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De la tension jusqu’à la fin

SPO-ENTRAÎNEMENT PUBLIC DE BOXE
photo d’archives David Lemieux joue gros. Il doit gagner et il doit être ­impressionnant.

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VERONA, New York | David ­Lemieux a fait le poids. Mais il avait le visage d’un prisonnier sortant d’un camp de concentration allemand. Les joues creuses, les yeux creux et les dents ­saillantes tellement Lemieux était déshydraté.

Comme on le dit dans le langage de la boxe, les dents lui avaient poussé ­pendant les deux dernières journées.

Curtis Stevens, lui, plus court et plus trapu, ne semblait pas avoir souffert. Il a même tenté de faire ciller le regard de Lemieux lors du face-à-face, mais en vain. C’était couru d’avance, Lemieux est un vrai guerrier. Les simagrées n’ont pas d’effet sur lui.

Puis, pendant que Stevens attendait patiemment le choix des gants, ­Lemieux retournait dans ses quartiers sans accorder d’entrevues ni de ­photos. C’est la façon habituelle de Marc Ramsay avec ses boxeurs. Après la pesée, on passe immédiatement à la phase finale de préparation.

SEULS DANS LA TENTE MÉDICALE

La journée s’était passée comme le reste de la semaine. Dans la tension. Je vous raconte un de ces épisodes ailleurs dans Le Journal, mais on a eu droit à un autre incident à haute ­tension. Vers 3 h 45, Lemieux et ­Stevens se sont retrouvés seuls dans la tente médicale avec le médecin.

Camille Estephan, Samuel Décarie et Marc Ramsay se sont campés à l’entrée de la tente pour surveiller ce qui se passait à l’intérieur. Ramsay fulminait: «C’est une autre preuve d’intelligence de cette organisation. Déjà qu’il a fallu vivre dans le même hôtel que Stevens, ils laissent les deux hommes seuls avec un médecin. Heureusement, on sait comment se comporter dans la vie, mais on était prêt à intervenir. On ne sait jamais», d’expliquer Ramsay.

PETITE MARCHE EN SOIRÉE

Au moment où vous lirez ces lignes, Lemieux devrait prendre son petit-déjeuner, après une nuit de sommeil la meilleure possible. Il doit reprendre 20 lb avant le combat et monter dans le ring à 180 lb.

Hier soir, il est allé faire une marche avec Camille Estephan.

«Quand David vient de terminer sa réhydratation, on dirait que ses sens sont encore plus affutés. Il adore sentir l’air frais et les odeurs de l’extérieur. On va marcher sans trop parler. Juste pour se détendre et se préparer à une bonne nuit», de raconter Estephan.

Luc-Vincent Ouellet explique qu’on veut éviter que Lemieux monte dans le ring avec le ventre gonflé parce qu’il s’est trop bourré après s’être affamé pour faire le poids.

«Il va prendre son dernier repas deux ou trois heures avant le combat. Viande blanche, pâtes et ­légumes», dit-il.

PAS AVANT MINUIT

Ce ne sera pas avant 9 h ce soir puisque la finale ne commencera pas avant minuit.

David Lemieux joue gros. Il doit gagner et il doit être impressionnant. J’ai discuté avec Eric Gomez, le patron de Golden Boy Promotions, et il ne fait pas de cachettes. On espère une victoire de Lemieux et on la veut convaincante.

«Les négociations avec le clan de Gennady Golovkin sont compliquées. De toute façon, David est en train de se repositionner pour devenir ­incontournable», de dire Gomez.

Chez les Québécois, on est très optimistes. On prévoit une victoire facile de David Lemieux. Je suis loin de ­partager cette douce euphorie.

Je pense que Lemieux va gagner. Mais s’il y a un knock-out, ce ne sera pas avant le 10e round. Je penche plus vers une décision unanime. De toute façon, ce sera un combat dur, difficile et acharné.

Ce Curtis Stevens n’est pas un lâcheur. Même Golovkin n’a pas pu le coucher. C’est l’arbitre qui a arrêté le combat entre le huitième et le neuvième round.

