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Ses créations copiées en Chine

Karine Foisy tient dans ses mains sa création originale, qu’elle vend 44 $, et la version à 2 $ faite en Chine.
Photo Hugo Duchaine Karine Foisy tient dans ses mains sa création originale, qu’elle vend 44 $, et la version à 2 $ faite en Chine.

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Une artisane de Laval se sent volée depuis qu’elle a découvert que des copies de ses veilleuses à 44 $ sont faites en Chine et vendues pour 2 $ dans les magasins Dollarama et en ligne sur Amazon.

«Ça me fait peur, car c’est mon art et j’essaie d’en vivre», confie Karine Foisy, qui craint que de futurs clients préfèrent les copies en plastique bon marché à ses créations en verre.

C’est le site internet Etsy, où les artistes comme Karine Foisy peuvent se créer des boutiques en ligne, qui a découvert les copies et les a dénoncées sur Facebook.

Karine Foisy tient dans ses mains sa création originale, qu’elle vend 44 $, et la version à 2 $ faite en Chine.
Photo tirée de Facebook

Pour la femme de 34 ans, il ne fait aucun doute que son modèle en forme de hibou a été plagié. «Il y a tellement de façons de dessiner un hibou, mais là, tout est pareil. C’est la même couleur, la même forme carrée, les mêmes paupières, et les ailes au même endroit», énumère-t-elle.

Depuis quatre ans

«Ça fait quatre ans que j’essaie de le faire connaître, ce modèle, c’est mon bébé», ajoute l’artisane qui est en affaires depuis 2013. Toute sa collection est d’ailleurs inscrite au registre de l’Office de la propriété intellectuelle du Canada.

Non seulement la copie de son modèle de hibou se trouve-t-elle au Dollarama, mais l’artisane a aussi découvert que le site Amazon la vend, en plus d’une veilleuse en forme de mouton identique à la sienne.

Mme Foisy, qui fait vivre huit employés à temps partiel, craint que d’autres modèles soient copiés et elle a écrit aux entreprises en question pour leur demander de retirer les copies.

Karine Foisy ne peut pas se permettre de ne pas présenter ses produits sur les réseaux sociaux, le succès de son entreprise reposant sur leur visibilité.

Elle a vendu 15 000 veilleuses dans 85 points de vente au Québec, en Ontario et même en France. L’un de ses modèles a même figuré dans le film Southpaw avec Jake Gyllenhaal en 2015.

Stocks à écouler

Questionnée par Le Journal au sujet de ces copies, la porte-parole de Dollarama, Lyla Radmanovich, a indiqué qu’elles provenaient d’un fournisseur chinois, qu’elle a refusé de nommer.

«À la suite de l’information que vous nous avez transmise, nous n’avons aucune intention d’en commander des quantités additionnelles, une fois les stocks écoulés», a-t-elle pris soin de préciser, ajoutant que d’autres grands détaillants nord-américains vendaient aussi ces veilleuses.

Une réponse qui laisse Karine Foisy sur son appétit. «Je n’ai pas envie de partir en guerre contre eux, ce serait David contre Goliath, mais je voudrais au moins qu’on retire les modèles des tablettes», dit-elle.

Mme Foisy précise qu’elle n’a rien contre la vente de veilleuses à 2 $, mais bien contre le fait qu’on ait usurpé son travail.

Amazon ne dévoile pas non plus l’identité du fournisseur chinois.

Difficile de se protéger contre les copies

Les artisans québécois sont fréquemment victimes de plagiat, mais ils ont peu de recours pour se défendre, déplo­re le directeur général du Conseil des métiers d’art, Martin Thivierge.

«Il n’y a pas vraiment de protection adéquate, surtout à l’ère des réseaux sociaux», dit-il, ajoutant qu’auparavant les faussaires se promenaient avec des caméras dans les salons pour copier les artisans d’ici.

M. Thivierge souligne que, lorsque le plagiat se produit à l’étranger, il peut être très onéreux, pour de petits créateurs, d’embaucher un avocat pour prouver les dommages.

Le Conseil des métiers d’art a déjà dû intervenir auprès d’artisans québécois qui s’inspiraient trop librement des créations de leurs confrères.

Une situation qu’a malheureusement souvent vécue l’ébéniste Benoît Émond, qui fait des jouets à Saint-Roch-des-Aulnaies.

«Beaucoup de gens s’inspirent de ce que je fais, mais je ne peux envoyer des espions partout», déclare-t-il.

Il y a 10 ans, il dénonçait même, dans les pages du Journal, comme Karine Foisy, des copies de ses jouets faites en Chine.

« C’est sacré »

Pour sa part, Martin Thivierge souligne que son organisme tente de conscientiser le public sur le travail des artisans et, surtout, sa valeur.

Pour le professeur de commerce à l’UQAM Benoît Duguay, les droits d’auteur, «c’est sacré».

«Les artistes doivent se défendre et ne pas avoir peur de réclamer des dommages», dit-il, tout en admettant que cela peut être long et coûteux.

Artisans vulnérables

Il remarque aussi que les artisans sont plus vulnérables que les auteurs ou les chanteurs, dont les droits d’auteur sont protégés plus farouchement par les maisons d’édition et de disques.

L’an dernier, plusieurs artistes en arts visuels se sont regroupés pour créer un site internet afin de dénoncer la chaîne de vêtements Zara, qu’ils accusent de copier leurs dessins sur ses vêtements, et défendre leurs œuvres.