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La pêche miraculeuse d’Antoine Tanguay

Antoine Tanguay
Photo Julie Artacho

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Dans le cadre de cette nouvelle chronique, impossible de faire plus longtemps l’impasse sur Antoine Tanguay, le fondateur de l’excellente maison d’édition québécoise Alto. Car rares sont les lecteurs aussi voraces que lui. 
 
Juste par curiosité, combien de livres lisez-vous en moyenne chaque mois ?

Je dois vivre avec un problème que j’avoue ici: mon métier me force à me diviser en deux ­lecteurs, l’éditeur et le boulimique. L’un a tendance à ­survoler, triche en allant à la fin dès le milieu, analyse, ­questionne la portée d’un texte et l’autre se laisse émerveiller à chaque page tournée. Ensemble, mes deux parts doivent lire une vingtaine de livres.

Est-ce que vous vous souvenez avec quel roman tout ça a commencé, avec quel roman vous avez réellement découvert le plaisir de lire ?

J’ai survolé l’Atlantique à bord d’une pêche géante et arpenté les allées d’une chocolaterie fantastique, j’imagine que la lecture de James et la grosse pêche et tous les autres romans de Roald Dahl ont semé en moi l’envie d’associer la lecture avec un largage des amarres de l’esprit. Je ne crois pas avoir encore atterri d’ailleurs.

James et la grosse pêche
Photo Courtoisie
James et la grosse pêche

À l’époque, vous doutiez-vous que votre vie allait un jour presque exclusivement tourner autour des livres ?

C’est une révélation qui est ­venue avec mon intérêt croissant pour les livres et, surtout, la découverte d’auteurs comme Stephen King. Pendant mes études secondaires, j’ai pris conscience d’une chose: je ­serais un passeur de livres. Je pensais devenir professeur, je suis devenu chroniqueur ­littéraire, animateur d’une émission sur les livres, libraire puis éditeur. J’ai suivi ma pêche géante en somme.

La question qui tue : à vos yeux, quel est le meilleur roman de tous les temps ?

Cent ans de solitude
Photo Courtoisie
Cent ans de solitude

Encore une fois, l’éditeur et le boulimique hésitent entre deux œuvres fort différentes. D’abord Cent ans de solitude de Gabriel García Márquez, qui en a bousculé plus d’un par son souffle et ses couleurs, de ­l’incipit à son fameux excipit, certainement le plus scintillant de la littérature mondiale (pas loin devant celui du Mur ­mitoyen de Catherine Leroux, mais je ne suis pas objectif). L’autre, c’est Le seigneur des porcheries de Tristan Egolf. ­Baroque, burlesque et ­profondément culotté. C’est le ­premier roman d’une comète morte trop vite après avoir projeté une trace de lumière que peu de gens ont pu apercevoir.

Le seigneur des porcheries
Photo Courtoisie
Le seigneur des porcheries

Et quels sont ceux qu’on devrait sans faute se ­dépêcher de lire ?

Nous serons sans voix
Photo Courtoisie
Nous serons sans voix
  1. Cité de verre de Paul Auster ;
  2. L’étreinte du poisson de Jim Crace ;
  3. Imajica de Clive Barker ;
  4. Nous serons sans voix de ­Benoît Jutras ;
  5. Les enfants du sabbat d’Anne Hébert.
Les enfants du sabbat
Photo Courtoisie
Les enfants du sabbat

Selon vous, y a-t-il un auteur qui mériterait ­franchement d’être ­redécouvert ?

L’éditeur vous dira de vous plonger enfin dans l’œuvre d’Albert Cossery. Le ­boulimique vous intimera de redécouvrir la Japonaise Yoko Ogawa.

Vous êtes également amateur de bandes dessinées ?

Je suis un amateur très enthousiaste, en effet, et je nourris une admiration sans bornes pour de nombreux auteurs comme Chris Ware (Jimmy Corrigan), Manu Larcenet (Blast), Marc-Antoine Mathieu (Julius Corentin Acquefacques) ou Frederik Peeters (Lupus), en passant par Hergé et Schulz.

Enfin, quel roman auriez-vous vraiment aimé publier ?

J’aurais aimé publier les œuvres complètes d’Italo Calvino et siroter une grappa avec lui en lui réaffirmant à quel point son écriture nourrit le désir de lire et de rêver à ce qui n’a pas encore été écrit.