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Les Hells Angels ont appris des erreurs du passé

Des Hells plus raffinés, mais toujours dangereux, reprennent le contrôle des affaires criminelles

Les Hells Angels du Québec ont arboré leurs couleurs lors du party soulignant le 20e anniversaire de fondation de leur chapitre South, sur la Rive-Sud, en fin de semaine dernière, en compagnie de nombreux frères motards venus d’un peu partout au pays.
Photo agence QMI Les Hells Angels du Québec ont arboré leurs couleurs lors du party soulignant le 20e anniversaire de fondation de leur chapitre South, sur la Rive-Sud, en fin de semaine dernière, en compagnie de nombreux frères motards venus d’un peu partout au pays.

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Félix Séguin et Eric Thibault

Ayant appris des erreurs du passé, les Hells Angels font de nouveau sentir leur intimidante présence à travers le Québec. Rescapés de l’opération SharQc, ils seront «plus inventifs» que jamais pour tromper la vigilance des policiers.

C’est la mise en garde qu’adresse le député Guy Ouellette, qui a passé la moitié de ses 32 ans de carrière comme policier à traquer les dangereux motards au sein de la Sûreté du Québec.

«On a eu six ans de paix sociale, de 2009 à 2015, parce que la chaîne de commandement [des Hells] a été grandement affectée par les arrestations dans le projet SharQc. Maintenant, on va les voir de plus en plus et ça demandera aux forces policières une vigilance de tous les instants», a-t-il déclaré à notre Bureau d’enquête.

La tâche de ses ex-collègues risque d’être encore plus compliquée qu’avant, selon le député libéral de Chomedey.

Déjouer le système

«Les Hells ne voudront pas répéter les erreurs du passé qui ont mené aux nombreuses arrestations des opérations Printemps 2001 et SharQc, a-t-il avancé. Des gens sont là pour leur enseigner les lois. Il faut s’attendre à ce qu’ils soient plus inventifs pour confondre les policiers.»

Guy Ouellette, Expert
Photo d'archives
Guy Ouellette, Expert

Les motards ne font pas qu’enterrer leurs millions de dollars pour les mettre à l’abri du fisc et de la police, comme l’a dit le délateur Sylvain Boulanger.

«Ils engagent les plus grands professionnels de la finance pour les conseiller et déjouer le système», a observé l’ex- sergent Ouellette.

«La nouvelle génération [des Hells] était encore à l’école quand on a eu la guerre des motards, mais les plus vieux seront là pour la former. Ils travaillent main dans la main pour se raffiner. Les Hells d’aujourd’hui sont peut-être plus jeunes, mais ils sont aussi dangereux qu’avant», a dit celui qui fut reconnu à 130 reprises comme témoin expert dans des causes judiciaires impliquant des Hells.

Sortis de prison

Depuis un an et demi, la plupart des Hells sont sortis de prison et ils n’hésitent plus à porter en public leurs vestes ornées de la tête de mort ailée.

«Si jamais vous allez dans un bon restaurant avec votre femme et que vous voyez à la table d’à côté trois membres des Hells avec leurs couleurs, vous allez voir, vous n’aurez pas un très bon souper. Vous allez vous sentir insécures. Et c’est leur but», a dit M. Ouellette.

Ne pas s’endormir

L’histoire montre que les autorités – policières, judiciaires ou gouvernementales – devront «réajuster le tir pour faire face à la réapparition des Hells Angels sur la scène criminelle québécoise».

«Après la tuerie de Lennoxville en 1985, presque tous les motards de l’époque avaient été condamnés. Puis, le système s’était en quelque sorte endormi. Quand les Hells ont commencé à se diversifier et se refaire des forces un peu partout en province, le système n’était pas prêt. C’est pour ça aujourd’hui que je trouve important d’accorder cette entrevue parce qu’on pourrait appréhender le même scénario.»

EXTRAIT DU LIVRE

«Le matin du 3 novembre 1999, Jean-Marc Émond débarque de son véhicule à Sainte-Foy, juste en face de l’entreprise qu’il gère pour son père: les Entreprises Loudrey. Il a encore ses clés en main lorsque les balles d’un pistolet Smith & Wesson .357 Magnum l’atteignent.

Brutalement assassiné par au moins trois balles à la tête, Émond n’a pourtant jamais fréquenté les milieux criminels. Son malheur, selon des enquêteurs de la police, aurait été d’habiter une résidence du chemin de la Cime, à Lac-Beauport, où les Hells Angels sont persuadés que demeure Alain Williamson, un membre des Rock Machine. »

Ce qu’il a dit

«Les Hells du Québec sont toujours considérés comme les meilleurs tueurs au monde.»

«Les “patches”, c’est un signe de puissance et d’intimidation. C’est très menaçant.»

«De mai à octobre, les Hells sont sur la route. Quand vous croisez leurs “patches”, c’est impressionnant. C’est le but de leur logo.»

«Partout où il y a de la business à faire, les Hells seront là. Ils aiment l’argent.»

«Ce n’est pas un groupe cool. C’est à cause d’eux qu’on a instauré la notion de gangstérisme dans le Code criminel.»

- Guy Ouellette, député et ancien expert de la SQ sur les bandes de motards criminalisés

Incursion sans précédent dans l’univers des Hells

Pendant leurs années de gloire, les Hells Angels régnaient en maîtres sur le marché de la drogue et éliminaient leurs ennemis à coup de meurtres sanglants.

Avant d’être presque anéantis par les opérations Printemps 2001 SharQc, en 2009, ils affichaient sans gêne leurs écussons et leurs couleurs, autant sur les parvis des églises que dans les bars de danseuses aux quatre coins du Québec. La plupart de ces motards ayant repris leur liberté, la question est de savoir si le Québec sera replongé dans cette atmosphère de violence qui avait aussi fait plusieurs victimes innocentes.

Notre Bureau d’enquête lance aujourd’hui aux Éditions du Journal l’ouvrage le plus complet sur cette sombre époque de la dangereuse bande de motards criminalisés.

Le livre noir des Hells Angels renferme plus de 400 photos inédites. On y voit l’intérieur des repaires de Trois-Rivières, Lennoxville et Longueuil. Des scènes choquantes de meurtres. Des clichés tirés des albums de voyage et des partys bien arrosés des motards. Des coffres-forts qui débordent d’argent.

Assassinats

Véritable incursion dans l’univers fermé des Hells au cours des 40 dernières années, le livre présente le fonctionnement hiérarchique et les règlements du club.

Il dresse le portrait de tueurs qui ont été des figures marquantes du club au Québec, dont le chef Maurice «Mom» Boucher, le membre fondateur Yves «Apache» Trudeau, ainsi que René «Balloune» Charlebois, devenu célèbre après que Ginette Reno et Jean-Pierre Ferland eurent chanté à son mariage.

Il revient aussi sur certains des épisodes les plus douloureux de l’histoire récente du Québec, dont la mort du jeune Daniel Desrochers, 11 ans, victime innocente de la guerre des motards, et la tentative d’assassinat sur le journaliste Michel Auger, dans le stationnement du Journal de Montréal.

«C’est pour montrer la force de ces criminels, surtout pas pour leur rendre un quelconque hommage, que notre Bureau d’enquête et Les Éditions du Journal publient ce Livre noir des Hells Angels. Il est important que le public sache qui ils sont, ce qu’ils font, et comment ils le font», écrit le rédacteur en chef du Journal, Dany Doucet, dans la préface du livre.

Le livre noir des Hells Angels est en librairie dès aujourd’hui.