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Toé, tais-toé!

Toé, tais-toé!
Photo d'archives, Simon Clark

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Qui eût pu imaginer qu’en 2017, le joualisant et assommant cri du cœur de Maurice Duplessis, le premier ministre du Québec de 1944 à 1959, un homme autoritaire et censeur, triompherait de nouveau?

Duplessis faisait taire ses contradicteurs et museler ses adversaires! Car son «toé, tais-toé!» mettait fin à toute divergence. Aucun compromis ne pouvait trouver grâce à ses yeux.

Et voilà que, sous des dehors de gentleman, d’anti-populiste et de lettré, le premier ministre cosmopolite Philippe Couillard dans une langue policée reprend l’anathème de Duplessis pour faire taire à son tour ses opposants. En l’occurrence une majorité de Québécois francophones, qui considère comme fondamental un débat sur l’identité.

Et il n’est pas seul puisque Charles Taylor, le grand bourgeois anglophone de Montréal, un intellectuel qui porte haut le flambeau de l’esprit, sert de caution morale au chef du Parti libéral du Québec.

Aucun compromis

Couillard et Taylor, voilà le nouveau couple de la Commission sur les pratiques d’accommodement reliées aux différences culturelles. Exit donc le commissaire Gérard Bouchard, l’autre Québécois, torturé celui-là, à la recherche du compromis, car profondément enraciné dans sa société.

Terminée donc la possibilité de légiférer sur les accommodements raisonnables aux yeux de la laïcité moderne.

La majorité des Québécois appuieraient une telle loi. Mais Charles Taylor qui a changé d’idée depuis quelques années et qui ne croit plus à l’interdiction des signes religieux pour les représentants de l’État — juges, procureurs, gardiens de prison — affirme même que la majorité (francophone) ne peut plus de nos jours dicter ses comportements aux minorités marginales. Dans cette optique et s’appuyant sur cette prémisse, il serait impossible de voter aujourd’hui une loi 101.

Le premier ministre Couillard ne craint donc pas de prendre de front la majorité francophone, assuré de son bon droit, ne doutant guère, croyant sans doute dans sa rigidité que tout se justifie lorsqu’il s’agit de lutter contre ce qu’il estime un nationalisme québécois porteur de gènes d’intolérance. À tout moment, l’on perçoit chez Philippe Couillard une arrière-pensée. Trudeau père a toujours cru que les Canadiens français nationalistes n’étaient pas doués pour la démocratie et que la tentation d’une forme de totalitarisme les guettait.

Motion radicale

Le premier ministre Couillard estime quant à lui que les débats identitaires mènent inévitablement à l’islamophobie et que la solution politique pour l’enrayer ne peut être que radicale. N’est-ce pas ce qui se passe à Ottawa avec ce projet de loi liberticide, la motion M-103 contre l’islamophobie, qui sera vraisemblablement adopté?

Critiquer l’islam et remettre en cause son dévoiement par les extrémistes religieux sera bientôt politiquement sinon législativement considéré comme criminel. Quiconque s’y hasardera devra en assumer les conséquences. Dont la première sera une coresponsabilité morale dans les attentats à l’avenir.

Nous sommes plongés dans un climat plus qu’inquiétant. Les médias sont sur le qui-vive et l’autocensure plane sur eux.

Le «Toé, tais-toé!» du Québec écrasé par le clergé réapparaît. Sans voile, sans soutane, mais drapé dans l’arrogance de dirigeants et de penseurs qui se méfient du peuple alors qu’ils sont eux-mêmes instrumentalisés par des combattants de l’ombre.