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15 000 élèves en difficulté de plus en deux ans dans les écoles du Québec

Les élèves en difficulté sont des garçons dans 65 % des cas, selon les chiffres du ministère de l’Éducation.
photo Jean-François desgagnés Les élèves en difficulté sont des garçons dans 65 % des cas, selon les chiffres du ministère de l’Éducation.

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Le nombre d’élèves en difficulté ne cesse d’augmenter dans les écoles québécoises. En deux ans seulement, on en compte 15 000 de plus, a appris Le Journal. Au secondaire, près de 30 % des élèves font maintenant partie de cette catégorie dans le réseau public.
 
En 2015-2016, le ministère de l’Éducation a recensé 207 016 élèves handicapés ou en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage (EHDAA) dans les écoles publiques et privées, comparativement à 191 747 deux ans auparavant. Depuis au moins une dizaine d’années, le nombre d’élèves en difficulté ne cesse d’augmenter dans les écoles de la province.
 
Égide Royer, professeur spécialisé en adaptation scolaire à l’Université Laval, n’est pas étonné par ces chiffres, qu’il juge toutefois préoccupants. La proportion d’élèves en difficulté est particulièrement élevée au secondaire (voir encadré). «C’est comme si la situation se détériorait en cours de route», lance-t-il.
 
Manque d’intervention précoce
 
Cet expert y voit un «indice» qui laisse croire que l’intervention auprès des élèves qui traînent la patte dès le début du primaire n’est pas faite de façon systématique et efficace, si bien que les difficultés s’aggravent au fil des ans. C’est ce qui pourrait notamment expliquer que la proportion d’élèves en difficulté est plus élevée au Québec qu’ailleurs. Dans les autres provinces canadiennes et aux États-Unis, elle se situe plutôt autour de 15 %, contre 20 % chez nous, indique M. Royer.
 
De son côté, la Fédération des syndicats de l’enseignement mise aussi sur l’intervention précoce pour corriger le tir. Sa présidente, Josée Scalabrini, croit d’ailleurs que les compressions de 1 milliard $ des dernières années, dans le réseau scolaire, sont en partie responsables de cette augmentation. «Il y a eu trop de coupes. Quand tu n’es plus capable de faire le dépistage rapidement, les difficultés de l’élève vont en augmentant», lance-t-elle.
 
Brigitte Dubé, porte-parole de la Coalition des parents d’enfants à besoins particuliers, affirme de son côté qu’un meilleur dépistage peut aussi expliquer cette hausse. «On parle de hausse en chiffres, mais il n’y a pas nécessairement plus de cas. Il y a plutôt des diagnostics qui sont plus précis», soutient-elle.
 

Classe spécialisée ou normale : pas de solution unique

Deux enfants autistes, deux réalités différentes. Le Journal vous présente deux cas qui montrent bien qu’il n’y a pas de solution unique qui s’impose pour ces élèves à besoins particuliers, qui varient d’un enfant à l’autre.

Une intégration réussie

Luka, 12 ans, est autiste Asper­ger. Il a commencé son parcours scolaire dans une classe spécialisée avant d’intégrer une classe normale, il y a trois ans. Un virage qui a chan­gé sa vie.

Pour Luka, c’est plutôt le passage dans une classe spécialisée qui a grugé son estime de soi et son goût de vivre, explique sa mère, Luci­la Guerrero, qui est elle-même autiste.

Interventions inadéquates, mauvaise communication et malentendus avec le personnel, rien n’allait plus à la fin 2013 pour son fils qui, un soir, lui a dit: «Maman, lance-moi par le balcon, je veux mourir, parce que la vie n’est pas belle.»

Mme Guerrero a alors remué ciel et terre pour venir en aide à son fils. En janvier 2014, il a changé d’école pour fréquenter une classe normale.

«Depuis le premier jour, il est souriant, maintenant», affirme sa mère. Luka n’a pas de soutien particulier en classe et arrive à bien fonctionner. Il s’est aussi fait des amis, raconte sa mère.

Bataille pour une classe spéciale

Michel Labonté a dû se battre pendant trois ans pour que son fils ait accès à une classe spécialisée, faite sur mesure pour les enfants autistes. Il n’a pas regretté tous les efforts qu’il y a consacrés. «Ça a fait toute la différence», lance-t-il.
 
Son garçon a reçu son diagnostic d’autisme à l’âge de 4 ans et a été intégré dans une classe normale dès son arrivée à l’école. En deuxième année, rien n’allait plus et M. Labonté a réclamé une classe spécialisée pour son fils.
 
Après de multiples démarches et une plainte formulée au protecteur de l’élève, M. Labonté verra son garçon commencer sa cinquième année dans une classe qui accueille sept élèves autistes.
 
Son garçon a aujourd’hui 13 ans et il poursuit sa sixième année dans une classe spéciale d’une école secondaire de Québec.
 

Qu’est-ce qu’un EHDAA?

Élèves handicapés
  • Déficience motrice légère ou grave
  • Déficience visuelle, auditive ou langagière
  • Déficience intellectuelle de moyenne à grave
  • Trouble envahissant du développement
  • Trouble psychopathologique

Élèves en difficulté d’adaptation

  • Trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité
  • Trouble du comportement

Élèves en difficulté d’apprentissage

  • Dyslexie, dysorthographie ou dyscalculie
  • Dysphasie ou trouble du langage
  • Déficience légère
Source: ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur

Élèves handicapés ou en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage (EHDAA)

Réseau public

  • Préscolaire 5 %
  • Primaire 20 %
  • Secondaire 29,5 %
Total : 22 %

Réseau privé

  • Préscolaire 2 %
  • Primaire 10 %
  • Secondaire 13 %
Total 12 %

Ensemble du Québec 20,4 %

Source: ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, 2015-2016.