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Hydro songe à abandonner le projet Northern Pass

La société d’État a «refait son plan» mercredi et pourrait ne pas aller de l’avant

Northern Pass
Photo courtoisie Sur la portion américaine du tracé retenu, 96 km seront enfouis dans le secteur des montagnes Blanches aux États-Unis, tandis qu’Hydro-Québec refuse, pour la même ligne, d’enfouir une portion de 18 km au Québec dans une zone de conservation.

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Non seulement Hydro-Québec admet finalement qu’elle pourrait payer indirectement les coûts de construction d’une ligne de 2,1 G$ au New Hampshire, mais elle remet en question sa participation au projet après avoir «refait son plan» mercredi.

Notre Bureau d’enquête révélait mercredi que le promoteur américain Eversource avait l’intention de refiler la facture à la société d’État pour la construction de la ligne à haute tension Northern Pass.

Elle serait enfouie sur près de 100 km afin de protéger les paysages du New Hampshire, ce qui ferait grimper la facture de 500 millions $.

Eversource financera d’abord la construction, mais entendait se faire rembourser les coûts par Hydro pendant 20 à 40 ans, par l'entremise des «frais de transport» pour l’emprunt de la ligne de l’autre côté de la frontière.

Le directeur des relations médias d’Hydro, Serge Abergel, nous confiait d’ailleurs la semaine dernière qu’Eversource allait «prendre ces frais de transport pour rentabiliser [son] investissement».

Hydro se défend

Sur plusieurs tribunes mercredi, la société d’État a plutôt soutenu qu’elle ne paierait pas un cent pour les travaux aux États-Unis.

En entrevue avec notre Bureau d’enquête en après-midi, M. Abergel a pourtant dit être «d’accord» sur le fait qu’Hydro pourrait payer des frais de transport et rembourser indirectement l’investissement à Eversource. Il soutient qu’«il y a une grosse différence entre dire ça et dire qu’on va payer pour l’enfouissement de la ligne aux États-Unis».

Qui paiera les frais de transport d’électricité dans la ligne Northern Pass? La semaine dernière, la société d’État indiquait que ceux-ci pourraient «possiblement» être assumés par des clients américains et non par Hydro.

Mercredi toutefois, dans le communiqué de presse d’Hydro-Québec, il ne s’agissait plus d’une possibilité, mais d’une certitude. M. Abergel a tenu le même discours sur les ondes du 98,5 FM, avant de préciser en entrevue avec notre bureau qu’il s’agissait d’un «souhait» et qu’Hydro ignorait encore qui paierait ces frais de transport.

Notons qu’au moment où le projet a été mis sur la table en 2011, Hydro-Québec avait garanti à son partenaire le remboursement total de l’investissement. Mais la société d’État indiquait hier qu’elle avait changé d’avis depuis.

Les plans ont changé

Au point où si elle se retrouve à devoir payer les frais de transport, «ça se peut qu’il n’y ait pas de projet», a-t-il soutenu.

«On a refait le plan aujourd’hui (mercredi) [...] donc tirez-en la conclusion qu’on n’ira pas de l’avant si jamais» les frais de transport ne sont pas assumés par les clients américains.

Eversource nous avait écrit – ce qu’elle précisait du reste sur son site web – qu’Hydro-Québec garantissait le remboursement des coûts de la ligne aux États-Unis. M. Abergel dit «être tombé en bas de sa chaise» en prenant connaissance de cette déclaration. À ses yeux, l’entreprise américaine «n’aurait pas dû dire ça» et elle devrait se corriger.

Le projet Northern Pass

  • 388 KM
  • Portion au Québec: 80 km, 618 M$
  • Portion aux États-Unis: 308 km, 2,1 G$
  • Enfouissement aux États-Unis: 96 km
  • Enfouissement au Québec: 0 km

« En fin de compte, c’est Hydro qui paie »

Plusieurs intervenants dans le domaine énergétique ont remis en question, mercredi, la version d’Hydro-Québec voulant qu’elle ne paie pas un cent pour le projet aux États-Unis.

«La ligne est pour eux. Indirectement, c’est Hydro qui paie. Je ne vois pas qui d’autre aurait intérêt à payer», a soutenu Jean-Pierre Finet, analyste en gestion de l’énergie pour le Regroupement des organismes environnementaux en énergie.

«Bien sûr que les consommateurs américains paieront à travers leurs tarifs d’électricité [...] Ce qu’Hydro-Québec ne dit pas cependant, c’est que plus les coûts de transport sont élevés, moins élevées seront ses recettes en bout de piste. En fin de compte, c’est donc Hydro-Québec qui va absorber cette hausse des coûts de transport, notamment en raison de l’enfouissement.

« Deux poids deux mesures »

Le groupe Nature Québec souligne aussi qu’Hydro assume et garantit les coûts de construction: «Le partenaire américain ne prend aucun risque financier. Tous les documents le prouvent», signale Christian Simard, directeur général de l’organisme.

«La même ligne est enfouie aux États-Unis, mais pas chez nous. Rien ne justifie ça. C’est deux poids deux mesures et totalement inacceptable», ajoute M. Simard, qui demande au gouvernement Couillard d’intervenir afin de ne pas donner le feu vert au projet tant qu’un scénario d’enfouissement et d’évitement de la zone de conservation n’a pas été déterminé.

Il rappelle que le BAPE a émis une recommandation à cet effet: «Ces coûts seront marginaux sur l’ensemble du projet et ce n’est pas ce qui va établir si le projet sera rentable ou non.»

La mairesse de Saint-Adolphe-d’Howard, Lisette Lapointe, se bat depuis près de quatre ans contre la pollution visuelle qu’un projet de ligne entraînerait dans sa municipalité.

«C’est un choc, confie-t-elle. Ce qui est extrêmement troublant, c’est que dans une société voisine, on considère les paysages comme une richesse, mais pas ici [...] Les belles montagnes Blanches au New Hampshire, c’est un joyau. Les montagnes de notre municipalité, c’est un joyau aussi.»

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