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Caricature controversée : Couillard menace la liberté d'expression, selon Fatima Houda-Pepin

L'ex-députée libérale Fatima Houda-Pepin
PHOTO NANCY LANDREVILLE L'ex-députée libérale Fatima Houda-Pepin

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L'ex-députée libérale Fatima Houda-Pepin accuse Philippe Couillard «d'intimidation» à l'endroit de la haute direction de Transcontinental, qui a retiré une caricature controversée après un appel du cabinet du premier ministre.

Le dessin publié la semaine dernière dans le Courrier du Sud de Longueuil montrait M. Couillard vêtu d'une djellaba – une longue robe portée traditionnellement en Afrique du Nord – lançant des pierres à son ancienne députée.

Pour Mme Houda-Pepin, le comportement du chef libéral et de son entourage est tout simplement «odieux». «Quand vous êtes rendu à questionner la ligne éditoriale d'un journal et que ce questionnement vient du cabinet du premier ministre, c'est une menace à peine voilée, c'est une ingérence directe dans la liberté d'expression des médias et ce n'est pas seulement le Courrier du Sud qui doit être inquiété de ça, c'est tous les médias qui doivent être inquiétés de ça!», lance-t-elle, en entrevue avec notre Bureau parlementaire.

Selon elle, cette intervention est d'autant plus problématique en raison de la position de «vulnérabilité» de Transcontinental. L'éditeur et imprimeur a lancé un cri du cœur au début du mois à l'Assemblée nationale pour dénoncer le projet de loi 122 sur l'autonomie des municipalités, qui priverait les hebdomadaires locaux d'une importante source de revenus en abolissant l'obligation de publier les avis publics dans les journaux.

«Que M. Couillard ne vienne pas nous dire qu'il n'a pas demandé le retrait de la caricature. C'est bien beau de dire une chose comme ça, mais lorsque vous êtes justement dans une position de négociation, voire de vulnérabilité face à un premier ministre qui a un pouvoir de faire des choses qui pourraient avoir des conséquences sur votre entreprise, je trouve ça odieux que l'on puisse intimider les gens à ce point-là!», a pesté celle qui a une chronique dans les pages du Journal de Québec et du Journal de Montréal.

Fatima Houda-Pepin a reçu un appel samedi matin de la grande patronne de Transcontinental, Isabelle Marcoux, qui se confondait en excuses. «Elle était très troublée, elle m'a dit qu'elle avait reçu une plainte du cabinet du premier ministre sur cette caricature, a-t-elle précisé. Clairement, cette femme-là était sous pression, elle était bouleversée, elle me parlait avec un ton de voix qui était vraiment stressé et moi j'ai essayé de l'apaiser».

« Assassinat politique »

Interrogé lundi sur cette controverse en marge d'une annonce à Roberval, Philippe Couillard a soutenu que l'intervention de son cabinet était justifiée. «On a juste signalé que ça nous apparaissait déplacé, on n'a pas demandé le retrait», a-t-il insisté. Selon le premier ministre, cette caricature dépeignait «un meurtre».

Une perception que ne partage pas du tout Mme Houda-Pepin, qui reproche à son ancien chef de «mentir». «La caricature ne dit pas qu'il y a un meurtre, avez-vous vu quelqu'un de mort là-dedans? Moi, j'ai vu deux personnes debout. Puisque M. Couillard parle de meurtre, le seul meurtre qui existe pour de vrai, c'est l'assassinat politique que M. Couillard a commis à mon égard et ça, c'est vrai!», a-t-elle lancé.

Transcontinental a envoyé un courriel laconique en guise de réponse aux questions de notre Bureau parlementaire.

«Le cabinet du premier ministre du Québec a porté à l’attention de TC Transcontinental la publication d’une caricature dans l’édition du 8 mars 2017 du journal Le Courrier du Sud, une propriété de TC Transcontinental. Selon nos pratiques, nous avons pris connaissance de cette caricature qui dépeint une femme se faisant lapider et avons jugé qu’elle était déplacée et de mauvais goût. Bien que la version imprimée du journal ait déjà été distribuée, nous avons pris la décision de retirer la caricature du site web du Courrier du Sud. TC Transcontinental est une organisation qui respecte le droit fondamental de la liberté d’expression tout en assumant ses responsabilités à l’égard des communautés desservies. Notre mission en tant qu’éditeur est d’informer les communautés locales», s'est-on limité à commenter.