On le saura dimanche matin... vers 1 h.

Yuriorkis Gamboa et les mains de Luc-Vincent Ouellet

Luc-Vincent Ouellet marchait dans le lobby de l’hôtel quand il a entendu son nom: «Luc! Luc!» C’était Yuriorkis Gamboa, un médaillé d’or olympique pour Cuba, qui l’avait reconnu. Malgré la grosse barbe et le crâne rasé.

Luc-Vincent l’avait connu à des Jeux ou à des championnats du monde il y a plusieurs années et il lui avait donné un coup de main pour se bander les mains.

Quand Gamboa a appris que Ouellet faisait les bandages des mains pour ­Lemieux, il lui a demandé de faire les siens...

Ouellet, amusé, a accepté.

Ce soir, il va donc bander les mains de Gamboa pour la demi-finale et celles de Lemieux pour la finale.

Si tu veux que quelque chose soit fait vite et bien, demande à quelqu’un ­d’occupé.

Kathy Duva et Sullivan Barrera

Kathy Duva était très mal à l’aise quand elle a commenté les propos de son boxeur Sullivan Barrera, qui a décidé de ne pas affronter Artur Beterbiev. Mais elle a quand même apporté un point de vue différent sur cette ­invraisemblable affaire: «Les contrats étaient signés. Mais selon les règlements de l’IBF, le contrat définitif doit spécifier la date et le lieu du combat. La date était réglée pour le 21 avril, mais il restait à préciser le lieu du combat. Ce n’était pas fait et Barrera a décidé de ­profiter de cette clause pour renoncer à l’affrontement.»

Yvon Michel négociait avec Miami et le Hard Rock Casino de Fort ­Lauderdale. Sans doute que Barrera, un Cubain, préférait Miami, où la ­diaspora cubaine est très importante.

«D’habitude, ce genre de situation ne cause pas de problème pour les promoteurs. Mais Barrera a décidé d’exercer son droit de boxeur», a-t-elle ajouté.

Ça ne change rien au fond de l’histoire. Barrera n’était pas prêt à se faire casser la gueule pour 62 000 $. Surtout qu’il devait verser 20 000 $ à Main Event et payer ses dépenses d’entraînement.

Sauf que Beterbiev et les fans de boxe se retrouvent le bec dans l’eau...

 

Maudite balance

Luc-Vincent Ouellet a vécu un ­moment frustrant hier.
Photo d’archives
Luc-Vincent Ouellet a vécu un ­moment frustrant hier.

Oh que Luc-Vincent Ouellet était en maudit! Lui qui peut être placide à côté d’une attaque terroriste était tout prêt à péter les plombs.

Il était 2 h de l’après-midi. La pesée était prévue pour 5 h. David Lemieux était dans sa chambre, tentant de perdre les dernières onces de gras et d’eau de son corps. La maudite balance ­officielle était derrière des rideaux dans la grande salle de la pesée.

Luc-Vincent était devant une dame, tentant pour la 10e fois de lui faire comprendre le bon sens.

«Je veux juste monter sur la balance officielle, noter mon poids et monter sur la balance de mon athlète dans sa chambre. Je vais pouvoir m’assurer que notre balance (pèse-personne) est calibrée parfaitement. Une once peut faire une terrible ­différence», reprenait Ouellet.

No sir... only the boxers are ­allowed (non monsieur... seuls les boxeur sont admis).

– Mais mon boxeur se repose. Je suis son représentant.

That’s the rule (c’est le règlement).

– Aie! Quand une règle est ­stupide, il faut la changer!

Rien à faire. La grosse dame ne bronchait pas. Même les patrons de Golden Boy Promotions ont été incapables de la faire broncher. Luc-Vincent a demandé qu’on ­appelle le commissaire, le pape et ­Donald Trump, rien à faire. La dame était démocrate, protestante et se foutait du commissaire.

Finalement, c’est Camille ­Estephan qui a joint Ouellet. «Laisse tomber», lui a-t-il dit.

Et on a vu passer David Lemieux vers 3 h...

La dame avait gagné.