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Aborder un thème difficile avec pudeur

Aborder un thème difficile avec pudeur
Photo courtoisie

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Avec Les contes défaits, l’écrivain suisse Oscar Lalo signe un premier roman coup de poing. Il y décrit le cauchemar d’un camp de vacances où sévissaient des abus de toutes sortes. Le roman, très bien accueilli par le public et la critique en Europe, est en nomination pour le prix littéraire Québec-France, Marie-Claire Blais 2018.

Oscar Lalo a passé sa vie à écrire des plaidoiries, des cours de droit, des chansons et des scénarios, mais a exploré un nouveau créneau – la littérature – avec Les contes défaits.

L’écriture de ce livre à la grande densité émotionnelle, qui traite de sujets âpres, tristes et difficiles, n’a pas été de tout repos. On souhaite que ce ne soit pas autobiographique. «C’est un roman. Dans un roman, tout est inventé... on ne parle que de soi. Mauriac disait: la fiction ne ment pas. Je suis en train d’écrire mon second roman qui n’a rien à voir avec ça. Et je m’aperçois qu’on ne parle que de soi», commente Oscar Lalo en entrevue, lors de sa récente tournée de promotion au Québec.

« La réalité dépasse souvent la fiction »

«Quand on voit le monde d’aujourd’hui, la réalité dépasse souvent la fiction. Je crois que l’art d’un écrivain, c’est de faire en sorte que le lecteur puisse lui aussi s’immerger totalement dans l’expérience et finalement, ne plus se poser la question de la réalité ou de la fiction.»

«Pour ne rien vous cacher, chaque fois qu’on me demande si c’est autobiographique, je prends ça comme un compliment, parce que je me dis, j’ai fait le job. Je suis vraiment devenu ce petit garçon.»

«Alors c’est vrai que ce petit garçon, qui ne m’a pas quitté depuis la fin du livre, c’est une espèce de conglomérat d’enfants que j’ai défendus en tant qu’avocat, de jeunes que je connais, une partie de moi. C’est ce qui fait que je pense qu’on peut se poser la question de l’autobiographie. Mais c’est pas un récit ni une autofiction.»

Point de départ

Ce qui l’a vraiment intéressé, comme point de départ de l’écriture du roman, c’est comment une décision somme toute anodine des parents – envoyer ses enfants dans une colonie de vacances – peut être interprétée de l’angle de l’enfant. «Ce qui m’a passionné, c’est de rester dans l’angle de l’enfant, par rapport aux autres, par rapport aux adultes, à sa sœur, à son frère, aux moniteurs. Et d’arriver à ce que cet enfant ne s’exprime pas comme un bébé, mais qu’on sente, même si son expression était ciselée – parce que chaque mot comptait sur un thème aussi sensible – que ses mots venaient du petit garçon.»

Des situations telles qu’il les décrit sont certainement arrivées pour vrai. «C’est sûr, je vous le garantis», dit-il. La portée de ce qu’il dénonce a été énorme en Europe. «Je savais que j’abordais un thème très difficile et je voulais l’aborder avec pudeur, si possible avec poésie. Pour moi, c’est tout sauf un livre sur la pédophilie. C’est un livre sur la mémoire, cette mémoire difficile de la prime enfance, qui n’est pas vraiment accessible, sur l’enfance et sur la résilience.»

Les contes défaits d’Oscar Lalo est en nomination pour le prix littéraire Québec-France, Marie-Claire Blais 2018.

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