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Sans regret ni reproche

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Photo AFP Donald Trump mène les États-Unis à son goût, c’est-à-dire qu’il charme un peu et effraie beaucoup.

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WASHINGTON | Je sais que ça ne saute pas aux yeux et que ça ne correspond pas à ce qu’un grand nombre de Québécois veulent lire et entendre, mais les affaires du président Trump vont plutôt bien.

Il a certainement eu son lot de ratés en cinq semaines et quelques jours de pouvoir: un important conseiller à la sécurité nationale, pris à mentir, qui a dû remettre sa démission; un candidat au poste de secrétaire au Travail tellement impopulaire qu’une douzaine de républicains – le parti du président – avaient annoncé qu’ils allaient voter avec les démocrates pour le faire battre; puis, son fameux décret fermant les portes à tous les réfugiés, ainsi qu’aux ressortissants de sept pays à majorité musulmane qui a déclenché une explosion de manifestations et qui a fini par être réduit en miettes par les tribunaux.

De solides bévues, mais c’aurait pu, voire c’aurait dû être pire compte tenu du manque complet de préparation et d’expérience du nouveau président et de son entourage en gestion de gouvernement. Vous allez me dire que les choses ont encore amplement le temps de se morpionner, c’est vrai. Donald Trump a toutefois montré hier soir qu’il commence à trouver un rythme de croisière.

Tout va comme prévu ou presque  

Donald Trump mène les États-Unis à son goût, c’est-à-dire qu’il charme un peu et effraie beaucoup. Il s’en est même vanté dans son discours devant les deux chambres réunies du Congrès: «Depuis mon élection, Ford, Fiat-Chrysler, GM, Sprint, Softbank, Lockheed, Intel, Walmart et plusieurs autres ont annoncé qu’ils vont investir des milliards de dollars aux États-Unis et créer des dizaines de milliers de nouveaux emplois américains.»

Son tordage de bras sous forme d’humiliation publique donne effectivement des résultats et pas un chef d’entreprise n’a récemment osé évoquer des projets d’expansion à l’extérieur des frontières américaines. Trump s’en frotte les mains.

Même satisfaction à l’égard de son décret sur l’immigration. Les cris d’horreur, les familles déchirées, les protestataires bloquant le travail des douaniers, puis les juges stoppant les projets du président: un bordel complet et ça fait son affaire!

S’inspirer du Canada

Les immigrants illégaux se serrent les fesses et même ceux dont les papiers sont en règle se font discrets pour ne pas qu’on change d’idée à leur sujet. Son fameux mur – son «Great wall», comme il le décrit – il y tient toujours et les élus républicains se préparent à lui donner vingt milliards de dollars pour le construire.

Et rien ne fait plus plaisir à ses électeurs que de l’entendre, comme hier soir, promettre d’abandonner un système d’immigration qui laisse entrer des travailleurs avec peu de compétence pour favoriser un système basé sur le mérite «comme au Canada, en Australie et ailleurs». Les Américains avec un diplôme de secondaire sous le bras ne se feront plus avoir par le premier Mexicain venu. C’est ce qu’ils se disent, en tout cas.

Résultat: Trump secoue le vieux tapis américain et ses partisans sont emballés. Et pas seulement eux. NBC demandait il y a quelques jours aux électeurs quel type de changement le nouveau président était en train d’amener au pays. Pas étonnant, à 89 %, les républicains jugeaient que c’était un bon changement.

Mais alors que les démocrates, à 37 %, qualifiaient ces bouleversements de mauvais, les indépendants, eux, à 46 % affirmaient que c’était plutôt une bonne affaire. Finalement, 48 % y voient du bon, 23 % du mauvais et 21 %, pas de changement du tout. Bref, Trump a le pif. Ça paraît.