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Le corps territorial

Le metteur en scène Naeim Jebelli monte la pièce La femme comme champ de bataille, portée par les comédiennes Nora Guerch et Marie-Ève de Courcy.
PHOTO AGENCE QMI, ARIANE LABRÈCHE Le metteur en scène Naeim Jebelli monte la pièce La femme comme champ de bataille, portée par les comédiennes Nora Guerch et Marie-Ève de Courcy.

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Destins croisés de deux femmes que tout oppose, mais que tout réunit. La pièce La femme comme champ de bataille explore l’utilisation tragique du viol comme arme de guerre, du corps de la femme comme territoire à conquérir et à ravager.

Si Dora (Nora Guerch) a survécu au conflit de Bosnie-Herzégovine, son corps a été saccagé par les viols systémiques perpétrés par les soldats serbes. Face à elle, Kate (Marie-Ève de Courcy), une psychologue américaine de Boston, tente de panser ces blessures béantes.

La pièce est mise en scène par l’Iranien Naeim Jebelli, qui doit relever le délicat défi d’aborder la pièce de Matéi Visniec. «C’est un thème qui sera d’actualité tant qu’il y aura de la guerre dans le monde, car ces viols se déroulent encore de manière systématique. En Bosnie, c’était une manière pour les soldats de détruire les familles, mais aussi une génération, et une nation entière», explique-t-il.

Féminité et humanité

Naeim Jebelli s’est entouré d’une équipe majoritairement féminine afin de monter cette œuvre théâtrale. «Je ne pouvais ajouter ma propre féminité autrement qu’en m’entourant de femmes. Les membres de l’équipe comprennent la ­pièce, peuvent y apporter leurs émotions afin de la rendre plus vivante, plus ­touchante et plus concrète», affirme-t-il.

Car tel est l’objectif des trois artistes: montrer cette réalité de manière brutale, sans compromis. «Idéalement, la majorité de l’audience devrait à mon avis se composer d’hommes. Ce sont eux qui doivent voir et expérimenter cette horreur, afin de comprendre ce qui arrive aux femmes», martèle le metteur en scène.

Il est effectivement facile d’oublier la tragédie que vivent les femmes prises au piège dans les conflits armés de la planète, victimes oubliées dont les violeurs ne sont pratiquement jamais accusés. «Le conflit bosniaque est si récent, que 20 ans plus tard, ces femmes ­doivent encore côtoyer leurs agresseurs! C’est horriblement ironique et il faut se le rappeler», rajoute Nora Guerch.

Effacer les frontières

En usant de vidéo et d’animations, Naeim Jebelli a voulu faire ­disparaître ces territoires distincts, ­soulignant au passage que ces drames sont ceux de l’humanité entière. «On ­pense que les deux personnages évoluent dans des mondes hermétiques, mais ­lentement, un corps contamine l’autre et on comprend que ça peut représenter toutes les femmes. Nous sommes toutes Dora, nous sommes toutes Kate, et ­comme les femmes représentent 50 % de la population mondiale, cela nous affecte tous», illustre Marie-Ève de Courcy.


La pièce La femme comme champ de bataille de Matéi Visniec sera ­présentée au Montréal Arts ­Interculturels (MAI) ce soir et demain soir en français avec sous-titres ­anglais, et du 1er au 5 mars en farsi.