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La désintégration de la France

Ce qui se passe en France avec la montée du parti d’extrême droite de Marine Le Pen n’est pas étranger à ce qu’on observe dans nos démocraties malades.
Photo AFP Ce qui se passe en France avec la montée du parti d’extrême droite de Marine Le Pen n’est pas étranger à ce qu’on observe dans nos démocraties malades.

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La France qui a éclairé l’Occident depuis le 18e siècle grâce à ses philosophes, qui a été la référence politique, culturelle, intellectuelle et artistique pour l’Europe est en train de se suicider.

À 50 jours de l’élection présidentielle, la gauche et la droite sont totalement éclatées. Le principe sacré de l’intérêt supérieur de la nation qui a permis à la France d’être un modèle et le pays de la liberté et de l’accueil de réfugiés politi­ques, ce principe est mis en berne.

La nation malmenée s’est effacée devant les intérêts particuliers. Des affairistes, des idéologues nostalgiques, des candidats clonés par les techniques du marketing ont envahi la scène politique. Les figures légendaires comme De Gaulle et Mitterrand ont été remplacées par des politiciens sans envergure comme Sarkozy, l’hyperactif, et Hollande, le pusillanime. La corruption endé­mique, la fourberie et l’absence de transparence ont usé l’institution politique.

Divisée de l’intérieur, ayant échoué dans l’intégration de ses immigrants, affai­blie par le poids écrasant de sa fonction publique et paralysée en permanence par les syndicats dans les services publics, la France expire désormais plus qu’elle n’inspire.

Des malheurs

Il est douloureux pour tous ceux qui ont aimé ce pays, créé et développé par des habitants qui l’ont vénéré, respecté, embelli et structuré, d’être dorénavant les témoins impuissants de ses malheurs actuels.

Les Québécois sont encore – mais pour combien de temps? – en majorité de descendance française. Nos racines, notre langue et notre culture sont tributaires de la France. La tragi-comédie qui se déroule actuellement en France ne devrait pas nous laisser indifférents. Tout recul d’influence de la France, qu’on le veuille ou non, a des réper­cussions sur le combat pour notre survie francophone.

Comment la France en est-elle arrivée à perdre ses qualités qui lui ont permis de clamer haut et fort sa devise: Liberté, Égalité, Fraternité? La France provoque tant de ressentiment, voire de mépris et de haine – même au Québec, hélas! Une haine parmi ses propres citoyens qui refusent de s’y intégrer désormais. Chez des djihadistes qui l’ont prise pour cible en lui déclarant la guerre. Et chez des gens qui rêvent encore de révolution et qui appellent de leurs vœux la vengeance du peuple.

Histoire tragique

La France est fatiguée de ses luttes intes­tines. C’est autour de l’État-nation qu’elle s’est affirmée, qu’elle a surmonté les épreuves de son histoire tragique, celle de la collaboration avec l’Allemagne nazie, entre autres.

La France s’est mal adaptée au recul de son prestige. Son passé colonialiste l’a affaiblie politiquement et surtout moralement.

Ce qui se passe en France n’est pas étranger à ce qu’on observe dans nos démocraties malades par manque d’espoir, de confiance et de vision. Les valeurs qui unissent un peuple ne peuvent pas être remplacées par l’addition de valeurs individuelles. La France subit aussi les contrecoups de son ouverture à tous les migrants illégaux économiques. Cela provoque une frustration populaire favorable aux extrémistes de droite comme de gauche.

Le déchirement de la France, comme celui des États-Unis, annonce pour nous tous des lendemains qui déchantent.