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Plus dépensier en 16 mois qu’en 8 ans sous les conservateurs

Le ministère du premier ministre a dépensé 2,5 M$ en 16 mois pour sonder les Canadiens

Le ministère de Justin Trudeau – que l’on voit ici quelques minutes après son assermentation le 4 novembre 2015 – a dépensé plus de 2,5 M$ en consultations et sondages depuis l’arrivée des libéraux au pouvoir, du jamais-vu en 16 ans.
Photo AFP Le ministère de Justin Trudeau – que l’on voit ici quelques minutes après son assermentation le 4 novembre 2015 – a dépensé plus de 2,5 M$ en consultations et sondages depuis l’arrivée des libéraux au pouvoir, du jamais-vu en 16 ans.

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Les contrats donnés à des firmes de communication pour tester l’opinion publique ont explosé depuis l’élection de Justin Trudeau. Son ministère a dépensé plus en 16 mois que les conservateurs en 8 ans au pouvoir.

Sous aucun gouvernement depuis le début des années 2000, libéral ou conservateur, le Bureau du Conseil privé n’a dépensé autant pour sonder les Canadiens, révèlent les chiffres compilés par notre Bureau d’enquête.

Depuis l’élection d’octobre 2015, le ministère du premier ministre a octroyé plus de 2,5 millions $ à des firmes pour réaliser des sondages et tenir des groupes de discussion.

Deux fois plutôt qu’une

Le Bureau du Conseil privé a toujours sondé la population pour orienter ses décisions. Mais le rythme des contrats s’est considérablement accéléré sous les libéraux.

En 16 mois, les fonctionnaires qui épaulent Justin Trudeau ont commandé à neuf reprises des sondages ou des groupes de consultation sur les priorités du gouvernement, alors qu’on se limitait généralement à un contrat de ce genre par saison sous les conservateurs.

Par exemple, au printemps 2016, la firme Elemental Data Collection a reçu un montant de 122 859,25 $ pour un sondage sur «les priorités du gouvernement du Canada – Printemps 2016», tandis que Corporate Research Associates se voyait octroyer 112 509,54 $ pour un «Groupe de discussion – Printemps 2016».

Sondage très critiqué

La même chose s’est passée pour la réforme électorale, promesse qui a finalement été abandonnée par les libéraux. Pour tester la température de l’eau à ce sujet, le ministère de Justin Trudeau a dépensé plus de 340 000 $ pour un sondage et une plateforme de consultation.

La consultation, réalisée par la firme VoxPop Labs, a d’ailleurs été fortement critiquée et le Commissaire à la vie privée a ouvert une enquête à la suite d'une plainte.

Le sondage en ligne, qui ne questionnait jamais l’électeur sur sa préférence quant au mode de scrutin, demandait plusieurs informations, dont l’âge, la profession, le revenu et même le code postal.

La première partie du code postal a aussi été demandée à deux reprises aux répondants d’un sondage téléphonique et aux participants d’un groupe de discussion dans les derniers mois, a confirmé le Bureau du Conseil privé.

À l’écoute

Du côté du cabinet du premier ministre, on assure que les recherches effectuées par le BCP ne «servent jamais» à des fins partisanes et que la confidentialité des données est respectée.

«Des recherches sous diverses formes sont menées à l’échelle du gouvernement de manière à ce que nous puissions rester à l’écoute des Canadiens et de leurs priorités. Les idées et les commentaires des Canadiens jouent un rôle central dans l’élaboration des politiques publiques», a indiqué le porte-parole Oliver Duchesneau.

Une augmentation « considérable »

La forte augmentation des dépenses pour sonder l’opinion publique inquiète des experts quant à la protection de la vie privée et, surtout, sur la propension des libéraux «à gouverner par sondages».

«Il s’agit d’une augmentation de dépenses considérable. Cela témoigne d’un changement important au Conseil privé sur le plan stratégique», souligne Éric Montigny, de la Chaire de recher­che sur la démocratie et les institutions parlementaires de l’Université Laval.

«Les conservateurs étaient déjà réputés pour faire beaucoup de recherches afin de bien comprendre les électeurs. Honnêtement, cela m’étonne que le budget ait tant augmenté sous les libéraux. Est-ce à dire que les libé­raux font faire et payer des sondages par le ministère du premier ministre alors qu’ils devraient être faits et payés par le parti?» s’interroge-t-il.

Gouverner par sondages

Si l’idée de consulter régulièrement la population est louable, elle comporte tout de même son lot de risques, souligne aussi Michel Sarra-Bournet, chargé de cours en sciences politiques à l’Université de Montréal.

«Cela indique une propension à gouverner par sondages plutôt que par conviction. (...) Les sondages ont toutefois ceci de pratique: ils permettent d'étudier les segments de l'électorat derrière les différentes nuances d'opinions, une information stratégique au moment de déterminer les clientèles électorales auxquelles on s'adressera lors des élections générales», dit-il.

Du côté de la Fédération canadienne des contribuables, on s’inquiète plutôt de la hausse importante des coûts.

«C’est normal de sonder la population. Tous les gouvernements le font. Mais ce n’est pas normal que les coûts explosent à ce point-là. C’est excessif tant sur le plan financier que moral. Les libéraux marchent près de la ligne» illustre le porte-parole Carl Vallée, un ancien responsable des communications de l’ex-premier ministre Stephen Harper.

Contrats accordés par le Bureau du Conseil privé pour sonder la population

Les libéraux de Justin Trudeau
  • 2016-2017: 2 456 228,98$
  • 2015-2016: 138 207,16$

Total: 2 594 436,14$

Les conservateurs de Stephen Harper
  • 2015-2016: 299 441,33 $
  • 2014-2015: 553 594,12 $
  • 2013-2014: 248 899,29 $
  • 2012-2013: 249 794,14 $
  • 2011-2012: 249 743 $
  • 2010-2011: 277 459,30 $
  • 2009-2010: 275 289 $
  • 2008-2009: 336 238,83 $

Total: 2 490 459,01 $


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