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Le dictateur turc

Le président turc Recep Tayyip Erdogan.
Photo AFP Le président turc Recep Tayyip Erdogan.

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Le gouvernement hollandais a interdit sur son territoire des rassemblements politiques en faveur du président turc Recep Tayyip Erdogan. Il n’en fallait pas davantage pour qu’Erdogan accuse les Pays-Bas de gestes fascistes et nazis.

Hier, le vice-premier ministre hollandais lui a répondu qu’il trouvait «dégoûtants» de tels propos de la part d’un régi­me qui bafoue les droits de la personne. Erdogan a répondu que les Pays-Bas étaient une «république de bananes» et qu’ils allaient payer pour leur geste.

1. Pourquoi des rassemblements politiques turcs aux Pays-Bas ?

Le 16 avril prochain, un référendum en Turquie pourrait octroyer à Erdogan de véritables pouvoirs de dictateur. Si le oui l’emporte, ce référendum autorisera Erdogan à demeurer au pouvoir jusqu’en 2029. Il obtiendra le droit de gouverner par décrets ainsi que celui de nommer ou de démettre les ministres. Beaucoup d’électeurs turcs habitent en Allemagne (1,5 million), aux Pays-Bas (450 000), en France (300 000) ou dans d’autres pays européens. Le gouvernement d’Erdogan organise donc des rassemblements partisans pour le oui dans ces pays. Mais ces rassemblements posent problème parce qu’ils touchent aux délicates questions des politiques face à l’islam. Ils sont parfois interdits. C’est particulièrement le cas aux Pays-Bas, où des élections législatives se tiennent demain et où un parti réputé anti-islam pourrait prendre le pouvoir.

2. Pourquoi Erdogan tient-il des propos aussi violents et insultants ?

La réaction extrême d’Erdogan est une façon d’enflammer l’opinion publique turque en faveur de son projet. C’est que les sondages placent les deux options au coude-à-coude, avec une légère avance pour le non. Or, les Turcs qui vivent en Europe sont plutôt favorables au oui. Erdo­gan a besoin de leur appui, d’où sa campagne en Europe.

3. Erdogan est-il si terrible ?

Erdogan cumule l’effronterie et la folie des grandeurs des dictateurs. Il n’hésite pas à prédire la chute de l’Europe. Il s’est fait ériger un immense et luxueux palais dans un parc de la capitale. Il s’est deve­nu le champion d’un islamisme tranquille qui démantèle petit à petit les fondements de la Turquie laïque. Comme si ce n’était pas assez, il est en train de commettre des massacres contre les minorités kurdes de Turquie. Les pays voisins le soupçonnent de chercher à reconstruire un grand empire turc.

4. Comment contrer Erdogan ?

La Turquie est la clé de voûte de l’alliance militaire de l’Otan dans la région. Mais de toute évidence, sous Erdogan, la Turquie a choisi le camp de l’islamisme et de l’expansionnisme. Nos gouvernements ferment les yeux sur cette nouvelle réalité. C’est entre autres parce qu’ils redoutent que des critiques incitent Erdogan à se rapprocher davantage de la Russie. Si la Turquie persiste dans cette voie, il ne restera plus aux pays occidentaux qu’à soutenir la création d’un État kurde puissant, au grand dam d’Erdogan et de ses partisans.