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Dure réalité des travailleurs à l’aube de la retraite

Les gouvernements coupent les crédits d'impôt et veulent étirer l'âge de la retraite

Jacques Cadieux
Photo Stéphan Dussault L’inspecteur en bâtiments Jacques Cadieux soutient que les mesures du gouvernement ne sont pas adaptées à son emploi.

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La colère des personnes âgées continue de se faire sentir à l'égard des gouvernements qui songent à abolir les crédits d'impôt des plus vieux et qui souhaitent étirer l'âge de leur retraite.

La situation explosive dans laquelle est plongé le gouvernement Couillard depuis samedi, quand Le Journal a révélé qu’il songeait à les inciter à prendre leur retraite plus tard en leur coupant un crédit d’impôt, enrage littéralement Louis Plamondon, de l’Association québécoise de défense des droits des personnes retraitées et préretraitées.

«Le gouvernement Couillard organise une belle semaine de la maltraitance des aînés, puis le mois suivant il leur vide les poches», lance-t-il.

«Il veut enlever le seul crédit d’impôt que les aînés ont, poursuit M. Plamondon. Et avec une retraite à 70 ans. Il veut réinstaller l’esclavage ou quoi?»

Pas adapté

Plusieurs travailleurs manuels, qui sont à quelques années de la retraite, soutiennent que ces mesures ne sont pas adaptées à leur travail.

«Mon corps est fatigué. Il n’est pas question que je travaille encore passé 65 ans», dit Jacques Cadieux. L’inspecteur en bâtiments de 58 ans a commencé sur les chantiers à 15 ans, ce qui donne 43 ans de dur labeur physique à ce corps.

«Plusieurs finissent leur carrière de façon moins physique comme contremaître de chantier, mais il y a juste un contremaître par chantier; on ne peut pas tous finir là», dit-il.

40 ans de massacre

Ça fait plus de 40 ans qu’il se massacre les genoux à ramper dans les combles, à monter ses 50 livres d’équipement au septième étage de nouveaux condos dont les ascenseurs ne sont pas fonctionnels. Aujourd’hui, il doit aussi composer avec une surdité partielle à force d’entrer et de sortir de chantiers bruyants.

«Les gars de la shop qui sont là à l’année se protègent les oreilles, mais toi tu te dis que tu y vas juste pour une heure d’inspection, mais après toutes ces années ça te rattrape», dit-il.

Des matins, il essaie de se lever, «mais le dos ne suit pas», ajoute-t-il.

Depuis quelques années, ses semaines de travail sont déjà passées de 70 à environ 35 heures. Sans fonds de pension, il va vivre plus sobrement. Encore plus si Québec le pénalise parce qu’il ne prend pas sa retraite à 70 ans, comme Québec le prévoit en 2020.

Il y a pire

«Et encore, mon travail n’est pas si pire, poursuit Jacques Cadieux. Parles-en à des maçons ou à des travailleurs d’usine. Ils sont pas mal plus mal pris que moi.»

Comme Claude Guénette, 47 ans, qui travaille depuis 30 ans dans une scierie de Valleyfield.

«J’ai deux vertèbres brisées depuis des années, je dois faire attention en travaillant. Et si j’arrête, comme regarder la télé, ça fait trop mal, alors je suis condamné à bouger, mais pas trop.»

Des nouvelles comme celles qu’il entend ces temps-ci le découragent.

«On a beau me donner des incitatifs financiers pour continuer de travailler après 65 ans, je ne peux juste plus.»