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De tourmente en tourmente, pas le temps de souffler

Donald Trump pourrait-il avoir mandaté Michael Flynn d’informer les Russes que les dernières sanctions n’allaient pas tenir dans sa Maison-Blanche?
photo afp Donald Trump pourrait-il avoir mandaté Michael Flynn d’informer les Russes que les dernières sanctions n’allaient pas tenir dans sa Maison-Blanche?

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WASHINGTON | Il faisait un vent à ne pas tenir debout dimanche soir et tout au long de la matinée de lundi à Washington. Des vents que les météorologues n’ont vu se lever qu’au dernier moment. Du coup, les dégâts ont été encore plus impressionnants: j’ai un collègue allemand dont la BMW a été broyée par l’affaissement d’un arbre centenaire.

La tourmente, elle se vit au propre comme au figuré dans la capitale américaine ces jours-ci. Il y a ces tempêtes prévisibles, qu’on voit venir de loin – comme celle provoquée par le décret présidentiel sur l’immigration – et celles qui s’abattent soudainement et ébranlent des structures qu’on croyait inflexibles.

Le poste de conseiller à la sécurité nationale est un des plus importants à la Maison-Blanche. C’est ce conseiller qui, en face à face, parle de guerre et de paix avec le président. C’est lui (ou elle) qui aborde avec le commandant en chef les questions les plus pointues, les plus délicates et les plus inquiétantes.

UN GÉNÉRAL UN PEU TROP AUDACIEUX

Donald Trump avait choisi le général à la retrai­te Michael Flynn pour occuper ce poste stratégique. Un homme brillant, mais aussi un loose canon que le président Obama, qui l’avait nommé directeur de l’Agence de renseignement de défense, avait fini par limoger.

Durant la dernière campagne présidentielle, Flynn s’était lancé corps et âme derrière Donald Trump. Et Trump, un homme extrêmement loyal, a confié la sécurité nationale, dès la victoire surprise digérée, à son général de 58 ans. Il ne s’agissait plus que d’attendre l’investiture du nouveau président pour qu’il se mette pleinement au travail.

C’est là que tout s’est embrouillé. À la toute fin de l’année dernière, le général Flynn a fait des appels téléphoniques à l’ambassadeur russe à Washington, Sergey Kislyak, et ce, le jour même où Barack Obama – qui était toujours président à ce moment-là – renforçait les sanctions contre la Russie après avoir conclu que le Kremlin était intervenu dans le processus électoral américain.

DEMI-VÉRITÉS OU MENSONGES PURS ?

De quoi Flynn et Kislyak ont-ils discuté? Pas des nouvelles sanctions, avait juré le général-conseiller. «J’ai parlé au général Flynn, a répété le futur vice-président Mike Pence sur toutes les chaînes de télé, et ces conversations n’étaient, en aucun cas, liées aux nouvelles sanctions américaines.»

Sauf que ces communications du général Flynn avec l’ambassadeur russe ont été écoutées et enregistrées par les services de renseignement américains, qui ne ratent rien de ce que la Russie trame aux États-Unis. Et Flynn y parlait effectivement de ces sanctions.

FAIRE DE L’AIR

Mike Pence, qui a compris que sa répu­tation et sa dignité étaient ce qu’il avait de plus précieux dans la Maison-Blanche de Donald Trump, ne l’a pas pris. Et le président, mis dans l’embarras, a décidé de demander la démission du général Flynn qui n’aura occupé son poste que pendant 24 jours.

L’histoire ne s’arrête toutefois pas là. Le Sénat veut enquêter sur tout cela, les républicains, au Congrès, persistant à nourrir une méfiance envers la Russie, le grand ennemi de la guerre froide.

Les démocrates, eux, vont plus loin encore. Donald Trump, qui manifeste ouvertement de la sympathie à l’égard de Vladimir Poutine, pourrait-il avoir demandé son futur conseiller d’informer les Russes que les derniè­res sanctions n’allaient pas tenir dans sa Maison-Blanche? Ce serait un véritable flirt avec la trahison. Je vous le dis, il souffle un de ces vents sur Washington!