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Une rencontre encourageante

Trudeau n’a pas critiqué publiquement le décret anti-immigrant lors de son premier entretien avec le président

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WASHINGTON | Si le premier tête-à-tête entre Donald Trump et Justin Trudeau ne s’est pas soldé par un coup de foudre lundi, l’imprévisible président a néanmoins voulu calmer certaines craintes, entre autres au sujet de l’ALÉNA.

Le gouvernement Trudeau a pu pousser un soupir de soulagement, alors que l’incertitude planait sur l’avenir des relations canado-américaines depuis l’élection du président Trump, dont plusieurs des positions tranchent radicalement avec celles du premier ministre.

Le caractère instable du nouvel occupant de la Maison-Blanche faisait craindre le pire à plusieurs. Or, tout porte à croire que la rencontre de lundi s’est bien déroulée. Reste à voir si les assurances de Trump se concrétiseront.

Photo AFP

Partenaire important

Le président a notamment reconnu l’importance du Canada comme partenaire commercial et a promis qu’il ne voulait que des «ajustements mineurs» à l’Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA), lors d’un point de presse conjoint à la Maison-Blanche.

L’avenir de ce traité de libre-échange inquiétait particulièrement au pays. On ignorait jusqu’où le président Trump était prêt à aller pour le renégocier.

«C’est [l’ALÉNA] une préoccupation pour bien des Canadiens, parce qu’on sait à quel point notre économie est extrêmement dépendante des liens que nous avons avec les États-Unis», a soutenu M. Trudeau.

«Nous avons une relation commerciale remarquable avec le Canada. Nous allons faire des ajustements mineurs [à l’ALENA], nous allons faire certaines choses qui vont profiter à nos deux pays», a indiqué M. Trump.

Le président a ajouté que «l’Amérique est très fortunée d’avoir un voisin comme le Canada». «Nous avons l’occasion de construire encore plus de ponts et des ponts de coopération et de commerce», a-t-il émis.

Ouverture aux réfugiés

Questionné au sujet de l’accueil de réfugiés et l’immigration, M. Trudeau a assuré qu’il n’avait pas l’intention de «faire la leçon» aux autres pays. Il a néanmoins souligné avec force que le Canada entendait poursuivre sa politique d’«ouverture» sur les réfugiés et être «un exemple positif pour le monde».

Trudeau et Trump entourés de femmes

Photo AFP

Le président américain a profité de sa rencontre avec Justin Trudeau pour s’entourer de femmes d’affaires cana­diennes et américaines. La rencontre pourrait aider Trump à se distancer de l’image de misogyne qu’il a acquise pendant la campagne.

Les deux dirigeants ont promis de mettre en place des politiques pour améliorer l’accès au monde des affai­res aux femmes, notamment la création du Conseil canado-américain sur la question.

Parmi les participantes, on comptait l’ancienne présidente de Desjardins, Monique Leroux, ainsi que la fille de Donald Trump, Ivanka. Cette dernière avait d’ailleurs une place d’honneur aux côtés de Trudeau (photo du haut).

Une poignée de main scrutée à la loupe

Après la poignée de main de près de 20 secondes entre Trump et le premier ministre japonais Shinzo Abe la semaine dernière, qui avait créé tout un malaise, les journalistes et internautes attendaient avec impatience que MM. Trump et Trudeau se serrent la pince.

Or, la poignée de main avec M. Trudeau n’aura duré que quelques secon­des sous les flashs des photographes.

Si les internautes ont jugé que le premier ministre avait été «ferme», ils ont également applaudi le fait que M. Trudeau a résisté à la tendance du nouveau président de tirer agressivement ses vis-à-vis vers lui lorsqu’il leur serre la main.

Une photo de Trudeau père en cadeau

Photo courtoisie

Justin Trudeau a offert en cadeau une photo prise en 1981 à New York, dans laquelle le président Donald Trump apparaît en compagnie de son père Pierre Elliott Trudeau.

