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Feu le service public

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Cette tempête de neige nous aura donné des leçons. De beaux exemples d’entraide entre citoyens. Des gens ont hébergé des inconnus. D’autres ont poussé l’auto d’une personne coincée ou ont aidé à pelleter. Mais les organisations publiques ont montré le désordre de leurs priorités.

Le ministère des Transports ne voit pas la gravité d’avoir mille personnes laissées à elles-mêmes sur l’autoroute 13. La Sécurité civile fait dodo. Le 911 raccroche au nez de ces citoyens fatigants qui dérangent parce qu’ils sont pris sur une autoroute sans eau et sans nourriture.

Pendant ce temps, un policier de Montréal donne une contravention à un chauffeur d’autobus dont le véhicule est enlisé dans la neige. Celui-ci entravait la circulation. Pathétique? Manque de jugement? Pas si simple que ça.

Si le policier pense aux contraventions dans une soirée aussi périlleuse, c’est forcément parce que ses supérieurs lui enfoncent dans la tête l’extrême importance de ces précieux papiers qui font rentrer de l’argent. Dans les postes de police, on fait plus de discours de motivations à propos des tickets qu’à propos de la notion de service à la population.

Débranchés des citoyens

Cela est symptomatique des administrations publiques en 2017. Les gens des ministères se protègent les fesses en s’assurant que personne ne soit responsable de rien. Ils s’occupent bien de la collection collective. Ils implantent des processus internes pour leur ministère. Mais le service au public dans son sens le plus noble semble une notion passée de mode.

Une commission scolaire a tous les mécanismes en place pour une gestion parfaite du personnel, des bâtiments, des processus administratifs. Le problème, c’est la présence des enfants. Avec leurs besoins particuliers, leurs difficultés, leurs échecs, ils empêchent cette belle machine de rouler rondement.

Un hôpital a tout ce qu’il faut pour respecter la multitude de conventions collectives, pour gérer les médecins, les locaux, les rapports au ministère et la technologie. Le problème, c’est la présence des patients. Avec leurs maladies, leurs douleurs, leurs familles, ils empêchent cette autre belle machine de rouler rondement.

Cette caricature s’applique tout autant aux organisations publiques qui ont joué dans le film du cafouillage de la nuit de tempête. Toutes ont leurs plans, leurs protocoles et leurs organigrammes. Mais elles ont oublié les gens.

Nous avons eu, le temps d’une tempête, une démonstration d’une machine gouvernementale tournée vers elle-même et qui oublie le monde. Qui oublie les citoyens qui sont censés être sa raison d’être. Qui oublie ces citoyens qui payent son existence.

Et les élus ?

Le gouvernement élu pour diriger cette machine n’a pas été mieux. Mercredi matin, le gouvernement libéral n’a convoqué personne pour réagir aux événements. Le ministre des Transports a réagi devant la presse. Très mal d’ailleurs. Puis les libéraux ont réagi à la crise politique créée par leur inaction.

Ils n’ont pas réagi au sort des citoyens eux non plus. Ils ont réagi aux dommages politiques que la crise allait leur causer. Et finalement, les dommages sont énormes.

Mais personne ne semble se souvenir de la notion de service public.