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Nouvelle aventure pour le Cirque en Amérique latine

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BUENOS AIRES, ARGENTINE | Il y a trois ans, le Cirque du Soleil recevait une proposition d’un important promoteur d’Amérique latine: faire un spectacle thématique sur le groupe Soda Stereo. Mais qui est ce groupe?, se sont alors demandés les employés québécois du Cirque. Après avoir fait leurs devoirs, ils se sont rapidement rendu compte de l’importance qu’avait Soda Stereo en Amérique latine. «Ils sont aussi big que les Beatles!» a lancé la directrice de création de Sep7imo Dia, Chantal Tremblay. Le Journal s’est rendu à Buenos Aires, en Argentine, pour prendre conscience du «phénomène Soda Stereo».

Les médias d’Amérique latine étaient fort nombreux, la semaine dernière, à vouloir couvrir la première du nouveau spectacle du Cirque du Soleil sur Soda Stereo, Sep7imo Dia.

Seul média d’Amérique du Nord, Le Journal s’est entretenu sur place avec deux Québécois de l’équipe, le metteur en scène du spectacle, Michel Laprise (Kurios) et Chantal Tremblay.

«On a été super honnêtes dans le processus, dit Michel Laprise. Au début, on n’a pas fait semblant qu’on connaissait Soda Stereo. Habituellement, quand on fait des shows, on a carte blanche. On choisit le thème. Quand j’écrivais Kurios, je me disais que ça devait être encore pertinent dans six ans au Japon, dans 15 ans en ­Amérique latine. J’adore ça parce que t’écris quelque chose qui est universel. Tu ne peux pas aller dans quelque ­chose d’anecdotique.»

«Dans ce cas-ci, il ne fallait pas être dans notre tête, mais plutôt dans notre cœur, poursuit-il. Chantal et moi, on est venus ici (à Buenos Aires) et on est allés dans les lieux d’enfance de ­chacun des gars (de Soda Stereo). Ça nous donnait un angle émotif. Oui, on a tout écouté, tout lu sur le groupe. Mais ce n’était pas suffisant. Il fallait le prendre personnel.»

En s’attaquant à un groupe culte en Amérique latine, mais inconnu en Amérique du Nord, l’équipe presque toute québécoise du Cirque avait aussi le défi de plaire aux nombreux admirateurs de Soda Stereo.

«Il y a plusieurs personnes qui sont venues nous dire qu’elles avaient peur qu’une grande entreprise du nord ne respecte pas l’essence de Soda Stereo, mentionne le metteur en scène. C’est ultra personnel pour eux. Lors de la première mondiale, les gens étaient ­super émus. Il y en a qui m’ont dit que nous avions touché à l’essence de ce que sont les chansons de Soda.»

Parterre debout

Ayant travaillé sur les spectacles Beatles LOVE et Michael Jackson ­IMMORTAL, Chantal Tremblay indique que Sep7imo Dia comporte une grande différence: pour la première fois de l’histoire du Cirque, le public au parterre est debout. «On peut sentir qu’on est venu dans un show rock», dit-elle.

«Cet aspect du public debout, ça stressait bien des gens de la production, renchérit Michel Laprise. Je voulais qu’il y ait plusieurs numéros acrobatiques dans le public. Mais tant qu’on ne l’essayait pas (avec des spectateurs), on ne savait pas si ça allait bien fonctionner.»

Une fois la première mondiale ­terminée, Michel Laprise et Chantal Tremblay comptaient rester quelques jours de plus à Buenos Aires, pour ­apporter quelques petites modifications au spectacle.

«Les salles où le spectacle va partir en tournée sont de différentes configurations. Alors, il a fallu aborder la conception comme des amuseurs publics qui s’adaptent à l’envionnement», ­mentionne le metteur en scène.


Les frais de transport et d’hébergement ont été payés par le Cirque du Soleil.

 

TÊTE À TÊTE AVEC SODA STEREO

Soda Stereo, dans les années 1980.
Photo courtoisie
Soda Stereo, dans les années 1980.

