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Le droit de grève étudiant toujours pas encadré

L’ancien leader Gabriel Nadeau-Dubois presse le gouvernement d’agir

Les étudiants avaient multiplié les sorties dans les rues lors de ce conflit étudiant en 2012, le plus long de l’histoire du Québec.
Photo KARL TREMBLAY Les étudiants avaient multiplié les sorties dans les rues lors de ce conflit étudiant en 2012, le plus long de l’histoire du Québec.

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Cinq ans après le conflit étudiant le plus long de l’histoire du Québec, une épineuse question reste toujours en suspens: la légitimité du droit de grève étudiant. L’ancien leader Gabriel Nadeau-Dubois presse le gouvernement d’agir.

«Le statu quo est intenable. Là-dessus, les partisans et les opposants aux grèves étudiantes vont s’entendre», lance Gabriel Nadeau-Dubois, lors d’un récent entretien avec Le Journal.

En 2012, des étudiants multiplient les injonctions afin de forcer les établissements d’enseignement à donner leurs cours malgré les votes de grève. Dans plusieurs cas, les tribunaux ordonnent la tenue des cours. Des policiers doivent intervenir sur des campus où plusieurs affrontements éclatent entre opposants et partisans de la grève étudiante. Les cours sont parfois suspendus malgré les injonctions, pour éviter les dérapages.

Légalité pas établie

De son côté, le gouvernement Charest ne reconnaît pas non plus le droit de grève aux étudiants et préfère plutôt parler de «boycott». Ce changement de ton met ainsi fin à une «entente historique» qui prévalait jusqu’à maintenant entre le gouvernement et les étudiants, rappelle Gabriel Nadeau-Dubois.

De son côté, la Cour d’appel du Québec a statué dans un jugement rendu au début 2016 que le flou juridique entourant cette question est bien réel puisque l’illégalité ou non du droit de grève étudiant n’est toujours pas établie.

Oui à l’encadrement

Gabriel Nadeau-Dubois se dit ouvert à la mise en place de balises ou de règles communes afin «d’uniformiser un peu» les procédures encadrant les votes pris lors des assemblées si ces dispositifs permettent de reconnaître officiellement le droit de grève étudiant. «Les associations étudiantes ont le droit de déterminer comment elles veulent fonctionner. Après ça, est-ce qu’il y a moyen de mettre des règles de base? Je ne vois pas de problème avec ça», affirme-t-il.

C’est ce que réclame haut et fort depuis déjà trois ans la Fédération des cégeps. Son président-directeur général, Bernard Tremblay, presse aussi le gouvernement de se pencher sur la question. «On ne peut pas se mettre la tête dans le sable. Ce n’est pas en situation de conflit qu’il faut régler ça», lance-t-il.

Mais les règles communes proposées (voir encadré) sont loin de faire l’unanimité dans le mouvement étudiant, souligne M. Nadeau-Dubois, qui est lui-même en désaccord sur certains points.

L’ancien porte-parole étudiant rappelle que la situation est «délicate pour tout le monde». «Le gouvernement ne veut pas avoir l’air de concéder quelque chose au mouvement étudiant, qui n’a pas toujours bonne presse, et les associations étudiantes veulent garder leur autonomie, affirme-t-il. Tout le monde a beaucoup à perdre. Mais ça va se reproduire, il ne faut pas penser que c’est derrière nous.»

Le nouveau visage du mouvement étudiant

Le 13 février 2012, un premier groupe d’étudiants tombait en grève générale illimitée, ouvrant la voie à ce qui allait devenir le plus long conflit étudiant de l’histoire du Québec. Cinq ans plus tard, le visage du mouvement étudiant a changé, mais des batailles ont été gagnées. Le Journal fait le point.

Une disparition, deux nouveaux joueurs

Après avoir été un des principaux joueurs du mouvement étudiant pendant 25 ans, la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ) a rendu l’âme en 2015, après une vague de désaffiliation. Plusieurs associations étudiantes critiquent alors son manque de transparence et son mode de fonctionnement.

