/world/opinion/columnists
Navigation

La politique de la main non tendue

Le président américain Donald Trump a serré la main de la chancelière allemande Angela Merkel après une conférence de presse à la Maison-Blanche vendredi soir.
Photo Richard Latendresse Le président américain Donald Trump a serré la main de la chancelière allemande Angela Merkel après une conférence de presse à la Maison-Blanche vendredi soir.

Coup d'oeil sur cet article

Vous vous demandez où s’en va le monde? La Maison-Blanche nous en a donné une idée vendredi. Il y a cette bonne vieille direction, stable et prévisible, choisie au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale après s’être entre-tués comme des chiens, puis il y a cette autre direction, prise à l’aveuglette et susceptible de changer sur un coup de tête ou une volée de messages sur Twitter.

La chancelière allemande Angela Merkel et le président américain

Donald Trump diffèrent sur la forme comme sur le fond. Elle est plutôt terne et imperturbable; il grimace et distribue ses opinions comme bon lui semble. Fille de pasteur, élevée en Alle­magne de l’Est communiste, diplômée en physique-chimie, Merkel, pour devenir la femme la plus puissante du monde, a franchi d’interminables étapes une à une.

Lui a un parcours de sprinter: né dans une riche famille new-yorkaise, son père lui a fait un prêt de plusieurs millions de dollars pour lancer sa propre carrière et il a continué à s’enrichir malgré quelques faillites ici et là. Son succès politique, il le doit, entre autres, à l’immense popularité que lui a apportée l’animation d’une émission de télé-réalité et une série d’affirmations intempestives et sans fondement, comme l’insinuation que Barack Obama n’était pas né aux États-Unis.

MRS MERKEL GOES TO WASHINGTON

Vendredi, Trump recevait Mme Merkel à la Maison-Blanche. Pour les avoir suivis sur place au fil de la journée, c’était, je vous assure, le triomphe du malaise et de l’embarras. La chancelière est une habituée du 1600 Pennsylvania Avenue: elle y a bien connu George W. Bush, d’un naturel chaleureux, puis Barack Obama, plus distant, mais, comme elle, attentif aux détails et consciencieux.

Il fallait les voir, cette fois-ci, dans le Bureau ovale devant une petite armée de journalistes et de photographes. On tire rarement de l’information valable de ces quelques secondes à les regarder côte à côte: ils sont là pour la photo, à se serrer la main et à montrer qu’en leaders responsables ils vont tout faire pour s’entendre, sauver l’économie et la paix dans le monde. J’exagère à peine.

Pas de poignée de mains ce vendredi-ci, malgré les regards insistants de la chancelière et les appels des photographes! Le président avait son visage fermé des jours sombres et il n’a fait, comme commentaire, qu’on envoie «une bonne photo de lui en Allemagne». La conférence de presse n’a guère été mieux.

REGARDER LE MONDE EN LOUCHANT

Angela Merkel a insisté sur les vertus de la coopération, rappelant que les pays européens, pendant des siècles, se sont livré des guerres; que la mondialisation devait être façonnée de maniè­re juste, mais toujours ouverte; que le sort des réfugiés et des migrants implique de s’interroger sur leur pays d’origine et leur capacité de les aider. Et évoquant son cas à elle, la chancelière a souligné que l’Allemagne moderne devait son succès au soutien des États-Unis, d’abord avec le plan Marshall, puis tout au long de la Guerre froide.

Donald Trump a rétorqué à tout cela, et je ne blague pas, que «de nombreuses usines reviennent aux États-Unis... des emplois font leur retour dans le Michigan, en Ohio et en Pennsylvanie». Angela Merkel cherchait un partenaire; elle a trouvé un homme qui parlait à son monde d’abord. Les autres devront se débrouiller sans lui.

L’ALLEMAGNE, L’AUTRE GRANDE PUISSANCE

  • Population (2015) 81 413 145
  • Espérance de vie (2014) 80,8 ans
 
Produit intérieur brut (2016)
  • 4000 milliards $ US (5e au monde)
Revenu per capita (2015)
  • 40 037 $ US
Réfugiés et migrants accueillis
  • 2015 890 000
  • 2016 280 000

Canada

  • 55 800 (2016), dont 40 000 Syriens

États-Unis

  • 84 995 (2016)

ANGELA MERKEL PREMIÈRE CHANCELIÈRE ALLEMANDE

  • 62 ans
  • Née à Hambourg, mais élevée dans le Land du Brandebourg, alors en Alle­magne de l’Est
  • Élue de l’Union chrétienne-démocrate (CDU, droite) depuis 1991; chancelière depuis novembre 2005
  • Désignée femme la plus puissante au monde 10 fois par le magazine Forbes