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Nationalisme radical

Maxime Laporte,
Photo Courtoisie

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J’ai souvenir d’avoir un peu envoyé paître mon ami Yvon Charbonneau, dans une discussion sur la charte des valeurs de Bernard Drainville, parce qu’il prétendait qu’en la soutenant, je m’associais à l’extrême-droite. En observant la valse hésitation de la Société Saint-Jean Baptiste (SSJB) à se distancer du Front national français (FN) et en scrutant certaines chroniques de Vigile.net, c’est comme si son fantôme venait me rappeler cette vive discussion.

Il a fallu un reportage de Philippe Teisceira-Lessard pour que le président de la SSJB se dissocie fermement du FN, et ce, après avoir affirmé à ce journaliste qu’il recevait des représentants politiques de toutes les tendances et banalisé la rencontre qu’il avait eue avec Loup Viallet, un délégué du FN, et Alexandre Cormier-Denis, militant péquiste et fondateur d’Horizon Québec actuel. Maxime St-Laurent Laporte argüe aujourd’hui qu’il ignorait que M. Viallet avait des fonctions au sein du FN, mais il lui sera difficile de prétendre ne pas connaître les penchants d’extrême-droite du militant péquiste Alexandre Cormier-Denis qui chronique régulièrement sur Vigile.net et qui ne fait pas cachette de ses affinités avec le FN. La valse hésitation de M. St-Laurent Laporte peut laisser pantois les personnes qui se réclament d’un nationalisme ouvert à l’immigration et à une identité évolutive résultant du maillage de nos différences.

Ce repli sur soi identitaire se manifeste dans la ligne éditoriale de Vigile.net et dans plusieurs des chroniques publiées. Le site accuse le chef du Parti québécois de sabotage avec ses positions sur la langue et la laïcité et fait un clin d’œil aux leaders d’extrême-droite comme Marine Le Pen ou Donald Trump pour leurs positions fermes en matière d’immigration et de protectionnisme culturel et économique. Leur nationalisme semble se bâtir sur la crainte de l’envahissement par les autres cultures et notre incapacité culturelle à pouvoir intégrer ces différences pour qu’il en émerge une nouvelle culture comme l’ont fait les Picasso, Chagall ou Ionesco, entre autres, dans la culture française.

Le chef du Parti québécois a réaffirmé lui aussi sa condamnation du FN et s’est fermement dissocié de l’initiative de M. Cormier-Denis. On ne peut que se réjouir qu’il prenne effectivement ses distances de ces malencontreuses initiatives. Toutefois, ce militant péquiste demeure associé au parti et favorise les amalgames entre un nationalisme étroit et le PQ. M. Lisée devrait prendre tous les moyens pour éviter que l’action radicale de certains de ses militants puisse porter ombrage au nationalisme d’ouverture qu’il prône.

Le leadership du principal parti souverainiste en matière de laïcité et d’interculturalisme s’impose dans la conjoncture actuelle qui s’avère particulièrement explosive avec le laisser faire du premier ministre Couillard et l’indolence de Québec solidaire pendant que la CAQ tend à exacerber un nationalisme étroit digne des gouvernements très à droite. Le refus d’agir de notre premier ministre québécois, bien encouragé en ce sens par son homologue fédéral, ne pourra qu’attiser les tensions et les incompréhensions interculturelles, menant aux affrontements observés dans les manifestations à l’encontre de la motion 103 présentée au Parlement fédéral qui dénonce l’islamophobie et le racisme. 

Souhaitons à Jean-François Lisée la magnanimité pour apaiser les tensions entretenues par d’autres.