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Philippe Couillard et le syndrome de Stockholm

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Photo Simon Clark Philippe Couillard

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Soyons clairs : Philippe Couillard n’est pas un islamiste. Philippe Couillard n’est pas un musulman secret, la barbe c’est pour cacher un menton fuyant, une coquetterie facilement pardonnable.

Philippe Couillard croit vraiment que son approche, l’ouverture multiculturelle, est la meilleure pour le Québec, connaissant le talent de ses concitoyens pour s’enfarger les pieds dans les fleurs du tapis de prière. Il est persuadé que nous finirons par comprendre qu’il a raison.

J’en doute mais bon.

Comprendre la menace

Personne ne croit plus que moi à la menace d’islamisation qui pèse sur le monde. Premiers visés : les musulmans ‘ordinaires’ que les imams intégristes veut ramener à la pratique rigoureuse, version 7e siècle.

Sommes-nous, Québécois, Canadiens, menacés de disparaitre demain, ou même après-demain ? Non. ‘Nous’ sommes huit millions, ils sont 300 000 dont une infime proportion jouent dans les ligues ‘islamisantes’, et pas nécessairement par la violence.

Mais les promoteurs musulmans de la supériorité des pratiques et manifestations religieuses sur tous les autres droits de la personne sont actifs et futés. Ils bénéficient de la complaisance de médias qui ont remplacé la rigueur par la rectitude politique. Genre Radio-Canada.  

Oui, nous devons être vigilants – car leur but est de se constituer un espace politique - mais pas cons non plus.

Se comporter décemment

En même temps, je vomis ces ignares qui dénigrent et injurient les musulmans en général, les femmes qui portent le foulard en particulier. Crissons-leur patience. Aïcha, ou Fatima ou Amel qui porte le hijab et qui tient la caisse chez Pharmaprix ou chez Provigo n’est pas une menace pour notre civilisation, OK ?

En se comportant comme des goujats avec ces femmes, nous devenons un embarras pour notre civilisation. Nous ne sommes pas obligés de leur embrasser les pieds mais la philosophie du ‘vivre et laisser vivre’ m’apparait nettement supérieure à l’approche du ‘viens icitte que j’t’arrache ta guénille avant que j’te dise de retourner chez vous’.

La décence et l’intelligence ont toujours meilleur goût.

Et la diversité ne disparaîtra pas. Elle va se modifier, comme nous. Les Québécois en 2017 sont-ils identiques aux Québécois des années 1900 ?

Pas de quoi pavoiser

Sans tomber dans la culpabilité collective, l’attentat de Québec nous impose aussi une certaine retenue. C’est ici, au Québec, que la seule tuerie de masse de musulmans en prière a eu en Occident.

Moi, cela me gêne beaucoup.

La dernière fois qu’une attaque contre des musulmans en prière a eu lieu, c’était en Israël, le 25 février 1994, quand le juif intégriste fanatisé Baruch Goldstein a abattu 29 musulmans, dont des enfants, au Tombeau des Patriarches et blessé 129 autres.

Même en France, en Allemagne, en Grande-Bretagne ou dans n’importe quel pays où les tensions sont élevées et les crimes au nom du djihad bien réels, personne n’a encore posé un tel geste. (Sans oublier que les deux seuls ‘djihadistes’ qui ont frappé en sol canadien étaient des Québécois mêlés dans leur tête)

Pourquoi Couillard erre

Ceci étant établi, je reviens à Philippe Couillard.

Ayant vécu pendant cinq ans au sein d’une communauté religieuse intégriste, cinq années en grande partie heureuses, je crois que le temps qu’a passé Philippe Couillard en Arabie saoudite a eu sur lui la même influence que mes années hassidiques ont eu sur moi.

Une sorte de syndrome de Stockholm light.

Lorsqu’on pénètre dans ces univers interdits, on se fait des amis. Les gens que nous croisons ne sont pas des caricatures. Je sais que les hassidim sont bien plus préoccupés par les factures à payer à la fin du mois que par le givrage des fenêtres de gyms où il y aurait des femmes en petite tenue. Ça, c’est l’affaire des leaders politiques de la communauté.

Les religieux sont pour la plupart des gens ordinaires qui partagent la majorité de nos préoccupations. Payer le loyer, les broches d'Émilie, où aller en vacances, changer la mini fourgonnette ou pas ? Neuve ou usagée ? Que faire pour que le chien du voisin arrête de japper ?

Voyez le genre ?

Comme chantait Sting au cœur de la Guerre Froide : ‘Russians love their children too.’ On peut remplacer Russians par n’importe qui d’autre.

Et quand on quitte ces univers, on se souvient surtout de ces rencontres avec le quotidien de gens différents mais pas complètement différents.

Transition difficile

Même après s'être éloigné, ce que j'ai fait, il demeure difficile de porter un regard neutre sur eux après avoir vécu dans leur intimité.

Les saoudiens que M. Couillard fréquentaient étaient sans doute des gens de la bonne société. Des gens instruits, des scientifiques ayant des croyances et une culture différentes.  

Dans cet univers de dissonance cognitive, les hommes boivent du scotch Johnny Walker en secret et savent très bien que quand leurs femmes partent faire une virée de shopping à Londres, niqabs, abayas et autres burqas prennent le bord dans les toilettes à Heathrow. Je l’ai vu plus d’une fois.  

Philippe Couillard s’est fait des amis en Arabie saoudite. Il ne vivait pas dans une BD sanguinaire.

Et quand il voit des musulmans mis aux banc des accusés simplement parce qu’ils sont musulmans, ou arabes, consciemment ou pas, sa réaction est en partie dictée par les bons souvenirs de sa vie là-bas. Par ce qu’il y a appris. Il sait d’expérience qu’aucun peuple est 100% mauvais. Et quand on se sent lié, on tend à regarder de l'autre côté quand on voit des choses qui devraient nous scandaliser. C'est humain. On se dit 'nos amis ne sont pas comme ça'.

Mais il faut savoir s’imposer un sain recul quand on est une personnalité publique, profitant des connaissances acquises seulement pour expliquer, éduquer. Pas pour regarder les autres d'en haut. 'Moi je sais des choses que tu ne sais pas, lalalalalère.'

Quand le premier ministre fait des pressions pour qu’une caricature – pas le summum du bon goût, je l’avoue – soit retirée, il envoie le message que pour lui, les références négatives à l’islam, c’est personnel.

Il a fait la même erreur de mélanger le personnel et le politique quand il a dit que l’intégrisme est un choix personnel. Il a raison, c’est un choix personnel – je l’ai fait, je l’ai quitté, je le sais - mais un chef d’État ne peut lancer une telle chose sans prépare le terrain, expliquer le pourquoi, le comment. Toute nue, une telle affirmation devient menaçante.

Il ne lira jamais ce blogue mais, qui sait, de bonnes âmes autour de lui, pourraient lui en refiler un exemplaire. Cela pourrait peut-être lui permettre de comprendre pourquoi il n’est pas toujours au diapason avec les Québécois sur l’islam.

Ou peut-être suis-je 100% dans le champ.