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Le choix de la nostalgie

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Vingt et un ans après la sortie de Ferrovipathes – devenu film culte depuis –, Danny Boyle, Ewan McGregor, Ewen Bremner, Jonny Lee Miller et Robert Carlyle sont de retour dans les rôles qui ont marqué leur carrière et toute une génération.

Quand Ferrovipathes prend l’affiche, en 1996, le propos du long métrage de ­l’équipe écossaise de Petits meurtres entre amis remporte un succès immédiat et mondial, une génération entière s’y ­reconnaissant. Déterminé à faire une ­suite après avoir attendu que les acteurs vieillissent naturellement, Danny Boyle et le scénariste John Hodge se sont ­penchés, dès 2009, sur Porno, la suite ­littéraire du roman Ferrovipathes ­d’Irvine Welsh.

Après quelques séances de remue-méninges, les deux hommes, en accord avec l’auteur, ont changé leur fusil d’épaule. «Le roman se déroule neuf ans plus tard et John en avait fait une adaptation ­relativement fidèle, de souligner Danny Boyle lors d’un entretien diffusé par la maison de production britannique Film4, impliquée dans le long métrage. ­Malheureusement, en termes cinématographiques, ça ne marchait pas du tout! Il y a 18 mois, nous nous sommes réunis à Édimbourg – le 20e anniversaire du film arrivait à grands pas et nous savions que si nous ne faisions pas la suite maintenant, nous ne la ferions jamais. Il n’y a pas eu de grand moment de révélation, [...] nous avons parlé, relu des extraits du roman et du premier scénario, nous en avons rediscuté, nous nous sommes ­replongés dans l’ambiance de la ville. Puis, John s’est isolé et a écrit quelque chose de très personnel, sans faire d’adaptation. Bien sûr, il demeure ­certains éléments tirés des deux romans, mais il a rédigé quelque chose à travers le regard de ces personnages.»

Où en sont les personnages?

À la fin du premier long métrage, Mark Renton, alias Rent Boy (Ewan McGregor), héroïnomane repenti, vole à ses amis Spud (Ewen Bremner), Sick Boy (Jonny Lee Miller) et Franco (Robert ­Carlyle), les recettes d’une opération de vente de drogue, tout en laissant une somme à Spud. Désireux de mener une vie plus traditionnelle, Rent Boy quitte alors Édimbourg.

Dans F2 Ferrovipathes, on retrouve ­Renton à Amsterdam, dont il part après une crise cardiaque pour retourner à Édimbourg. Il y retrouve Sick Boy, qui ­assure son existence en marge de la ­légalité, Spud, qui se bat toujours contre son addiction tandis que Franco purge une peine de prison et vient de se voir ­refuser sa demande de libération sous ­caution en raison de son mauvais caractère.

«Il n’y a aucune raison de faire une suite à Ferrovipathes, de lancer Jonny Lee ­Miller en marge de la promotion du film qui s’est amorcée en début d’année au Royaume-Uni. Sauf si le long métrage se penche sur des questions importantes comme le fait de vieillir, de se demander ce qu’on a fait de ces années et de ­considérer ce que cela implique. Si on se contente de faire une suite à une histoire de malfrats en racontant qui se venge de qui, ce n’est qu’ennuyant.»

«Le plus extraordinaire, c’est que chacun de ces personnages se trouve là où je souhaite qu’il soit. Ils se battent encore contre leur dépendance», de souligner Robert Carlyle. Mais pour Danny Boyle, «au fur et à mesure, le film se voit comme un examen de la masculinité à travers les années. Et, en utilisant ce mot, on en vient à utiliser l’expression «figure ­paternelle», ce qui fait réaliser que F2 Ferrovipathes est rempli d’enfants, tous déçus. Et de femmes, toutes déçues».

«Nous sommes assez âgés aujourd’hui pour savoir qu’on ne vieillit pas de 20 ans sans ramasser quelques blessures en chemin, a expliqué Ewen Bremner. Vingt ans, ce n’est pas un long fleuve tranquille. Oui, il y a des choses qui rendent heureux, mais il y a également des événements à surmonter. Le cheminement de Spud en est un d’amélioration, il veut désespérément devenir l’homme que veulent sa femme et son fils. Tragiquement, c’est quelque chose qu’il ne parvient pas à atteindre.»

Une évolution nécessaire

Le quatuor, même après tout ce temps, est indéniablement familier. Les personnages sont les mêmes, les cinéphiles les reconnaissent. Par contre, comme l’a ­souligné Ewan McGregor, «heureusement, Danny n’a essayé ni de recréer le premier film ni de retrouver ces gens-là. Cela aurait été comme de retrouver son moi d’il y a 20 ans, c’est impossible! Ce que j’ai découvert, en étant sur le plateau avec ces acteurs que je connais et que j’aime et en étant dirigé par Danny, que je connais et que j’aime, c’est que tout est revenu très naturellement. La première scène que j’ai tournée est celle dans ­laquelle je revois [Sick Boy] pour la première fois depuis 20 ans. Et cela a été la manière parfaite de débuter le tournage.»

Le regard des quatre personnages ayant changé, il est inévitable que F2 Ferrovipathes comporte une bonne dose de nostalgie. «On y trouve toute cette nostalgie de ce qu’étaient les années 1990, du fait que c’était merveilleux d’être jeune, de ne pas s’en faire et d’être prêt à tout. Ce point de vue nostalgique est extrêmement attrayant et romantique pour nous, et c’est un sentiment partagé aussi par nos personnages. Tout s’est donc brouillé et mélangé», a ajouté Ewan McGregor.

«Le long métrage en lui-même est ­indéniablement nostalgique, mais ce ­regret du passé est également perçu par nos personnages. John [Hodge] a, de plus, ­inclus dans le scénario une ­nostalgie du premier film puisqu’on y ­retrouve des ­allusions et des références à Ferrovipathes


♦ F2 Ferrovipathes arrive dans les salles du Québec dès le 24 mars.

 

Kelly McDonald: mesurer le chemin parcouru

Dans Ferrovipathes, Kelly McDonald incarnait Diane, adolescente de 15 ans avec qui Renton couche. L’actrice de 41 ans, vue récemment dans Anna Karenina et la ­série Boardwalk Empire, et qui est de la distribution de F2 Ferrovipathes est revenue sur l’aventure constituée par le long métrage de 1996 lors de la promotion du long métrage.

Ferrovipathes est le premier scénario que j’ai lu de ma carrière. J’ai d’ailleurs éprouvé le même sentiment d’excitation qu’à l’époque en lisant le scénario de la suite. [...] Il y a 20 ans, je me trouvais dans une position exceptionnelle parce que je n’avais jamais rien tourné, ni long métrage ni émission de télévision. J’étais une néophyte complète, je ne savais pas ce que je faisais! J’ai donc tenu pour acquis que chaque plateau avait la même atmosphère, la même ambiance, que chaque scénario était aussi intéressant, que tous les personnages étaient aussi colorés. Ce n’est qu’en ­rétrospective que j’ai compris ce que cela signifiait vraiment que d’avoir été impliquée dans le ­premier Ferrovipathes