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Des commissions en échange d’ordonnances de Botox

La Dre Annie-Claude Bergeron se cachait le visage hier après avoir plaidé coupable aux trois chefs  d’infractions, notamment d’avoir accepté des commissions d’une entreprise de soins esthétiques.
Photo Pierre-Paul Poulin La Dre Annie-Claude Bergeron se cachait le visage hier après avoir plaidé coupable aux trois chefs d’infractions, notamment d’avoir accepté des commissions d’une entreprise de soins esthétiques.

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Une médecin de famille des Laurentides a plaidé coupable d’avoir encaissé 10 000 $ en commissions d’une compagnie de soins esthétiques, en échange d’ordonnances sur des injections.

La Dre Annie-Claude Bergeron, qui travaille à l’urgence de l’hôpital de Saint-Eustache, a plaidé coupable aux trois chefs d’infractions du Conseil de discipline du Collège des médecins du Québec (CMQ), vendredi.

La Dre Annie-Claude Bergeron se cachait le visage hier après avoir plaidé coupable aux trois chefs  d’infractions, notamment d’avoir accepté des commissions d’une entreprise de soins esthétiques.
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« Besoin d’un médecin »

On lui reproche entre autres d’avoir encaissé des commissions d’une compagnie en fonction du volume d’injections vendues (comme le Botox et les agents de comblement).

«On a une entreprise privée qui a besoin d’un docteur pour ses activités commerciales, pour revendre à profit», a résumé Me Anthony Battah, avocat du syndic.

En novembre 2013, la Dre Bergeron a été approchée par la compagnie Dermaveda, qui offre des soins esthétiques.

«Elle cherchait un médecin pour signer des ordonnances collectives, qui permettent aux infirmières de faire des injections, a expliqué Me Battah. Un médecin avait quitté [cette fonction], et on cherchait un remplaçant.»

Ce dernier n’a pas pu confirmer si l’ex-médecin en question fait l’objet d’une enquête ou d’une plainte. La Dre Bergeron a même reçu 110 $ pour cette «rencontre exploratoire», a-t-il dit.

Ainsi, la médecin de famille avait signé des «ordonnances collectives» à quatre infirmières de Dermaveda, ce qui leur permettait d’injecter les produits.

Intermédiaire essentiel

Selon la plainte, la Dre Bergeron a reconnu avoir ouvert des comptes auprès de différentes compagnies pharmaceutiques en 2014, pour permettre à Dermaveda de s’approvisionner et de revendre des produits.

«La compagnie avait besoin de l’intermédiaire d’un médecin, puisqu’ils ne peuvent pas s’approvisionner directement», a précisé Me Battah.

Selon le syndic, l’omnipraticienne recevait une commission d’environ 4 $ par injection. Au total en cinq mois, elle a encaissé environ 10 000 $ en chèques de Derma Sculpture (lié à Dermaveda).

«C’est interdit, parce que ça affecte de façon irrémédiable les devoirs d’indépendance, [...] de conflits d’intérêts», dit Me Battah.

Par ailleurs, la Dre Bergeron a plaidé coupable d’avoir «signé en blanc» des ordonnances sans avoir évalué les patients.

« De bonne foi »

À noter que la Dre n’avait pas de formation spécifique en médico-esthétique. Selon son avocate, celle-ci a cessé de son plein gré ses activités, en juin 2014.

«Elle n’avait pas compris qu’elle enfreignait le code de déontologie. Pour elle, c’était la façon de faire dans le milieu», a expliqué Me Sophie Arpin.

«C’était de bonne foi», dit-elle.

Les deux parties recommandent une radiation temporaire de trois mois, et une amende de 3000 $.

La Dre Bergeron, qui n’avait pas d’antécédent disciplinaire, n’a pas souhaité témoigner de vive voix devant le Conseil. Vendredi, Dermaveda n’a pas rappelé Le Journal.

♦ En 2016, un groupe de travail du Collège des médecins a émis des recommandations pour resserrer les règles entourant la médecine esthétique.