/opinion/columnists
Navigation

La géographie ethnique

Qu’on se le dise, Mme Emmanuella Lambropoulos, une enseignante de français, avoue préférer s’exprimer en anglais. Il est certain qu’elle sera d’abord la députée de sa propre communauté.
Capture d'écran, TVA Nouvelles Qu’on se le dise, Mme Emmanuella Lambropoulos, une enseignante de français, avoue préférer s’exprimer en anglais. Il est certain qu’elle sera d’abord la députée de sa propre communauté.

Coup d'oeil sur cet article

L’histoire électorale du Québec, c’est en partie l’histoire des comtés protégés. Mont-Royal, Westmount, Côte-Saint-Luc illustrent cette réalité. La présence massive d’anglophones, auxquels s’ajoutent les allophones, leur a permis d’être représentés à l’Assemblée nationale. Les Anglos et les Allos sont d’obédience libérale depuis un siècle, au Québec.

Le multiculturalisme domine désormais. Le vote ethnique que de belles âmes souhaiteraient plus départager est massif. Si bien que le seul consensus réussi au Québec est celui des Anglos-Allos. Avec une régularité de métronome, ces Québécois votent pour un seul parti, le PLQ.

Dans Saint-Laurent, la communauté grecque a donné le ton. C’est une Grecque anglophone qui a battu la candidate Yolande James, choix de l’establishment du PLC. Qu’on se le dise, Mme Emmanuella Lambropoulos, une enseignante de français, avoue préférer s’exprimer en anglais. Il est certain qu’elle sera d’abord la députée de sa propre communauté. Les Grecs de Montréal, qui ont depuis longtemps choisi l’anglais au Québec, seront écoutés. Et servis, le cas échéant. Tant mieux pour eux.

Chicanes

Dès que le nombre le permettra, les communautés culturelles serreront les rangs et pèseront sur le pouvoir politique. Et il n’y a rien d’anormal à cela. Pendant ce temps, les Québécois francophones, unanimes seulement autour d’un projet de loi sur la mort, s’éparpillent et se dispersent, grisés par des choix politiques qui ressemblent à des chicanes de voisins du Québec rural du siècle dernier.

Il n’y a pas de pensée de souche étant donné que le sens même du mot «souche» est désormais enfermé dans les archives de la Société Saint-Jean-Baptiste. Un jeune Québécois d’origine canadienne-française n’est plus un «de souche», c’est un branché en ligne, un virtuel, donc forcément un allergique à la réalité et un antinostalgique. L’Histoire n’est plus la clé de son identité, mais au contraire c’est un poids qu’il faut alléger à tout prix.

Le multiculturalisme en marche favorisera à l’avenir une ghettoïsation progressive de Montréal. D’ailleurs, cette tendance se vérifie déjà. Seul l’est de Montréal – plus pauvre, faut-il le préciser – est encore un réduit des Québécois de souche.

Frères ennemis

Les Québécois francophones, ces fans de sport et de politique, semblent croire que la multiplicité d’opinions et de vision est une richesse pour l’avenir. Les partis qui se réclament avant tout du nationa­lis­me, le PQ et la CAQ, refusent donc de discuter de stratégie électorale commune. Les chefs veulent demeurer chefs. Et au PQ, Jean-François Lisée s’enfonce en dépit du bon sens dans une toquade, croyant qu’une alliance – non désirée, il faut le préciser – avec Québec solidaire est plus «naturelle» qu’avec la CAQ de François Legault, l’ex-péquiste nationaliste.

Il faut prévoir que des tendances plus pointues, du genre Option nationale, vont venir parasiter la géographie politique pendant que les communautés culturelles continueront leur percée dans le pouvoir politique grâce à un parti unique, le Parti libéral à Québec et à Otta­wa.

Le jour n’est peut-être pas si loin où les Québécois francophones auront par défaut le statut de communauté culturelle.

Vive le progrès et la modernité!