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Luigi Coretti met au défi le premier ministre Couillard

L’ancien patron de BCIA persiste et signe sur l’implication libérale dans sa firme

L’ex-patron de la firme BCIA Luigi Coretti lors de son arrestation par la Sûreté du Québec, en juin 2012.
photo d’archives, chantal poirier L’ex-patron de la firme BCIA Luigi Coretti lors de son arrestation par la Sûreté du Québec, en juin 2012.

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Luigi Coretti met le premier ministre au défi de venir discuter de son ancienne entreprise en faillite, BCIA, et de ses liens avec le Parti libéral du Québec.

«J’ai un message pour M. Philippe Couillard. N’importe quand, s’il veut venir s’asseoir devant une caméra, avec moi et les autres personnes concernées, ça va me faire plaisir de tirer certaines choses au clair, dit-il. N’importe quand. C’est un challenge. Lui, M. [Pietro] Perrino, tous ceux qui ont été impliqués avec BCIA.»

À la télévision, il aimerait aborder avec eux, en face à face, ce qui s’est passé avec son ancienne entreprise et les interventions de grosses pointures libérales, notamment pour l’obtention de son permis de port d’arme dans le cadre de son travail pour la firme de sécurité.

Coretti avançait dans nos pages, hier, que l’actuel secrétaire général associé au ministère du Conseil exécutif, Pietro Perrino, est intervenu pour que le ministre de la Sécurité publique d’alors, Jacques Dupuis, use de son influence pour faire débloquer sa demande afin de pouvoir porter une arme à feu.

L’ex-patron de BCIA maintient sa version des faits.

«M. Perrino nous a amenés rencontrer Jacques Dupuis à son bureau de comté en 2008», dit Coretti. Le haut fonctionnaire et militant libéral de longue date, qui était alors membre du CA de la Société des alcools du Québec, avait investi dans BCIA par le biais du Fonds d’intervention économique régional (FIER), une structure mise en place par Québec.

Mandats d’écoute

Le procès de Coretti pour fraude, fausse déclaration et fabrication de faux a avorté à cause des délais déraisonnables dans la procédure. Par contre, son ami Tony Tomassi a été condamné pour fraude envers le gouvernement, pour avoir utilisé une carte de crédit de BCIA alors qu’il était ministre.

Par ailleurs, Coretti a déposé hier une requête pour faire desceller des mandats d’écoute électronique le concernant. Il affirme que les autorités ont obtenu ces mandats en invoquant de faux motifs: une cause reliée à une affaire de stupéfiants n’ayant aucun lien avec les accusations pesant contre lui.

L’ex-militant libéral dit avoir obtenu ces informations de Jimmy Cacchione et Giovanni Di Feo, ces deux anciens policiers de la Ville de Montréal qui accusent leur employeur d’avoir fabriqué de la preuve dans des enquêtes à leur sujet.

Des poids lourds comme témoins

Notre Bureau d’enquête rapportait hier que Coretti aurait voulu faire témoigner plusieurs grosses pointures dans son procès criminel.

En plus de Jacques Dupuis et Pietro Perrino, l’homme d’affaires déchu aurait voulu convoquer à la barre l’ancien premier ministre Jean Charest.

Pietro Perrino défendu par le gouvernement

À l’Assemblée nationale, Philippe Couillard a assuré qu’il a fait «des vérifications supplémentaires» auprès du haut fonctionnaire et militant libéral de longue date Pietro Perrino et qu’il avait nié toute implication dans le dossier du port d’arme de Luigi Coretti.

«M. Perrino nie formellement être intervenu de quelque façon que ce soit pour l'obtention d'un permis», a dit le premier ministre.

À l’extérieur de l’enceinte parlementaire cependant, son personnel au ministère du Conseil exécutif a refusé de formuler tout commentaire à ce sujet.

Contacté mardi par notre Bureau d’enquête, le secrétaire général associé aux emplois supérieurs, André Fortier, n’a pas rappelé.

«On lui a parlé et il n’y aura pas de commentaires», dit un porte-parole du Ministère.

CE QU’ILS ONT DIT

L’ex-patron de la firme BCIA Luigi Coretti lors de son arrestation par la Sûreté du Québec, en juin 2012.
Photo d'archives

«Est-ce que le gouvernement peut admettre que ça fait son affaire que cette preuve-là ne soit pas dévoilée à la cour, qu'elle ne soit pas rendue publique?»

«On veut entendre M. Perrino en commission parlementaire sur la question des liens entre M. Perrino, BCIA et le Parti libéral.»

- Simon Jolin-Barrette, porte-parole de la Coalition Avenir Québec en matière de justice

L’ex-patron de la firme BCIA Luigi Coretti lors de son arrestation par la Sûreté du Québec, en juin 2012.
Photo d'archives

«Pourquoi, dans ce procès-là, les démarches ont été abandonnées? On ne le saura jamais. M. Coretti, qui dit n’avoir rien à perdre, évoque des gens très importants: l’ancien premier ministre du Québec, un ancien ministre libéral, qui dit, comme défense ce matin: «Ah! c’est derrière moi...». Ça ne suffit pas de dire ça. Il faut aller au fond des choses.»

– Pascal Bérubé, porte-parole du Parti québécois en matière d’éthique et d’intégrité