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L’Afghanistan, ça vous dit quelque chose?

Cette semaine, le général John Nicholson, commandant des forces américaines sur le terrain en Afghanistan, s’est présenté au Congrès pour demander quelques milliers de soldats de plus «pour trouver le succès au cours des quatre prochaines années».
Photo AFP Cette semaine, le général John Nicholson, commandant des forces américaines sur le terrain en Afghanistan, s’est présenté au Congrès pour demander quelques milliers de soldats de plus «pour trouver le succès au cours des quatre prochaines années».

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Ça n’en finit pas. Les États-Unis et leurs alliés, dont le Canada, ont donné l’assaut contre l’Afgha­nistan des talibans quelques semaines seulement après les attaques du 11 septembre 2001. Cette semaine, 5600 jours plus tard, des attentats ont fait des dizaines de victimes dans ce qui a été décrit comme «une détérioration majeure de la sécurité» là-bas. En viendra-t-on jamais à bout?

Mardi, un attentat-suicide juste à l’extérieur de la Cour suprême, à Kabou­l, a fait 22 morts; un geste des talibans, croit-on, qui s’acharnent sur le système judiciaire depuis que six de leurs militants ont été exécutés en mai 2016.

Le lendemain, six employés de la Croix-Rouge perdaient la vie dans une embuscade tendue, selon les responsables locaux, par les combattants de l’État islamique; un crime commis dans la province de Djozdjan, à la frontière du Turkménistan, un des rares secteurs encore relativement sûrs dans le nord du pays.

Ainsi de suite depuis 15 ans

2016 a été une (autre) année misérable pour les Afghans: 6785 soldats ont été tués, tandis que près de 12 000 autres ont été blessés. Les civils sont aussi fauchés en nombre record: près de 3500 tués et 8000 blessés avec, encore plus tragique, une hausse de 65 % des victimes chez les enfants.

L’Afghanistan a montré les limites de la puissance militaire et financière des États-Unis. Malgré les 2350 combattants perdus et près de 900 milliards de dollars engloutis, le Pentagone y reste empêtré. Au point où, cette semaine encore, le général John Nicholson, commandant des forces américaines sur le terrain, s’est présenté au Congrès pour demander quelques milliers de soldats de plus «pour trouver le succès au cours des quatre prochaines années».

Quatre années de plus signifieraient que Washington aura passé 20 ans à essayer de mettre de l’ordre et de rame­ner la paix dans un pays situé à plus de 11 000 kilomètres de ses frontières. Sans grand espoir, apparemment, d’y parvenir, car le général Nichol­son a reconnu que non seulement les talibans avaient gagné du territoire au cours de 2016 et que les extrémistes de l’État islamique y étaient de plus en plus actifs, mais que des dizaines de milliers de soldats que l’armée afgha­ne affirme compter dans ses rangs n’existent pas en fait. Ô corruption, quand tu nous tiens!

Une crise, puis une autre

Et puis, il y a les Russes. Eh oui, les Russes qui, toujours selon le commandant américain, cherchent à miner les opérations des États-Unis et de l’OTAN en Afghanistan, le général Nichol­son s’avouant «préoccupé par le niveau croissant» de soutien de la Russie aux insurgés talibans.

Pendant la douzaine d’années que les soldats canadiens y ont été déployés, l’Afghanistan se trouvait sur notre radar. On avait du mal à saisir – même nous, les journalistes qui nous rendions là-bas – l’impact à long terme qu’allait avoir un tel engagement militaire.

Nous étions capables de voir, au mieux, certains Afghans profiter de cette soudaine surdose de modernité, au pire, des soldats, les nôtres, risquer leur vie pour un monde archaïque et inamical. Nous n’y sommes plus, la sécuri­­té n’est pas meilleure et les Américains sont partis pour y rester embourbés encore longtemps. Il est franchement difficile de voir l’Afghanistan autrement que comme un trou sans fond de désespoir.

LE NAUFRAGE DE L’AFGHANISTAN

% du pays contrôlé par le gouvernement central :

Novembre 2015 72 %

Mai 2016 66 %

Novembre 2016 57 %


Victimes afghanes en 2016 :

Soldats

6785 tués

11 777 blessés

Civils

3498 tués, dont 923 enfants

7920 blessés, dont 2589 enfants


Troupes de la coalition tuées depuis 2001 :

États-Unis 2350

Royaume-Uni 453

Canada 158 (+ 2 travailleuses humanitaires, 1 journaliste et 1 diplomate)

France 88

Allemagne 57