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Ils veulent se battre pour le jiu-jitsu

Même si les coups n’y sont pas permis, ce sport brésilien est illégal selon le Code criminel

David Nguyen (à droite) procède à une clé de genou aux dépens d’Étienne Lesage.
Photo Jonathan Guay David Nguyen (à droite) procède à une clé de genou aux dépens d’Étienne Lesage.

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C’est soir de combat dans un club de jiu-jitsu brésilien du quartier Mile End. Étienne Lesage et David Nguyen s’affrontent dans un duel amical. Tout près, quatre autres tandems s’adonnent au même exercice.

Le signal de départ retentit et les adversaires s’empoignent. Le jiu-jitsu brésilien se concentre sur le combat au sol, contrairement à la majorité des arts martiaux, qui privilégient le combat debout et l’utilisation des pieds et des poings.

Tout au long des affrontements, les combattants tentent de maintenir leur adversaire au sol et de le maîtriser sans échange de coups. Si quelqu’un touche le visage de son adversaire, il reçoit immédiatement un avertissement.

Au cours des deux dernières semaines, deux tournois de cet art martial ont été annulés à Montréal à la suite de plaintes à la police. La discipline contrevient au Code criminel canadien, qui ne tolère que les sports de combat reconnus par le Comité international olympique (CIO). Les arts martiaux où l’on utilise les poings, les mains ou les pieds sont interdits.

Un «art doux»

«Je suis très déçu, car c’est un sport bien encadré qui est pratiqué par des enfants, des femmes et des personnes âgées, souligne Koji Murakami, qui enseigne le jiu-jitsu brésilien au club Revolution Team depuis 20 ans. Les combattants ne se frappent pas, ne cherchent pas à se faire mal ou se mettre hors de combat, ils veulent simplement amasser des points.»

Selon le Code criminel, le jiu-jitsu traditionnel est illégal parce qu’il comporte des coups de poing et de pied. C’est pourquoi les adeptes du jiu-jitsu brésilien tentent de se dissocier de son pendant japonais. Ils estiment que la pratique de leur sport ne contrevient pas à la loi, car on n’y utilise que des prises au sol.

«C’est une situation très ironique, car notre art martial est sans doute l’un des moins violents, peste Bruno Fernandes, quatre fois champion du monde de jiu-jitsu brésilien et ex-entraîneur de Georges St-Pierre. Ce n’est pas pour rien que jiu-jitsu signifie “art doux” en japonais.»

Kevin Rojas-Donoso immobilise Thomas Dufour au sol.
Photo Jonathan Guay
Kevin Rojas-Donoso immobilise Thomas Dufour au sol.

Revoir la loi

Les sports de combat actuellement reconnus par le CIO sont le karaté, le taekwondo, le judo, la boxe, la lutte libre et la lutte gréco-romaine.

Plusieurs organisateurs de compétitions de jiu-jitsu brésilien souhaitent que cette liste soit revue, car ils la jugent désuète.

Ils évoquent les cas de la lutte libre et de la lutte gréco-romaine, deux disciplines qui ont été retirées des Jeux olympiques de 2020 à Tokyo, au Japon.

«La loi n’est plus à jour et elle ne définit en rien ce qu’est un combat, lance Bruno Fernandes, qui pratique le jiu-jitsu brésilien depuis plus de 30 ans. Je comprends que le but est d’éviter les batailles de rue et les combats non encadrés, mais il ne faut pas mettre tous les arts martiaux dans le même panier.»

Selon lui, l’ajout d’une clause qui interdirait «toute frappe» éliminerait les risques d’imbroglio.

«Est-ce qu’un combat de bras de fer à l’école est considéré comme un combat concerté? Est-ce illégal? Les lois ne seront jamais parfaites, mais celle-ci doit assurément être revue, persiste le propriétaire de l’école Gracie Barra. Il faudrait dresser une liste exhaustive des arts martiaux permis et non permis.»

Faire reconnaître le sport

Danny An Khoi Vu, qui pratique ce sport depuis des années, est déçu de l’annulation récente de deux tournois.

«Ça fait 12 ans que nous organisons des tournois d’envergure à Montréal et ça n’a jamais dérangé personne, indique l’avocat de formation. Nos compétitions sont reconnues partout pour leur professionnalisme. Nous avons sur place des équipes médicales et nous sommes assurés. Nous ne pourrions pas être plus encadrés.»

Danny An Khoi Vu et d’autres organisateurs souhaitent d’ailleurs entreprendre des actions légales pour faire reconnaître leur sport.

 

Qu’est-ce que le jiu-jitsu brésilien ?

1920 Année de la fondation de cet art martial par Mitsuyo Maéda

1500 Nombre estimé d’adeptes à Montréal

  • Le jiu-jitsu brésilien est dérivé de son pendant japonais et du judo.
  • Jiu-jitsu signifie en japonais « art doux ».

Les mouvements interdits: mordre, tirer les cheveux, mettre les doigts dans les yeux ou le nez de­­ l’adversaire, frapper les parties génitales, tordre les doigts et tout autre mouvement susceptible d’apporter un avantage injuste en utilisant ses poings, pieds, coude ou tête.

Source: Fédération internationale de jiu-jitsu brésilien