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Au-dessus de leurs affaires

Le ministre Laurent Lessard ne peut pas accuser les journalistes d’avoir inventé
une histoire pour lui taper sur les nerfs.
Photo d'archives, Simon Clark Le ministre Laurent Lessard ne peut pas accuser les journalistes d’avoir inventé une histoire pour lui taper sur les nerfs.

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Est-il possible qu’un gouvernement perde une élection en étant trop certain de la gagner? À certains moments, je suis tenté de penser que c’est ce qui guette les libéraux de Philippe Couillard. La ligne est parfois mince entre une belle assurance tranquille et une petite suffisance dangereuse.

Mercredi matin, Laurent Lessard a mis les pieds à l’Assemblée nationale avec une solide attitude au-dessus de ses affaires. Inconscient du torrent de questions qu’allait provoquer la négligence de son ministère, il répondait aux questions avec un ton désagréable auquel s’ajoutèrent des excès de colère injustifiés à l’endroit des représentants des médias.

Laurent Lessard ne peut pas accuser les journalistes d’avoir inventé une histoire pour lui taper sur les nerfs. Les questions portaient sur des choses archiconcrètes, une situation déplorable qui se vivait sur l’autoroute 13. Les interrogations méritaient des réponses précises et une attitude à la hauteur de la gravité de la situation.

Pris de haut

La normalité des choses aurait exigé que le ministre des Transports montre mille fois plus d’empathie envers les citoyens laissés à leur sort. Mais aussi que le ministre ait le profil bas et le ton humble compte tenu de l’ampleur des bourdes commises par le ministère dont il a la responsabilité.

Le mauvais choix dans son ton témoigne d’un excès de confiance désagréable. Il serait injuste de tremper toute l’équipe libérale dans ce problème d’attitude d’un individu. Cependant, il faudrait être aveugle pour ne pas constater cette tentation du Parti libéral du Québec de se voir tout-puissant, invincible, une tête au-dessus des autres.

Trop confiants ?

Les libéraux ont de multiples raisons objectives d’être confiants. Ils n’ont perdu le pouvoir que par quatre sièges quand l’image du parti était à son pire en 2012. Ils ont repris le pouvoir avec une facilité désarmante 18 mois plus tard en 2014 sans même que Philippe Couillard ne soit prêt.

Le grand nombre de circonscriptions assurées aux libéraux est une donnée connue tout comme la division de l’opposition. Parlant de l’opposition, les péquistes et les caquistes ont eu leur part de misères qui sapent leur capacité à s’installer comme alternative solide. Les libéraux rient dans leur barbe.

Il est de bon aloi dans les cercles libéraux de se moquer de l’opposition avec un sous-entendu qui veut dire «Nous sommes là pour longtemps». Même les libéraux les plus humbles et les plus réservés dans leur attitude gardent ces éléments de conjoncture derrière la tête.

Cette semaine d’ailleurs devait servir à embarrasser Jean-François Lisée avec les déclarations sur la souveraineté faites en Europe durant la relâche. Sans mauvais jeu de mots concernant la tempête, disons que le vent a tourné.

À ce chapitre, il faut souligner que le PQ sous Lisée semble plus vite à se coller sur la réalité des citoyens qu’à d’autres époques. Leur plan de match a tourné en quelques minutes vers le fiasco de l’autoroute 13 mercredi matin.

Le gouvernement libéral pense ne pas avoir d’ennemi dangereux? Sa propre attitude pourrait devenir son pire ennemi.