ne peuvent pas payer. Cela permet aux médecins d’acquérir de l’équipement de pointe qu’ils ne pourraient s’offrir autrement, en plus d’améliorer leur productivité.

Pourquoi les médecins ne pourraient-ils pas avoir une clientèle mixte, en légiférant un équilibre entre le public et le privé? Soyons encore plus audacieux: pourquoi le Québec ne pourrait-il pas avoir un système mixte ET universel comme c’est le cas en France, en Grande-Bretagne et même en Suède?

Au dernier classement des meilleurs systèmes compilé par l’Organisation mondiale de la santé, la France occupait le 1er rang, la Grande-Bretagne, le 18e et la Suède, le 23e. Le Canada arrivait 30e.

L’idéologie au centre du système

Comme le soulignait au Journal l’ophtalmologiste Danny Dreige, un des 19 médecins qui fait la navette entre la RAMQ et le privé, entre l’hôpital de Baie-Comeau et une clinique de Québec, la Régie limite l’accès aux salles d’opération, ce qui l’empêche d’opérer plus de patients au public.

Il fait quoi, le reste du temps? Il joue au golf?

«Ils limitent tout, ils ne pensent qu’au budget et nous limitent pour des niaiseries, dit-il. C’est d’une absurdité totale.»

En 2005, la Cour suprême du Canada statuait, avec l’arrêt Chaoulli, que les Québécois qui n’ont pas accès aux soins de santé publics dans des délais raisonnables devraient avoir la possibilité de contracter une assurance pour être soignés au privé.

«L’accès à une liste d’attente n’est pas l’accès aux soins de santé», concluait la juge en chef Beverley McLachlin.

La révolution n’a pas eu lieu. Le gouvernement a limité l’application du jugement aux chirurgies du genou, des cataractes et de la hanche. Impossible avec cette limite arbitraire, combinée à l’interdiction de pratiques médicales mixtes, de rendre l’assurance privée rentable.

Oui, mais... selon Enquête, quatre ophtalmologistes de Boisbriand auraient profité d’un partenariat public-privé «temporaire» pour s’en mettre plein les poches.

Pensez-vous qu’une compagnie d’assurances privée aurait attendu quatre ans avant de poser des questions?