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Bienvenue à FatigueVille

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FatigueVille n'est pas un lieu physique que l'on peut atteindre en autobus, en avion ou en Bixi.... surtout pas en Bixi.

FatigueVille est un lieu temporel. Pour s'y rendre, le chemin est très simple. Laissez votre GPS de côté. Il suffit de passer quelques mauvaises nuits, avoir un horaire très chargé et vous voilà arrivé.

Il est facile de reconnaître les gens qui ont visité cette ville dernièrement. Leurs yeux sont vitreux et leur regard semble être perdu dans une légère brume. Comme un mélange de doute et d’oisiveté. Leur teint fait penser à celui du gruau, le soleil se fait rare à FatigueVille. Sous leurs yeux on peut remarquer de petites pochettes, des cernes. Comme une fatigue à emporter, du sommeil take-out.

Dans cette cité, tout semble plus difficile et plus lourd. La moindre petite tâche porte le poids de mille corvées et personne ne peut réellement vous aider. Un fatigué (nom des habitants) n’est pas d’une grande aide si vous avez un problème. Ses intentions sont nobles, mais il est, en général, trop occupé à garder ses énergies pour simplement réussir à survivre.

Dès qu'on pose les pieds dans la capitaledu bâillement, on sent que notre cerveau se ramollit. Notre tête devient un cuiseur à riz et notre matière grise prend la consistance d'un basmati trop cuit.

Les réflexes ne sont pas de la partie, pas plus que le sens de la déduction. Il est donc fréquent de voir des gens se fracasser l'orteil sur une chaise ou oublier leur numéro de cadenas.

Les marchands de café sont les plus riches propriétaires terrestres du secteur. Ils vendent des solutions temporaires dans de petites tasses. Comme un élixir de jeunesse, une fontaine de Jouvence avec 2 laits et un sucre.

À FatigueVille, personne ne dort, mais tout le monde rêve. On rêve d’avant. Aux moments dans notre vie où nous avons dormi. Les lits douillets qui ont bercé nos nuits, autant que les sofas sur lesquels on somnolait devant une reprise de Retour vers le futur 2.

On rêve au sommeil comme les prisonniers rêvent de liberté. Car FatigueVille, un peu comme Guantanamo ou Alcatraz, est un lieu où il est beaucoup plus facile de s’y rendre que d’en revenir.

Les premiers jours sont les plus durs. On essaie de combattre notre sort, dans une phase de déni ou nous nous répétons «non non je ne suis pas fatigué», mais en vain.

Plus le temps passe et plus on s’adapte. On marche toujours, mais plus lentement. On réfléchit toujours, mais moins longtemps. On dort toujours, mais pas souvent.

Je suis moi-même citoyen temporaire de FatigueVille depuis un temps. Mais je garde espoir. Car, bientôt, j’aurai des vacances. Bientôt, on signera mon papier de déportation vers la réalité.