/news/currentevents
Navigation

La pathétique déchéance d’un ancien ingénieur de la Ville

L’homme de 63 ans a reconnu avoir tout perdu depuis qu’il a été accusé de parjure

Yves Themens
Photo Chantal Poirier L’ex-ingénieur de la Ville de Montréal Yves Themens était presque méconnaissable hier lorsqu’il a plaidé coupable, devant son ordre professionnel, de s’être placé en situation de conflit d’intérêts.

Coup d'oeil sur cet article

Les cadeaux que l’ex-ingénieur de la Ville de Montréal Yves Themens a reçus de la part d’entrepreneurs lui auront finalement coûté sa famille, son emploi, son fonds de pension et même son avenir, a-t-il raconté hier, en pleurs, lors d’une audience devant son ordre professionnel.

«J’ai énormément de regrets, a dit l’homme de 63 ans. J’ai assez payé, tout ça pour une erreur de jugement. J’ai perdu mon emploi.»

Vêtu d’un gros manteau, les traits tirés et la mine basse, Themens était méconnaissable comparativement à l’époque où il travaillait pour la Ville de Montréal.

En 21 ans, il avait réussi à grimper dans la hiérarchie au point de devenir ingénieur-chef aux Travaux publics.

Mais il avait également profité de son poste pour obtenir des cadeaux d’entrepreneurs à qui il renvoyait l’ascenseur.

«C’est [par lui que] je réussissais à avoir la liste des soumissionnaires [aux appels d’offres] même si la liste était confidentielle», avait témoigné Lino Zambito devant la commission Charbonneau.

Themens avait lui-même témoigné sous serment à la Commission, jurant n’avoir jamais reçu d’autres types de cadeaux que des parties de golf, des repas, de l’alcool, des paniers de Noël et des billets de hockey.

Une photo de lui lorsqu’il témoignait devant la commission Charbonneau, il y a cinq ans.
Photo d'archives
Une photo de lui lorsqu’il témoignait devant la commission Charbonneau, il y a cinq ans.

Ses frères l'ignorent

Sauf que c’était faux, puisqu’il avait également accepté un voyage dans un «trois étoiles» au Mexique, en 2008. Questionné par la Commission, il avait juré avoir lui-même payé son voyage.

Aussi Themens a-t-il été accusé de parjure. Il a plaidé coupable l’an passé et a écopé de 15 mois de prison à domicile. L’ingénieur déchu avait cependant obtenu deux exceptions pour se rendre au chalet familial afin de maintenir son couple stable. Cet espoir s’est toutefois volatilisé.

«J’ai perdu ma conjointe, ma belle-famille et même ma propre famille. Deux de mes frères ne me parlent plus, ça a affecté ma mère de 86 ans», a affirmé Themens hier, alors qu’il plaidait coupable, devant l’Ordre des ingénieurs, d’avoir manqué à son devoir d’éviter les conflits d’intérêts.

Mauvaises fréquentations

Il a aussi reconnu que son parjure avait été fait dans le cadre de ses fonctions d’ingénieur, ce qui est une faute professionnelle.

«J’avais des mauvaises fréquentations, s’est lamenté Themens. Je m’excuse, le risque de récidive est nul, je n’accepterais même plus qu’on me paie un café.»

Il risque une radiation de cinq mois, qui reste à être entérinée par le Conseil de discipline.

«J’ai perdu mon emploi, mon fonds de pension, mon avenir, a-t-il dit. Ça fait cinq ans que je suis plongé dans ça.»

Il espère toutefois retravailler un jour comme ingénieur, même s’il n’a plus d’argent, au point de devoir prendre ses formations obligatoires à crédit.

«Je vais me relever et je vais continuer, a-t-il conclu. Tout ce que je souhaite, c’est me replacer le plus vite possible.»

Le Conseil de discipline a mis sa décision en délibéré, sans annoncer à quelle date le jugement sera rendu.