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La marquise et moi

La marquise et moi

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Lorsqu’il mouille comme une vache qui pisse, comme il fait bon se promener sous la marquise de la Plaza St-Hubert. J’y habite depuis presque quatre ans et je n’oserais pas m’imaginer déménager à plus de 500 mètres.

 

Quand j’ai appris que la rue St-Hubert allait subir d’importants travaux de rénovation, mon coeur a fait trois tours. Que va devenir la marquise? L’emblème de la l’artère commerciale? Comment pourrais-je m’abriter lorsque je magasine pour une camisole "I flex for sex”? Les commerçants devront-ils refaire leur devanture? Misère!

Heureusement, la marquise vieille de 33 printemps sera remplacée par une autre. Les pigeons n’auront pas à déménager bien loin. Moi non plus.

La marquise et moi
Christina Labelle

J’adore la Plaza St-Hubert.

 

À l’abri des intempéries, j’adore y déambuler pour contempler les vitrines surchargées de babioles plus ou moins utiles. J’aime d’ordinaire les choses bien rangées et épurées, mais étrangement mon oeil n’a même pas mal au coeur devant tant de bidules hétéroclites. C’est beau. Ça brille. J’arrête souvent pour analyser chaque objet mais surtout l’environnement dans lequel il habite. Des figurines religieuses, des horloges, des plumeaux, des lampes étranges, des chandeliers en cristal aux formes ésotériques, des assiettes décoratives avec des pensées à la typographie illisible et j’en passe. Des fois, quand ma job me rend amère, je songe à la personne qui doit dépoussiérer tout ça. Ma façon de relativiser les choses.

La marquise et moi
Christina Labelle

Le plus étonnant c’est qu’à ce jour, personne ne sait en quoi se spécialisent ces abondantes boutiques. On voit la façade sans comprendre l’intérieur. Poker face. Dans une même rangée, on peut y trouver des articles de quincailleries ou des cossins d’anniversaire. C’est parfait comme ça. Il suffit d’être un peu allumé pour trouver un bidule en particulier ou simplement demander de l’aide à l’intendant caché derrière une montagne de briquet sur le comptoir. Mais la plupart du temps, ils n’ont pas ce que l’on cherche. Ça devient un peu comme la quête du Saint-Graal. Une fois que l’on trouve ENFIN un débouche toilette un dimanche matin catastrophique après avoir fait cinq autres boutiques, un sentiment de bonheur indescriptible nous remplit. Rien à voir avec l’allée de la plomberie dans les grandes surfaces où tout est trop facilement trouvable.

La marquise et moi
Christina Labelle

Il y a les célébrissimes magasins de robes de mariée. La Plaza n’a plus sa réputation à faire sur ce point; quand on cherche une robe de bal, de mariée ou de gala, c’est là qu’on va. J’aimerais avoir un jour l’occasion de m’acheter une robe ornée de mille paillettes. Une robe rococo qui ressemble un peu à un chandelier ou à une cloche à gâteau. Une robe qui pique de partout à cause de la dentelle trop rigide sous les bras ou la crinoline beaucoup trop abondante sous la jupe. Me semble que je serais cute. Me semble.

La marquise et moi
Christina Labelle

Quand je m’y promène pour me rendre à un rendez-vous galant, je rêvasse à mon futur mariage. Je suis curieuse de connaître le sentiment que ça procure lorsqu’on échappe son verre de punch sur sa robe devant tous les autres convives hautains. J’ose croire qu’une habituée éclaterait de rire en sortant un Tide to Go de son minuscule sac à main serti de pierres précieuses. Un gentleman viendrait me porter un énième verre de punch pour remplacer l’autre maintenant imbibé par ma robe. Pour le remercier, je lui accorderais une danse. Ah non... j’haïs ça danser. On frencherait. Si c’est mon époux c’est mieux. Sinon, on verra.

Frencher en cloche à gâteau, ça doit être nice.

Les vitrines des magasins de linge pour enfant sont sans doute mes préférées. Les mannequins sont effroyables. Il faut savoir que je me passionne pour les films d’horreur et j’adore m’imaginer que le soir, lorsqu’on a le dos tourné, ces enfants de plastiques prennent vie. Une version trash de Toy Story. Ne vous inquiétez pas, ils ne sont qu’à la recherche de leurs petits doigts manquants. Rien de bien malin.

La marquise et moi
Christina Labelle

Et si vous êtes frappé par une fringale, ce n’est pas le choix qui manque. Vous y trouverez des sushis, des dumplings, de la soupe ramen, de la pizza, du poulet rôti, des burgers, des pâtes, des tacos et bien sûr, un délicieux sandwich au smoked meat. La Plaza c’est aussi peu un petit tour du monde culinaire.

 

Et qui n’a jamais mis les pieds au Roi du Smoked Meat à trois heures du matin un peu éméché en revenant du Petit Medley ou du Théâtre Plaza? Ce bouiboui mythique rappelant le resto préféré d’Archie. MA place quand j’ai envie de consommer une frite au ketchup et un Coke diet. Si vous êtes chanceux, en écoutant jaser le staff vous apprendrez d’étonnantes choses de la vie. J’y ai appris que le nerf sciatique part de la nuque pour se rendre jusqu’aux orteils. “Ça pince en maudit quand c’est coincé” ça d’l’air.

La Plaza 💚💜💙 . . . . . #frite #fries #ketchup #leroidusmokedmeat #dinner

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Et pour dessert, je vous suggère de vous rendre chez Oscar ne serait-ce que pour humer le doux parfum de Sucre de la boutique. Oui, “Sucre” avec un “S” majuscule. Vous comprendrez pourquoi en ouvrant la porte. Le commerce est sans doute responsable des poignées d’amour qui ornent mes reins. Ça et peut-être un peu l’alcool du Bar Le Vestiaire.

Les plus santé iront se cueillir un joli fruit frais chez Pousse l’ananas, juste à côté.

 

Certains se plaindront de la décrépitude de l’avenue, des cacas de pigeons qui jonchent le sol, des boutiques fermées et en mauvaises états. Il faut voir plus loin que ça. Au-delà de la marquise. Il faut voir la dame sympathique qui donne son coeur à l’ouvrage à défaire ses boîtes à longueur de journée pour offrir des vêtements neufs à cinq piastres. Il faut voir le charmant proprio du salon de beauté qui chante “Guantanamera” en polissant les ongles. Il faut voir le diseur de bonne aventure qui lira les lignes de vos mains dans un décor hindou rempli d’offrande et d’épices, caché dans le fond d'un salon spécialiste des tresses africaines. Et surtout, il faut éviter de marcher dans le caca de pigeon, tout simplement.

La marquise et moi
Christina Labelle

J’ai hâte de voir la nouvelle face de la Plaza St-Hubert officiellement vieille de 58 ans. J’ai hâte d’être témoin de son facelift, ça va lui faire du bien. Je l’aime la Plaza, j’aime ça qu’on en prenne soin.