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Le chemin Saint-Laurent et la rue Marie-Anne

Hiver 1880

Avant Après
Photo courtoisie des archives de la Ville de Montréal, R3086-2_5711-8989-022
Photo Martin Chevalier

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Un air de campagne

Ce petit bout de chemin bucolique et presque campagnard serait-il le boulevard Saint-Laurent? L’histoire le confirme. Ce qui deviendra la «Main» était alors le chemin Saint-Laurent, une route de campagne reliant Montréal au village de Saint-Jean-Baptiste, puis aux agglomérations du nord de l’île, le long de la rivière des Prairies. Il traversait des terres agricoles et des domaines appartenant à des communautés religieuses ou à des familles bourgeoises, ainsi que des secteurs de tanneries et de carrières. Au coin de la rue Rachel, dans le marché Saint-Jean-Baptiste, battait le cœur du village qui s’étendait au nord jusqu’à la rue Mont-Royal. Dans les années 1870, des promoteurs furent alléchés par la croissance qui se profilait dans ce village de plus de 4000 habitants. L’un d’eux, Jean-Marie Cadieux, perça de nouvelles rues qu’il baptisa des noms de ses proches, dont sa belle-sœur Marie-Anne Roy.

Un moyen de transport et son entretien

Il vous arrive d’avoir à mettre de l’essence dans votre voiture, à changer ses freins ou, pire, à la laisser chez le garagiste... Revenez en 1880 et ces gestes du quotidien se transforment en changement de fers à sabots, en foin, en avoine et en soins vétérinaires. Au coin de la rue Marie-Anne, John G. de Vries s’affichait. Ce chirurgien vétérinaire était un spécialiste des chevaux. Son infirmerie était idéalement située sur ce chemin fréquenté. À l’époque, le cheval était la principale force motrice pour le transport des particuliers, des marchandises ou de certains services publics tels que les pompiers. Comme nos voitures, il exigeait beaucoup de soins. Il fallait le nourrir quotidiennement, le mettre à l’abri, guérir ses blessures. À Montréal, il faudra attendre 1866 avant que l’Écossais Duncan McEachran fonde une première école vétérinaire. C’est à cette époque que le vété­rinaire a com­men­cé à remplacer le maréchal-ferrant pour donner des soins aux chevaux.

L’Hôtel Patenaude

L’attelage stationné devant l’hôtel Park de monsieur A. Patenaude vient peut-être tout juste d’arriver ou alors il attend un client... Le nom du petit hôtel s’inspire sans doute de la présence du parc du Mont-Royal, à quelques pas de là, inauguré en 1876. Le secteur sera anne­xé à Montréal en 1886. La population du village de Saint-Jean-Bap­tis­te passera de 5000 à 15 000 personnes entre 1881 et 1891, résultat de l’exode rural des Canadiens français, de l’immigration et du développement d’activités industrielles. En attendant, c’était un lieu de passage où des commerçants venus du nord de la ville ou même des villages de l’île Jésus (l’actuelle ville de Laval) faisaient halte avant d’aller vendre leurs produits dans les marchés de la ville. Ce coin de rue va conserver sa vocation hôtelière pendant un certain temps. En effet, l’hôtel Vincent et l’Hôtel du Nord s’y sont succédé jusque vers 1912. Le bâtiment, toujours visible, héberge aujour­d’hui un café.