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Voici ce que je pense de l'affaire Robuchon

Voici ce que je pense de l'affaire Robuchon
Photo Thierry Daraize

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«Mais que diable allait-il faire dans cette galère?»

Voilà la première chose qui me soit passée à l’esprit lorsque j’ai appris la venue du chef cuisinier français Joël Robuchon, notamment parce qu’il venait installer son célèbre atelier au cœur du casino de Montréal.

Qui a bien pu imaginer une telle fourberie?

Le débat sur le Casino de Montréal, comme pour la SAQ, d’ailleurs, est un terrain miné. Il est facile de faire sauter, à la moindre étincelle, les barils de poudre de l’exaspération.

Évidemment, avant même de savoir le prix de sa venue en sol canadien, j’ai été étonné et j’imaginais déjà les remarques joyeuses des uns et acrimonieuses des autres.

11 millions de dollars! C’est beaucoup d’argent, surtout lorsque les contribuables estiment que tant de choses devraient être faites en priorité avec ce montant. J’en conviens, il y a tellement de choses à faire, surtout pour ceux qui ne peuvent même pas s’offrir un repas. Onze millions de dollars! C’est le fantasme absolu d’un chef pour aller au bout de son rêve d’excellence.

Je me mets à la place des chefs et des restaurateurs pour avoir vécu moi-même dans le monde de la restauration pendant presque trente ans et après avoir été pendant cette période, chef propriétaire pendant cinq ans.

Alors j’imagine très bien, ce que j’aurais pu faire de ma vie de chef-restaurateur si l’on m’avait offert 11 millions de dollars.

Mais voilà, même avec 11 millions de dollars, je ne suis pas Joël Robuchon.

Même avec toute la passion qui m’anime, mon expertise et mon savoir culinaire acquis dans les plus importantes maisons en France et au Québec... Je ne suis pas Joël Robuchon.

Aucun chef ici, même avec tout son talent et sa passion, n’a le rayonnement planétaire de ce chef hors norme.

Il faut mal connaître le monde de la cuisine et surtout le monde de la gastronomie (la vraie), pour jouer aux jeux des comparaisons.

Personnellement, qu’un chef de renommée mondiale (Adria, Redzepi, Bottura, Keller, Robuchon)...vienne installer ses pénates à Montréal ou n’importe où dans la province comble le chef, le gourmand, le curieux et le chroniqueur culinaire que je suis, puisque je me dis, si ce chef choisi notre ville, c’est qu’il se passe ici, au Québec, de bien belles choses. Le problème, c’est que dans le dossier Robuchon, l’argent investi, n’est pas privé.

Cette triste affaire est aussi la résultante d’une institution qui a accumulé les maladresses dans leur annonce, leurs messages publicitaire et promotionnel.

Rien à été expliqué réellement en amont, de quoi réveiller avec raison, l’indignation.

La venue du chef français à donner lieu à des commentaires sur les réseaux sociaux et dans les médias d’une virulence incroyable. Autorisant même certains à se défouler sur la colonisation. J’aurais bien aimé que cela ne soit pas un débat d’origine, mais plutôt une réflexion sur la reconnaissance de la profession au Québec et sur la promotion de tous ses artisans formidables, profitant ainsi de cette tempête, pour en faire plutôt, un tourbillon de bonnes idées.

Quoi qu’on en pense, Joël Robuchon est symbole d’excellence et l’excellence profite à tous.

Les institutions se doivent de rassembler le public et les contribuables derrière leurs projets et pour cela aussi, il faut impérativement expliquer.

Ce ne sont pourtant pas les idées qui manquent, il y avait pourtant des solutions et si on pouvait, pour une fois, interroger la profession pour voir.

* Les gens qui travaillent fort dans tous les métiers de bouches vous diraient que rien n’a été fait pour la reconnaissance du métier de cuisinier au Québec.

* Qu’il n’y pas encore d’appellations des produits d’ici, alors que partout dans le monde, les choses avancent beaucoup plus vite.

* Qu’il n’y à rien pour la promotion de nos chefs sur la scène internationale.

