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Un fermier trouve que Québec s’acharne sur l’abattage halal

Des milliers de musulmans fêtent chaque année l'Aïd al-Adha, ou fête du Mouton, dans un champ d'une ferme de L'Avenir, près de Drummondville. Pour la première fois, le propriétaire de la ferme a été accusé au criminel de cruauté envers les animaux.
Photo Amélie St-Yves Des milliers de musulmans fêtent chaque année l'Aïd al-Adha, ou fête du Mouton, dans un champ d'une ferme de L'Avenir, près de Drummondville. Pour la première fois, le propriétaire de la ferme a été accusé au criminel de cruauté envers les animaux.

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DRUMMONDVILLE | Un fermier qui a permis à 6000 musulmans d’égorger des centaines de moutons sur sa terre pendant une fête religieuse fait face à des accusations de cruauté envers les animaux.

Depuis 7 ans, Michel Cloutier permet à des milliers de musulmans de célébrer sur ses terres de l’Avenir au Centre-du-Québec l’Aïd al-Adha, ou fête du Mouton, une célébration où un agneau est sacrifié en guise d’offrande. La viande est ensuite mangée.

Sa famille et lui se sentent persécutés, harcelés et intimidés par le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation, qui leur remet des constats d’infraction quasiment tous les ans. M. Cloutier n’arrive plus à dormir à cause des soucis financiers. Au cours des deux dernières années, il a été condamné à payer 28 250 $ d'amendes.

En septembre dernier, il a été accusé d’avoir causé des douleurs aiguës à un animal et d’avoir soumis des animaux à des conditions qui leur causent de l’anxiété et des souffrances excessives. Il subit cette semaine son procès au palais de justice de Drummondville.

«On prend soin de nos bêtes et là, on va se retrouver à la rue pour avoir accommodé des musulmans», déplore Michel Cloutier.

Selon la nièce de l’accusé, Sonia Cloutier, il y a un flou juridique puisqu’il n’existe aucun permis que la ferme pourrait se procurer pour exécuter ses activités en toute légalité.

«On est prêt à payer, on veut collaborer. Qu’on nous impose une taxe ou qu’on crée un permis qu’on pourrait acheter. Ce qu’on veut, c’est répondre aux besoins des musulmans», a-t-elle dit.

En colère

Mohamed Sami Jelidi, l'un des premiers musulmans à avoir célébré la fête du Mouton chez les Cloutier est en colère.

«C’est ridicule. C’est de l’ignorance envers notre culture. Ça frappe l’imaginaire, le sang, les couteaux, et on passe pour des criminels qui n’aiment pas les animaux. Je sais que l’image fait peur, mais personnellement, je fonds en larmes chaque fois que le mouton me regarde dans les yeux», a-t-il raconté.

Mohamed Sami Jelidi avoue que les fermes qui acceptent de recevoir ce type de célébrations sont très rares. Le Québec en compterait moins d’une dizaine.

Gagne-pain

Cette fête est le principal gagne-pain de Michel Cloutier. Chaque année, il achète 1200 moutons, majoritairement en Ontario et les vend environ 400 $ chacun.

Lors du procès qui se déroulera jusqu’au 17 février, Michel Cloutier devra se défendre de ne pas bien avoir disposé des viandes non comestibles et d’avoir exploité un abattoir sans permis.

­­­L’accusé doit 100 000 $ au MAPAQ

En plus des accusations criminelles auxquelles il doit faire face, Michel Cloutier doit 100 000 $ au MAPAQ pour des amendes et des frais relatifs à la saisie de ses animaux.

Michel Cloutier
Photo d'archives
Michel Cloutier

Au lendemain de la fête du Mouton, le 13 septembre 2016, le MAPAQ a saisi 85 moutons appartenant à Michel Cloutier et à la ferme où se sont tenus les rituels.

«Lors de l’inspection, 4 de nos 1500 moutons étaient malades. Ils avaient une maladie bénigne, le piétin, et l’un d’eux avait une pneumonie. Ils se sont servis de ce prétexte pour venir nous les saisir», a expliqué Sonia Cloutier, la nièce de l’accusé.

Le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation a demandé à l’agriculteur de payer 68 000 $ depuis septembre pour le transport, les soins et le gîte des animaux saisis.

Cette somme a fait vivement réagir Michel Cloutier, qui a juré avoir à cœur la santé de ses bêtes mercredi, devant le juge Paul Dunnigan. «C’était chaotique, ils ont fait plus mal à nos animaux pendant la saisie que ce qu’on nous reproche», a-t-il lancé lors de son procès.

D’ailleurs, un agneau a été trouvé sans vie le lendemain de la visite des inspecteurs. «Ils ont pris sa mère et le petit n’a pas survécu», a-t-il prétendu.

Intimidation

Sonia Cloutier croit qu’il s’agit d’une tactique d’intimidation pour les convaincre de mettre la clef dans la porte.

«On ne pourra jamais payer ça. Ils veulent nous faire fermer. En s’attaquant au plus gros, ils veulent faire peur aux autres pour que ça cesse (les rituels), a-t-elle lancé.

Sans ses animaux,Cloutier ignore comment sa ferme, qu’il a récemment vendue à son fils, pourra survivre.

Son avocat, Michel Lacoste a demandé à ce que les animaux soient rendus à leur propriétaire avant la fin des procédures judiciaires.

«Le MAPAQ a saisi les animaux, car ils semblaient en danger. Il demande de pouvoir disposer des animaux , de les vendre à un encan, mais on souhaite qu’ils soient retournés à M. Cloutier», a affirmé l’avocat.

Le MAPAQ n’a pas voulu commenter le dossier mercredi en raison des procédures judiciaires.