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Un logiciel créé pour aider les autistes

Inspirée par ses enfants, une mère est retournée aux études pour développer ce système

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photo hugo duchaine Grâce à son logiciel en attente d’un brevet, Aydée Liza Mondragon a aidé son fils Stéphen à rester à l’école.

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Inquiète de voir ses trois enfants autistes faire des crises et les portes des écoles se fermer, une mère de Montréal est retournée aux études pour créer un logiciel pour les calmer grâce à un ami virtuel qui leur apprend aussi les mathématiques.

«Il fallait absolument que je fasse quelque chose, c’était trop difficile», confie Aydée Liza Mondragon en étouffant un sanglot.

Si elle a retrouvé les bancs d’école il y a six ans, pour entamer un doctorat en informatique à l’UQAM, c’est en grande partie pour son fils Stéphen, le plus sévèrement atteint de ses trois enfants du spectre de l’autisme.

«À six ans, il ne disait que 15 mots et il faisait des crises incontrôlables», explique-t-elle. Lorsque les médecins lui ont dit que Stéphen était autiste, tout ce qu’elle savait de ce trouble venait du film Rain Man avec Tom Cruise.

Par la suite, sa fille cadette de deux ans a reçu le diagnostic du syndrome d'Asperger. Puis, c’est chez son fils aîné que le trouble de l’autisme a été identifié en dernier. Moins sévèrement atteint que son frère, il est très intelligent, mais plus froid émotivement, raconte sa mère.

Aydée Liza Mondragon, qui avait quitté la Colombie adolescente, travaillait alors dans l’industrie alimentaire en tant qu’analyste, après avoir terminé un bac et une maîtrise en technologies de l’information aux HEC.

S’empêchant de sortir avec son fils Stéphen en raison de ses crises de colère, et le voyant incapable de parler et d’apprendre, sa mère craignait le pire pour son avenir.

«Les éducatrices ne pouvaient rien faire, il lançait tous les papiers et crayons devant lui», dit-elle.

L’ami Jessie

«Je me suis dit “enlève ton fils de ton cœur de mère et porte un jugement rationnel sur ce que tu dois faire”», raconte Mme Mondragon, qui a observé son fils pendant de longues heures.

C’est alors qu’elle a réalisé que son intelligence était avant tout visuelle. Ainsi, avec des images et des sons sur l’ordinateur, elle a commencé à lui apprendre les fruits. Ensuite sont venus les légumes, etc.

Fière de ce succès, Aydée Liza Mondragon est retournée aux études en intervention éducative auprès d'élèves ayant un trouble envahissant du développement.

C’est là qu’elle a eu l’idée de créer un logiciel qui aide les enfants autistes à se concentrer et à contrôler leurs émotions. Son système comporte un personnage nommé Jessie, qui les accompagne dans la résolution de problèmes de maths. Il parle, encourage et répond aux questions. Surtout, le logiciel est un jeu où chaque bonne réponse vient avec une récompense.

Une série d’exercices auprès de groupes d’enfants autistes ont démontré que sans Jessie, les enfants décrochaient avant la fin et étaient prompts à faire des crises comme à l’école.

«Dans une salle de classe, l’élève doit être laissé à lui-même, car l’enseignante ne peut être à ses côtés constamment. Mais sans une attention immédiate, les enfants autistes se fâchent s’ils ne comprennent pas», dit Mme Mondragon.

Apprendre avec Jessie

  • L’enfant entre dans le jeu, dans une interface colorée, où Jessie lui demande de faire une addition, par exemple.
  • Jessie attend sa réponse. S’il réussit, il obtient des points et passe à la question suivante. S’il échoue et ne répond pas, Jessie va lui offrir son aide et lui donner un indice en l’encourageant.
  • Au fur et à mesure que l’enfant avance, les questions deviennent de plus en plus difficiles. Jessie peut réagir selon l'état affectif de l'enfant, car il recueille des données sur ses expressions faciales avec une caméra.

Des chercheurs américains intéressés

L’intérêt pour le logiciel créé par Aydée Liza Mondragon, qu’elle garde farouchement caché en attendant son brevet, s’est maintenant rendu jusqu’aux États-Unis.

En effet, des chercheurs de Caroline du Nord l’ont approchée pour une deuxième expérimentation, cette fois à plus grande échelle.

Son directeur de thèse, Roger Nkambou, n’hésite pas à souligner le courage de son étudiante, qui a complété un doctorat avec trois enfants, en étudiant les soirs. «Les mathématiques, ce n’est que le début, nous voulons que le logiciel puisse tout enseigner», ajoute-t-il.

Aydée Liza Mondragon a beau en être fière, sa plus grande réussite reste d’avoir rendu l’éducation accessible à ses enfants. «Je le fais pour les mères qui comme moi s’inquiètent de l’avenir de leur enfant», dit-elle.

Aujourd’hui âgé de 14 ans, son fils Stéphen parle comme ses deux autres enfants, mais seulement en anglais puisque c’était plus facile.

«Avec un accent british, mais ça, je n’ai aucune idée d’où ça vient», lance sa mère en riant, fière de le voir bientôt terminer sa deuxième année de secondaire.