* Que pas grand-chose, sinon, rien n’as été fait pour faire grandir toute cette belle industrie de métiers de bouches au Québec et qu’il est plus que temps d’agir.

Il se fait au Québec, une formidable cuisine, reconnue de plus en plus sur la toile mondiale, Il y a ici un style, une façon de faire décomplexée, créative et innovante, qui fascinent les chefs du monde entier qui nous visitent régulièrement. Il faut en être fier, le célébrer et le revendiquer.

J’avais personnellement, une petite liste de chefs québécois, bourrés de talent que j’aurais bien aimé voir à la tête du restaurant du Casino de Montréal, il y avait de belles possibilités et formules.

Ils auraient fait rayonner le savoir-faire d’ici, interpréter avec audace et créativité les beaux produits de chez nous, tout le monde en aurait parlé au début, puis le monde de la restauration aurait déchiré sa chemise...

Ce chef élu, québécois, le nouveau Messie, aurait été de toute façon, crucifié sur la place publique.

J’entends d’ici les commentaires.

Pourquoi lui? Il sort d’où ce jeune, il n’a rien prouvé...

Un chef d’ici très connu?

On sait ben, toujours les mêmes « osti » de gangs... y rien que pour eux autres...

Déjà, sans la polémique du Casino, appelé aujourd’hui, l’affaire Robuchon, les bruits de casseroles volent bas dans le petit monde de la restauration.

Les guerres des chefs, ici comme ailleurs, sont connues; les clans, les « tisamis », les copains, les affiliations...

«Mais que diable, un chef talentueux, d’où qu’il vienne, allait-il faire dans cette galère?»

Pendant que le débat fait rage, les internautes du monde entier naviguant sur le site web du chef le plus respecté et le plus célébré au monde, oui, au monde - y trouveront l’atelier de Joël Robuchon à Paris, Bangkok, Hong Kong, Vegas, Londres, Macao, Monaco, Sanghai, Singapour, Taipei, Tokyo et depuis peu... à Montréal.

Pendant ce temps encore, il y a dans ce restaurant du Casino de Montréal, des jeunes talents québécois, des jeunes femmes et des jeunes hommes d’ici, qui, chaque jour, à chaque service, sont fiers de faire partie de l’équipe Robuchon. Aussi fiers que ceux qui ont la chance de pouvoir travailler dans les meilleures tables de la province et qui diront un jour, «J’ai travaillé pour Normand Laprise, Yvan Lebrun, François Nadon, Marie-Fleur St-Pierre, Stéphane Modat, David Mc Millan, Antonin Mousseau Rivard, François Côté, Constant Mentzas, Danny St Pierre, Marc-André Jetté, Jérôme Ferrer, José Pierre Durand, Chuck Hughes, Daniel Vezina, Cheryl Johns, Martin Juneau, Colombe St-Pierre, Frédéric Laplante, Alexandre Gosselin, Helenea Loureiro, Junichi Ikematsu, Joe Mercuri, Stephanie Labelle, Francis Wolf, S'Arto Chartier-Otis, Laurent Godbout, Michele Forgione, François Blais, Daniel Charbonneau, Mario Navarrete Jr, Jean-Luc Boulay, Graziella Batista, Patrice Demers, Martin Picard, Daniel Boulud... et Joël Robuchon!»

Tout ça, et plus encore, dans une seule et même province, sur un petit bout de terre de chez nous, en Amérique du Nord. Une fierté nationale qu’il faut porter bien haut dans nos cœurs et transmettre à chaque occasion, pendant nos voyages et nos rencontres avec nos visiteurs.

Venez à Montréal, venez au Québec, venez voir tout le talent qu’on a ici; Québécois, Italien, Portugais, Français, Vietnamien, Espagnol, Grec, Péruvien, Chinois, Japonais... Venez voir les jeunes comment ils poussent et se développent. Ils sont notre avenir culinaire et gastronomique du Québec, puisqu’ils auront eu la chance de travailler chez tous ces chefs ici nommés, et de bien d’autres encore. Et même... chez Robuchon!

Pour moi cet avenir là, ça vaut le gros lot du loto.

Avec ce principe, je suis gagnant à vie.

Vive la bonne cuisine!