/world/opinion/columnists
Navigation

La Corée du Nord s’écroule-t-elle?

NKOREA-POLITICS-KIM
Photo AFP Kim Jong-Un

Coup d'oeil sur cet article

L’assassinat du demi-frère du dictateur nord-coréen Kim Jong-Un ne finit plus de rebondir. Kim Jong-Nam a été tué le 13 février à l’aéroport de Kuala Lumpur, en se faisant jeter au visage un poison violent. Les autorités malaisiennes n’ont pas encore révélé tous les résultats de l’autopsie.

Mais les caméras de surveillance ont filmé l’assassinat. La police malaisienne recherche activement plusieurs Nord-Coréens qui pourraient être liés à l’attentat. Bien entendu, le gouvernement nord-coréen a demandé qu’il n’y ait pas d’autopsie. Il dément toute implication et réclame que le corps soit rapatrié. Mais l’affaire ne s’arrête pas là. En fait, elle met en cause la Chine et elle attire l’attention sur la stabilité du régime nord-coréen.

1• Qui était Kim Jong-Nam?

Kim Jong-Nam a été l’héritier présumé de Kim Jong-Il. Il a commis l’erreur d’aller au Japon avec un faux passeport pour y visiter un parc de Disneyland. Par après, il semble avoir été écarté de la succession. Kim Jong-Nam prétendait que le régime nord-coréen ne devait pas être dirigé par une dynastie. Il voulait aussi que son pays s’ouvre à l’extérieur, à la manière de la Chine. Mais sa tête était mise à prix par Kim Jong-Un, qui du reste avait déjà fait tuer son oncle, en plus d’opérer de vastes purges lors de son arrivée au pouvoir. La méthode ne doit pas trop surprendre. Régner par la terreur est une façon éprouvée de gouverner. Sans compter que Kim Jong-Un est probablement paranoïaque.

2• Pourquoi la Chine est-elle interpellée par cet assassinat?

Le gouvernement chinois protégeait Kim Jong-Nam qui vivait en Chine, dans la région de Macao. Kim Jong-Nam demeurait un héritier possible en cas de disparition subite de Kim Jong-Un. Il connaissait l’appareil de gouvernement nord-coréen de l’intérieur. Il y avait probablement conservé quelques contacts loyaux bien placés. Son assassinat ôte donc au gouvernement chinois une carte politique importante.

3• Comment vont les relations entre la Corée du Nord et la Chine?

Les relations sont plus tendues que jamais. Est-ce un effet du meurtre de Kim Jong-Nam? Il y a six jours, le gouvernement chinois a décidé de ne plus importer de charbon de Corée du Nord. Ce charbon représentait possiblement plus de 25 % du total de toutes les exportations nord-coréennes. Le gouvernement nord-coréen n’a pas tardé à qualifier cette décision «d’inhumaine». À mots couverts, il a aussi accusé la Chine d’être à la solde des États-Unis.

4• L’attitude du gouvernement américain face à la Corée du Nord a-t-elle changé?

Les paroles de Trump à l’égard de la Corée du Nord sont très dures. Il a laissé planer la possibilité d’utiliser la force armée contre elle. Ses subalternes sont plus circonspects. Ils n’évoquent l’emploi de la force qu’en cas de menace directe contre le territoire des États-Unis ou contre celui des alliés américains. En cela, ils suivent la politique traditionnelle des États-Unis à l’égard du régime nord-coréen.

5• Les sanctions chinoises feront-elles reculer le gouvernement nord-coréen?

C’est douteux. Reculer serait perçu comme un lourd aveu d’échec de la part de Kim Jong-Un. Il n’y survivrait probablement pas. Ni politiquement ni physiquement. Reste à savoir combien de temps encore les Nord-Coréens sont prêts à endurer cette dictature à la fois clownesque et sanguinaire. La fin du régime est possiblement proche. C’est peut-être cet espoir qui incite les gouvernements américain et chinois à tant de retenue face à ce pays.