/lifestyle/books
Navigation

Un Québécois au Tibet

Coup d'oeil sur cet article

Après la série historique Radisson, publiée chez Glénat Québec, Jean-Sébastien Bérubé a rejoint le prestigieux catalogue de Futuropolis avec Comment je ne suis pas devenu moine.

À l’âge de 12 ans, ce n’est pas d’une ­carrière dans le rock ou le cinéma dont ­rêvait le jeune Rimouskois bègue, mais bien d’être moine tibétain. Issu d’un milieu ­familial difficile et à l’orée de l’adolescence, Bérubé, en perte de repères, trouve refuge dans le bouddhisme. En 2005, alors fraîchement diplômé de l’Université du Québec en Outaouais avec un bac en bande dessinée, il part pour un long périple au Népal, qui le mènera bien au-delà du fantasme. S’il ne s’y rend pas avec l’idée d’en tirer un récit de voyage, une rencontre déterminante sur la route lui en donne l’idée. «Avant mon départ, j’avais entrepris une ronde de démarchage auprès des différents éditeurs québécois avec un projet de bande dessinée. Ce n’est qu’à mon retour que je me suis lancé dans Radisson», raconte l’auteur. «Il m’aura fallu 10 ans pour trouver le détachement ­émotion­nel nécessaire afin de m’attaquer à mon récit de voyage.»

<em>Comment je ne suis pas devenu moine</em>
Jean-Sébastien Bérubé, Futuropolis dès le 15 mars
Photo courtoisie
Comment je ne suis pas devenu moine Jean-Sébastien Bérubé, Futuropolis dès le 15 mars

Voyage hergéesque

La houppette en moins, Bérubé entreprend un long périple, non pas au secours de Tchang, mais bien en quête de sens, de ­guérison. Difficile de ne pas faire le parallèle avec Hergé, qui, alors en pleine crise, réalisa ­Tintin au Tibet. Ses aventures sont d’ailleurs tout aussi rocambolesques que celles du célèbre reporter. Par le truchement de son formidable carnet de voyage, l’auteur lève le voile sur un coin du monde étonnant, complexe, loin de l’idée «Disneyienne» qu’on s’en fait.

L’adversité, il ne la croisera pas qu’en ­chemin. Lorsque vient le moment de réaliser l’album, Bérubé est affligé d’une sévère ­tendinite qui le fait souffrir, certes, mais le fait grandir également. «J’en ai eu pour des mois de physiothérapie. Malgré la douleur, j’en ai tiré de belles leçons: accepter mes ­limites, apprendre à lâcher prise, assumer que mon dessin sera imparfait.»

Futuropolis, la consécration

Genre encore peu visité par nos auteurs nationaux, le carnet de voyage gagne ­pourtant en popularité auprès du lectorat. C’est l’Europe que visait dès le départ ­Bérubé. Son ancien professeur et collègue Jean-Louis Tripp a joué les entremetteurs auprès de Casterman. Charlotte Gallimard, au fait de la chose, lui a plutôt proposé de ­publier l’album chez Futuro, un des éditeurs du groupe Gallimard spécialiste du genre. «J’étais fou de joie. Entrer dans le même ­catalogue qu’Emmanuel Lepage, Jipi et ­Pascal Rabaté, c’est géant.»

Avec Comment je ne suis pas devenu moine, Jean-Sébastien Bérubé nous livre bien plus que le cinquième album de sa carrière: c’est assurément l’un des grands de 2017.

À lire aussi

<em>Le 7<sup>e</sup> vert</em>
Paul Bordeleau, La Pastèque
Photo courtoisie
Le 7e vert Paul Bordeleau, La Pastèque

À la suite de son délicieux triptyque poétique Faüne, l’auteur de la Vieille Capitale Paul ­Bordeleau nous revient en force avec un ­superbe récit intimiste, où une partie de golf entre un père et son fils qui s’interrompt au septième trou sert de prétexte pour plonger au cœur d’un double et douloureux secret fami­lial. C’est avec nuance et sensibilité que l’auteur nous livre ce chavirant album superbement dessiné après sept années d’absence.

<em>Au travail T.2</em>
Olivier Josso, L’Association
Photo courtoisie
Au travail T.2 Olivier Josso, L’Association

Figure de proue du genre autobiographique, Olivier Josso poursuit admirablement sa quête introspective dans ce second opus, où le vert, couleur de l’espérance, cède peu à peu la place à l’orangé des feuilles médicales sur lesquelles il dessinait quand il était enfant. En filigrane de son rapport au père absent se ­dévoile celui qu’il entretient avec son métier ­d’auteur de bandes dessinées, avec, au cœur de cette réfle­xion, L’île Noire d’Hergé.

Blake et Mortimer T.24<br />
<em>Le testament de William S.</em><br />
André Juillard, Yves Sente
Photo courtoisie
Blake et Mortimer T.24
Le testament de William S.
André Juillard, Yves Sente

Un an après les commémorations du 400e anniversaire de la mort de William ­Shakespeare, le tandem de repreneurs de Blake et Mortimer nous convie à un captivant polar autour d’un manuscrit inédit du célèbre dramaturge anglais. Album le plus réussi ­depuis leur entrée en fonction, l’enlevante aventure de Sente et Juillard fait mouche. Shakes­peare lui-même ne l’aurait ­certainement pas renié...