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Pointe-Claire : un rapport qui se fait attendre

Québec a reçu un rapport sur le niveau de contamination, mais ne le rend pas encore public

BPC à Pointe-Claire
Photo d'Archives Chantal Poirier

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Le ministère de l’Environnement a reçu un rapport très attendu sur le niveau de contamination des terrains voisins du site entreposant des BPC à Pointe-Claire, mais Québec n’est pas encore prêt à le rendre public.

L’entreprise propriétaire du site, Juste Investir, a enfin déposé un plan de caractérisation des terrains voisins le 10 février dernier.

Notre Bureau d’enquête a demandé ce document. «Le Ministère prend actuellement connaissance du rapport pour en faire une analyse rigoureuse et s’assurer qu’il se conforme aux exigences prévues. Ainsi, votre demande pourra être traitée après l’analyse en cours et que le rapport sera considéré comme final», a répliqué le porte-parole du Ministère, Frédéric Poirier.

Le Ministère martèle que depuis 2013, plusieurs actions ont été prises afin de sécuriser le site et éliminer les risques pour la population dans le secteur. Ce rapport permettra ainsi d’avoir une meilleure idée de la situation.

La sempiternelle saga se poursuit quatre ans après la découverte de l’entreposage illégal de BPC et d’une fuite d’environ 1000 litres d’eau huileuse contaminée sur ce terrain situé dans l’ouest de l’île de Montréal. Les rebondissements sont nombreux:

  • Le terrain est devenu orphelin pour non-paiement de taxes et en juin 2015, l’entreprise Juste Investir l’a acquis pour 182 000 $.
  • Juste Investir est en fait une coquille du géant immobilier Olymbec. Le patron de Juste Investir, Justin Klumak, est un directeur d’Olymbec. La compagnie a été fondée dans les bureaux d’Olymbec. C’est un avocat interne d’Olymbec qui a déjà rédigé des documents judiciaires de Juste Investir. En utilisant Juste Investir, Olymbec se protège du risque financier important que représente la décontamination du site. Le risque est cependant plus grand pour Justin Klumak. D’ailleurs, Juste Investir a allégué devant les tribunaux que la décontamination pourrait coûter entre 4 et 7,8 M$, ce qui provoquerait la faillite de l’entreprise.
  • En 2016, Juste Investir a tenté d’invalider son achat du site et l’ordonnance de nettoyage qu’elle a reçue du ministère de l’Environnement. Même si le dossier était largement médiatisé depuis deux ans, l’entreprise a souligné qu’elle «ne connaissait pas et n’était pas en mesure de connaître la présence de contaminants».
  • En juillet dernier, constatant les protestations de Juste Investir, Québec décide de prendre en charge le nettoyage et lance des appels d’offres pour décontaminer le site.
  • En août, Québec change d’idée et annonce que Juste Investir accepte de se conformer aux ordonnances de nettoyage.
  • En décembre, Juste Investir demande, sans succès, la suspension de l’ordonnance.
  • En mars 2017, Juste Investir reviendra devant les tribunaux pour tenter de faire annuler l’ordonnance.

Joint au téléphone, le patron de Juste Investir, Justin Klumak, nous a raccroché la ligne au nez.

 

– Avec la collaboration d’Hugo Joncas, Bureau d’enquête