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Déficit: enlevez vos lunettes roses

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Le Québec se dirige vers des déficits d’une trentaine de milliards de dollars en 2035.

C’est une des conclusions d’un cahier de recherche publié en décembre dernier par la Chaire de recherche Industrielle Alliance. La raison: le vieillissement de la population, surtout, qui va exercer une pression énorme sur les soins de santé et ralentir la croissance de la force de travail dans la province.

La dette va aussi augmenter considérablement en pourcentage du PIB. Et comme les ménages québécois sont déjà surtaxés, il est probable qu’une «rigueur budgétaire soutenue» sera nécessaire pour réduire la dette publique, notent les auteurs. En d’autres termes: on n’a pas fini d’entendre parler d’austérité!

On dort au gaz

Québec fait des surplus cette année et j’en entends plusieurs dire: vous voyez? Ceux qui criaient au loup et disaient qu’on allait frapper un «mur» se sont trompés!

Pourtant, le «mur» nous attend toujours au détour. Il n’a pas disparu comme par magie.

Rappel: en 2012, le Conference Board nous prévenait que les dépenses de santé allaient tripler d’ici 20 ans, accaparant les deux tiers de tous les revenus du gouvernement. Et que si on ne faisait rien, il faudrait élever la TVQ jusqu’à 19,5 %!

En 2013, une étude du CIRANO montrait que les dépenses de santé vont tellement augmenter d’ici 2030 qu’il faudra hausser de 60 % tous les impôts et toutes les taxes du gouvernement si on veut continuer à se payer le même train de vie!

Petite nouvelle pour les endormis: 2030, ce n’est que dans 13 ans...

La croissance va-t-elle nous sauver ?

Est-ce qu’une forte croissance économique pourrait nous éviter ces écueils? Probablement que oui.

Sauf que depuis quelques années, c’est l’endettement des citoyens et des gouvernements qui tire en bonne partie la croissance économique. Or, on atteint de plus en plus la limi­te de cet endettement. Et sans cette «dope», la croissance risque d’être plus faible pendant un temps.

Imaginez: aujourd’hui, même avec des surplus, nos écoles sont dans un état lamentable, apprenait-on la semaine dernière. Ce sera quoi avec des déficits d’une trentaine de milliards de dollars?

Pas de doute, cette réalité démographique – et mathématique – va forcer un réajustement de notre État-providence, dont on expérimente aujourd’hui à peine les premiers soubresauts. Il va falloir trouver des façons moins coûteuses de livrer les services et décider de ce qui est essentiel ou non.

Enlevez vos lunettes roses. La vraie austérité, on ne l’a pas encore vécue.