Deux nouvelles associations sont créées sur les cendres de la FEUQ. L’Union étudiante du Québec est «plus inclusive» et «différente dans son fonctionnement», selon son président, Nicolas Lavallée. De son côté, l’Association pour la voix étudiante du Québec se veut une organisation plus militante «sans être aussi combative» que l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSÉ). «On représente le juste milieu», explique son coordonnateur général, Christophe Gyorffy.

Plusieurs associations étudiantes ne sont toutefois pas affiliées à un regroupement national, ce qui fait dire à l’ancienne leader étudiante Martine Desjardins que le mouvement étudiant est dans une «période de latence» qui n’est pas étrangère à la bonne entente qui règne présentement avec le gouvernement.

Après la sourde oreille, le dialogue

Le climat entre les associations étudiantes et le gouvernement a en effet beaucoup évolué depuis 2012.

«Le gouvernement actuel semble avoir ouvert le dialogue avec les associations étudiantes, contrairement au gouvernement Charest qui leur a fait la sourde oreille», souligne l’ancien président de la FEUQ, Pierre-André Bouchard-St-Amand. Ce dialogue a permis aux étudiants de faire «des gains importants» au cours des derniers mois avec le réinvestissement des 80 millions $ provenant d’Ottawa dans l’aide financière aux études et la création d’un programme de mobilité étudiante dans les cégeps en région.

PROPOSITION DE LA FÉDÉRATION DES CÉGEPS POUR ENCADRER LE DROIT DE GRÈVE ÉTUDIANT

Les étudiants avaient multiplié les sorties dans les rues lors de ce conflit étudiant en 2012, le plus long de l’histoire du Québec.
Photo ANNIE T ROUSSEL
  • Établir un taux de participation minimum à l’assemblée
  • Établir l’obligation de tenir un vote secret
  • Établir un seuil minimal de 50 % + 1 des étudiants se prononçant sur une décision concertée
  • Établir que le vote sur l’action concertée soit l’objet d’une reconsidération dans un délai raisonnable et prédéterminé
  • Favoriser l’utilisation par les associations étudiantes du vote à distance ou du référendum
  • Dans la mesure où ces conditions seraient respectées, l’ensemble des étudiants seraient liés au résultat du vote

Source: résolution adoptée à l’unanimité en septembre 2013 par la Fédération des cégeps

LES PRINCIPAUX JOUEURS

Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSÉ)

  • Moins de 70 000 membres dans les cégeps et universités

Union étudiante du Québec (UEQ)

  • 72 000 membres provenant de six associations d’étudiants universitaires

Association pour la voix étudiante au Québec (AVEQ)

  • 40 000 membres provenant de deux universités

La Fédération étudiante collégiale du Québec

  • 65 000 étudiants provenant de 22 cégeps

QUE SONT-ILS DEVENUS ?

Léo Bureau-Blouin

Les étudiants avaient multiplié les sorties dans les rues lors de ce conflit étudiant en 2012, le plus long de l’histoire du Québec.
Photo Ghyslain Lavoie

Ancien président de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ)

Après avoir été député du Parti québécois, Léo Bureau-Blouin a décroché la bourse Rhodes, une des plus prestigieuses au monde, qui lui permet depuis septembre de poursuivre gratuitement ses études en droit à l’Université Oxford, en Angleterre.

Martine Desjardins

Ancienne présidente de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ)

Chroniqueuse au Journal, Martine Desjardins est aussi présidente du Mouvement national des Québécois. Elle a été ex-candidate du Parti québécois en 2014 et commissaire pour la Commission sur l’éducation à la petite enfance.

Gabriel Nadeau-Dubois

Les étudiants avaient multiplié les sorties dans les rues lors de ce conflit étudiant en 2012, le plus long de l’histoire du Québec.
Photo Ghyslain Lavoie

Ancien co-porte-parole de la Coalition large de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE)

Pressenti pour succéder à Françoise David comme candidat pour Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois est toujours en réflexion. Il veut d’abord terminer le travail amorcé cet automne dans le cadre de la tournée de consultations «Faut qu’on se parle», une initiative politique non partisane. Depuis 2012, il est intervenu dans plusieurs médias et a complété une maîtrise en sociologie.