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Liberté sous haute surveillance

Le mafioso compte parmi la vingtaine de criminels québécois qui portent un bracelet électronique

Francesco Del Balso, que l’on voit lorsque les policiers de la GRC l’ont arrêté dans l’opération Colisée, en 2006, veut «s’éloigner du monde criminel».
Photo courtoisie The Gazette Francesco Del Balso, que l’on voit lorsque les policiers de la GRC l’ont arrêté dans l’opération Colisée, en 2006, veut «s’éloigner du monde criminel».

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C’est avec un bracelet électronique autour d’une cheville que Francesco Del Balso, un homme fort du clan mafieux Rizzuto dont plusieurs comparses ont été assassinés, vient de renouer avec la liberté.

Après avoir passé plus de neuf ans derrière les barreaux et neuf mois en maison de transition, le mafioso montréalais de 46 ans a pu retourner chez lui, fin janvier, en acceptant de se soumettre à cette mesure de surveillance exceptionnelle.

«Vous faites l’objet d’une supervision électronique afin que vos superviseurs sachent à tout moment où vous vous trouvez. Cette stratégie se poursuivra», écrit la Commission des libérations conditionnelles du Canada (CLCC) dans sa décision dont Le Journal a obtenu copie.

Une centaine au pays

Une centaine de criminels canadiens — dont au moins une vingtaine du Québec — qui continuent d’écouler leur peine au sein de la communauté après avoir été enfermés au pénitencier ont consenti à ce programme de surveillance électronique du service correctionnel fédéral, depuis la fin de 2015.

Del Balso, qui a exprimé aux autorités son intention de «s’éloigner du monde criminel», pourrait être le premier individu lié au crime organisé québécois dont les allées et venues sont géolocalisées pendant qu’il bénéficie d’une libération conditionnelle.

Il avait commencé à porter un bracelet muni d’un GPS l’année dernière, alors qu’il profitait de permissions pour sortir de la maison de transition où la CLCC l’avait forcé à résider.

« Le prochain? »

Au printemps dernier, la CLCC avait eu des renseignements voulant que Del Balso risquait d’être «le prochain sur la liste d’exécution» de la mafia montréalaise.

Deux de ses proches, l’aspirant parrain Lorenzo Giordano et le chef intérimaire de la mafia Rocco Sollecito, venaient d’être criblés de balles dans autant de règlements de comptes, à Laval.

Après le meurtre de Sollecito, les autorités correctionnelles avaient même pris la décision de ramener Del Balso au pénitencier pour sa propre sécurité.

Del Balso prétendait avoir la certitude que sa vie ne serait pas en danger à l’extérieur du pénitencier, sans toutefois pouvoir expliquer à la CLCC d’où il tenait ses informations. Il avait pu retourner en maison de transition à la fin de mai 2016.

Celui qui a brassé des millions de dollars au sein de la mafia comptait parmi six leaders du clan Rizzuto, appréhendés dans l’opération Colisée de la GRC, en novembre 2006.

Deux ans plus tard, il écopait de 11 ans de pénitencier.

Aujourd’hui, seulement deux de ces six leaders sont toujours vivants: Del Balso et Francesco Arcadi, l’ex-chef intérimaire de la mafia condamné en même temps que lui.

En plus de Giordano et Sollecito, Nicolo Rizzuto – père du défunt parrain Vito Rizzuto – a été assassiné en 2010.

La même année, Paolo Renda, consigliere du clan des Siciliens et beau-frère de Vito Rizzuto, a été enlevé par des ravisseurs déguisés en policiers et n’a jamais redonné signe de vie.

Qui est Del Balso ?

  • Surnommé «Chit»
  • Lieutenant de l’ex-chef intérimaire de la mafia, Francesco Arcadi, et bras droit de l’aspirant parrain Lorenzo Giordano, qui fut assassiné à Laval en 2016
  • Arrêté dans l’opération Colisée et condamné à 11 ans de pénitencier en 2008 pour complot d’importation de cocaïne, trafic de drogue et gangstérisme
  • Aurait blanchi des millions de dollars en jouant au Casino de Montréal
  • Des mafieux lui reprochent d’avoir été trop bavard au téléphone pendant que la GRC effectuait de l’écoute électronique pour l’opération Colisée
  • À la commission Charbonneau, on a diffusé une conversation téléphonique dans laquelle Del Balso, en 2004, avertissait un entrepreneur de Québec de «pu faire des travaux» de céramique à Montréal, «parce que la prochaine fois, tu repartiras pas d’icitte, OK?»