«Quelle belle photo! Je vais la conserver dans un lieu spécial», s’est exclamé M. Trump, qui a précisé qu’il «connaissait et respectait grandement» le père de Justin Trudeau.

Il a aussi offert en cadeau au président une sculpture de lion provenant de l’édifice de l’Ouest, au Parlement.

Fustigé par le npd

OTTAWA | Justin Trudeau s’est fait «complice» de Trump en évitant d’aborder publiquement le décret présidentiel anti-immigrant lors de son tête-à-tête à Washington, croit l’opposition néo-démocrate.

«Qui ne dit mot consent», a tranché la députée Hélène Laverdière, lundi, dans le Foyer de la Chambre des communes. Le controversé décret sur l’immigration, actuellement suspendu par la justice, interdit l’entrée aux États-Unis aux ressortissants de sept pays à majorité musulmane.

Elle estime que Justin Trudeau avait le devoir d’exprimer ses «préoccupations» au nom des Canadiens. D’autant plus que les positions anti-immigrants et réfugiés du président Trump ont des répercussions au pays, note Mme Laverdière.

De son côté, l’opposition conservatrice continue de s’inquiéter pour l’emploi au Canada, malgré les propos rassurants de Trump sur le libre-échange.

La chef intérimaire du Parti conservateur, Rona Ambrose, a accusé Justin Trudeau de ne pas avoir de «plan» pour éviter une fuite des «jobs» au sud de la frontière.

Le bulletin de Trudeau, selon nos experts

US-CANADA-DIPLOMACY-TRUMP-TRUDEAU
Demeurant ferme face à Donald Trump, Justin Trudeau a, entre autres, assuré hier qu’il était possible d’accueillir des réfugiés tout en assurant la sécurité du pays. Un point de vue que ne partage pas le président américain.
Photo AFP
Demeurant ferme face à Donald Trump, Justin Trudeau a, entre autres, assuré hier qu’il était possible d’accueillir des réfugiés tout en assurant la sécurité du pays. Un point de vue que ne partage pas le président américain.

Un Très bon départ 8,5/10

Les Canadiens peuvent soupirer de soulagement après une première rencontre «réussie» pour Justin Trudeau face à son homologue américain, croit l’expert en relations internationales à l’Université d’Ottawa et ancien ambassadeur Ferry de Kerckhove.

«M. Trump a souligné l’importance de l’OTAN, lui qui avait dit par le passé que c’était désuet. Il a réitéré les importants liens économiques avec le Canada, il a mentionné la relance du pipeline Key­stone XL et il a promis que les travaux d’infrastructure se feront dans le respect de l’environnement. Tous ces éléments sont extrêmement positifs», a analysé M. de Kerckhove.

Le plus dur reste à venir 8/10
 
Si la première rencontre avec Trump a été positive, les négociations majeures entre le Canada et les États-Unis qui pourraient poser problème, telles que l’ALÉNA et les politiques d’immigration, restent toujours à venir, croit le professeur émérite de sciences politiques à l’Université Laval, Louis Balthazar.

«Ils ont bien affiché des sourires, mais cette relation est très différente de celle avec Barack Obama. Ce n’est pas du tout une “bromance” et Trump n’est pas gagné. Donc les problèmes sont à venir pour Trudeau et il doit être prêt», a expli­qué M. Balthazar.

Le diable sera dans les détails 7/10

Même si la rencontre s’est bien passée devant les caméras, le plus important de la rencontre entre Trudeau et Trump est ce qui s’est dit derrière des portes closes et loin des microphones, croit Graham Dodds, professeur de sciences politiques à Concordia.

Or, le diable est dans les détails lorsqu’arrive le temps de renégocier des politiques économiques, a noté l’expert. Celui-ci n’exclut donc pas que M. Trump ait fait des annonces beaucoup plus fermes ou difficiles à M. Trudeau avant d’affronter les caméras.

-Christopher Nardi, Le Journal