En Argentine, Charly Alberti et Zeta Bosio sont de véritables légendes. Les deux musiciens restants de Soda Stereo (le chanteur, Gustavo Cerati, est décédé en 2014) sont aussi connus en Amérique latine qu’un Paul McCartney ou un Mick Jagger. Le Journal a eu l’occasion de s’asseoir durant 15 minutes avec eux.

C’est l’équipe de gérance de Soda ­Stereo, PopArtMusic, qui a fait les ­démarches auprès du Cirque du Soleil, confirme Charly Alberti. «Je n’ai vu qu’un spectacle du Cirque du Soleil, en Argentine, dit-il. C’était leur premier spectacle en Amérique latine.»

Lors de leur tournée de retrouvailles, en 2007, les membres de Soda Stereo ­blaguaient souvent à propos de leurs éclairages et projections vidéos. «À ­plusieurs reprises, nous nous disions: wow, c’est comme le Cirque du Soleil!», dit Charly, en riant.

La collaboration avec l’entreprise québécoise intéressait les deux musiciens, car ils travaillent de la même façon. «Tout comme nous, ils ont le souci de la perfection, des détails, indique Charly. En plus, les deux projets ont commencé presque en même temps. Le Cirque a ­débuté en 1984 et nous en 1982.»

Lors de la création de Sep7imo Dia, Charly ­Alberti et Zeta Bosio ont travaillé à réarranger les chansons de Soda Stereo. «Nous avons fait un peu le même travail que les Beatles avec LOVE, dit Charly. Nous avons ­numérisé toute la musique et l’avons adaptée aux ­numéros.»

Une célébration

En parallèle, les deux ­musiciens indiquent avoir développé une très belle ­relation avec Michel Laprise, le metteur en scène.

«Nous avons toujours eu un mot à dire durant le processus de création, dit Charly. Tout était fait avec beaucoup de respect. Nous savions que c’était le ­spectacle de Michel, mais il a toujours écouté nos suggestions et commentaires. [...] Ce que nous avons aimé, c’est que le Cirque a dit que ce n’était pas un ­hommage, mais une célébration.»

Quand on demande aux musiciens si ce projet sera le dernier de Soda Stereo, ils partent tous les deux à rire. «En 2007, nous pensions que c’était la dernière fois que nous faisions quelque chose ­ensemble», dit Zeta. «Même en 1997!» ­rétorque Alberti.

Alors qui sait, après ce nouveau spectacle en 2017, les musiciens proposeront peut-être quelque chose... en 2027! «Il faudrait que ce soit avant ça», mentionne Charly. «Mais c’est très difficile de faire quelque chose sans Gustavo», conclut Zeta.

 

DES LIENS ÉMOTIFS AVEC BUENOS AIRES

Stade de l’équipe Obras Sanitarias, où Soda Stereo a joué à la fin des années 1980.
Photo Raphaël Gendron-Martin
Stade de l’équipe Obras Sanitarias, où Soda Stereo a joué à la fin des années 1980.

Lors de son passage à Buenos Aires, Le Journal a eu l’occasion de faire une visite de la ville en compagnie de Marcelo Fernández Bitar. Le journaliste, correspondant pour les magazines Billboard et Rolling ­Stone, a écrit une biographie sur ­Soda Stereo. Il a expliqué quels liens étroits unissent la capitale argentine et le groupe rock.

«C’est ici que le groupe est né, ­mentionne-t-il. Dans les années 1980, il y a une nouvelle génération de musiciens qui est sortie, en Argentine. C’était la période après des années de dictature militaire. Soda Stereo est arrivé avec des chansons accrocheuses de trois minutes. C’était du rock sur lequel les gens pouvaient danser et chanter.»

À Buenos Aires, Soda Stereo a ­donné plusieurs concerts d’envergure. En 1989, il y a eu des spectacles au stade des Obras Sanitarias, une équipe de basketball. Puis le groupe a donné un important concert ­extérieur, devant des centaines de milliers de personnes, sur l’avenue du 9-Juillet, en plein centre-ville.

En 2007, lors de sa tournée de ­retrouvailles, le trio établissait un record en se produisant lors de six concerts à guichets fermés au stade Monumental Antonio Vespucio ­Liberti. Le stade de soccer peut ­accueillir 60 000 personnes. Avant Soda Stereo, les Rolling Stones avaient réussi à remplir cinq fois «El Monumental».