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Morte trois semaines après avoir reçu un congé rapide à l’urgence

La victime de 84 ans a demandé à sa famille de faire le suivi afin d’éviter d’autres décès

Le Dr Alain Parent a plaidé non coupable d’avoir autorisé un congé verbal à une patiente de 84 ans sans l’avoir réévaluée ni avoir consulté son dossier.
Photo Ben Pelosse Le Dr Alain Parent a plaidé non coupable d’avoir autorisé un congé verbal à une patiente de 84 ans sans l’avoir réévaluée ni avoir consulté son dossier.

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Un urgentologue de Québec est accusé d’avoir autorisé le congé d’une patiente de 84 ans sans l’avoir réévaluée. Décédée d’un cancer généralisé trois semaines plus tard, la dame avait demandé à ses enfants peu avant sa mort de faire la lumière sur les événements.

«Elle était la première étonnée qu’elle ait eu congé. Personne ne s’imaginait qu’on la mettrait à la porte comme ça, malade comme elle était», a souligné au Journal la fille de la dame décédée, dont l’identité est protégée.

Plaide non coupable

Le Dr Alain Parent, un médecin de famille qui travaille comme urgentologue à l’Hôtel-Dieu de Québec, a plaidé non coupable à une accusation du Collège des médecins du Québec (CMQ), lundi.

On lui reproche d’avoir autorisé verbalement le congé de la dame âgée sans l’avoir réévaluée ni avoir consulté son dossier médical, en 2014.

Selon la plainte du syndic, la dame présentait une «anémie, une perte de poids, des symptômes digestifs non expliqués et des anomalies sur la radiographie pulmonaire».

Souffrant de nausées et de douleurs, la patiente s’était présentée à l’urgence le 11 mars 2014. Après avoir passé des tests en gastroentérologie le 12 mars au matin, le spécialiste lui a donné congé, vers 12 h 50.

Peu après, une note d’infirmière au dossier indique un «ordre verbal» de congé par le Dr Parent, qui était de garde.

«C’est un médecin qui a autorisé un congé à l’aveugle, sans revoir la patiente», a dit Me Jacques Prévost, avocat du syndic.

Tolérance à la douleur

Dans les jours suivants, l’état de la dame s’est détérioré, et elle est décédée d’un cancer généralisé, le 31 mars 2014. Selon ses enfants, elle ignorait sa maladie et avait une grande tolérance à la douleur. Après sa mort, ceux-ci ont fait les démarches au CMQ en son nom.

«Ça a été une demande très claire de notre mère. Elle nous a dit: “J’espère qu’aucun être humain ne va vivre ce que j’ai vécu”», a dit sa fille.

À son témoignage, le Dr Parent a dit n’avoir «aucun souvenir de ce cas-là».

«Je n’ai pas accordé de congé médical. J’ai pris acte de la libération de la patiente par le médecin traitant (gastro-entérologue), et c’est une pratique usuelle», a-t-il dit.

Il a aussi précisé que l’infirmière l’avait avisé du congé accordé à la dame, ce qui l’aide dans la gestion de l’urgence. Selon son avocat Me Marc Dufour, le Dr Parent n’était pas responsable de cette patiente, et a simplement été informé.

Médecin depuis 1994, le Dr Parent n’avait pas d’antécédents disciplinaires. Le Conseil de discipline doit rendre sa décision d’ici 90 jours.

 

Ce qu’ils ont dit

«Je ne me souviens de rien de ce dossier-là. (...) La seule chose sur laquelle je peux me rabattre, c’est la pratique habituelle chez nous.»

- Dr Alain Parent, accusé

«Si le congé n’avait pas eu lieu, la qualité de fin de vie de notre mère aurait été complètement différente.»

- Fille de la défunte

«Sa responsabilité [au médecin] provient de sa décision d’autoriser. Il n’était pas obligé, mais il a fait ça. Nous, on ne veut pas au Québec, dans les urgences, que des urgentologues commencent à donner des congés sans voir les patients. Il y a une grande responsabilité derrière ça.»

- Me Jacques Prévost, avocat du syndic du Collège des médecins

«Il n’a jamais autorisé le congé. Il a accepté le départ de l’urgence après avoir été informé par l’infirmière des informations du médecin traitant.»

- Me Marc Dufour, avocat du Dr Parent