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Sur les rails de l’Inde

Sur les rails de l’Inde

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Quelques récits de voyage ont suffi à me donner envie de vivre l’expérience des trains indiens. Pour une somme dérisoire (environ 750 roupies, soit 15 $), on traverse le sous-continent indien du nord au sud. Même si les voyageurs montés sur les toits des wagons sont chose du passé, on peut encore y vivre le joyeux chaos indien.

Obtenir un billet peut être un véritable parcours du combattant dans ce pays. Son réseau ferroviaire, qui roule à plein régime, est complet trois mois à l’avance. Si vous aimez tout planifier avant de voyager, tant mieux, vous pourrez réserver en ligne. Par contre, les plus spontanés devront trouver d’autres moyens.

Si vous vous rendez en Inde avec un ­visa de tourisme, vous pourrez profiter des quotas sur certains trajets reliant la plupart des grandes villes. Des places ­réservées aux touristes étrangers existent sur quelques trains. Dans certaines gares, il n’est même pas nécessaire de faire la file! Avec un peu de chance, il y aura un bureau de tourisme qu’il suffit de localiser dans la gare. C’est le cas ­notamment pour les gares de Chennai et Varanasi. Pour celles de Jaipur et ­Mumbai, il faut se contenter d’un guichet et patienter une petite heure.

Des pèlerins font leur toilette matinale dans le ­Gange, à ­Varanasi.
Photo courtoisie
Des pèlerins font leur toilette matinale dans le ­Gange, à ­Varanasi.

Normalement, réserver la veille, voire le jour même, suffit, sauf peut-être pour le trajet Mumbai-Goa. Beaucoup de ­touristes transitent à Mumbai avant de ­filer vers les plages pendant la saison sèche. C’est d’ailleurs, le seul train à bord duquel j’ai rencontré d’autres touristes étrangers.

Lorsque ces places ne sont pas réclamées, elles sont vendues par le programme Tatkal­­ avec un système de liste d’attente­­ qui permet de trouver une place à la dernière­­ minute. C’est une bonne solution­­ s’il n’y a pas de quota touristique pour le trajet ­envisagé. Par contre, une place n’est pas garantie et il faut parfois faire la file ­plusieurs heures, à moins de passer par l’agence de voyages du coin qui ­s’occupera des démarches pour vous.

Confort sommaire

Les places réservées par quotas ­touristiques sont toujours en sleeper class. C’est la moins luxueuse de celles où on peut s’allonger. Ouvertes aux quatre vents, elles ont trois niveaux de couchettes. Je préfère celles du bas pour la fenêtre. Elles n’ont pas de vitres, donc on sent la brise. Sur les ­couchettes du haut, on n’est jamais ­dérangé, mais elles sont plus sombres.

Des pèlerins font leur toilette matinale dans le ­Gange, à ­Varanasi.
Photo courtoisie
Des pèlerins font leur toilette matinale dans le ­Gange, à ­Varanasi.

Le confort est sommaire, mais l’expérience en vaut la peine. Comme dans tout train, on n’a qu’à se détendre, lire, écouter de la musique et regarder le paysage défiler. La plupart des autres passagers rencontrés ne parlaient pas anglais. Nos conversations par signes étaient élémentaires. Pour la nourri­ture, elle vient à vous. Pendant les arrêts­­, des vendeurs de bouteilles d’eau, chais et mets de tous les jours, riches en blé et en riz, font leur tournée dans les ­voitures. Ils ont plusieurs occasions de le faire. Les arrêts sont fréquents et ajoutent à la lenteur. Par exemple, le trajet Chennai-Varanasi, près de 1400 km à vol d’oiseau, prend 38 h avec deux nuits passées dans le train...

L'Inde véritable

Si un long voyage ne vous décourage pas, vous vivrez l’Inde qu’on ne croise dans aucun­­ aéroport. On voit des enfants préscolaires balayer entre les couchettes en espérant quelques pièces. J’ai aussi vu mendier plusieurs handicapés, une hijra surexcitée (caste des transgenres), qui m’a embrassé sur la tête, et un garçon qui se traînait avec son singe de ­compagnie.

La gare de Chennai, Tamil ­Nadu.
Photo courtoisie
La gare de Chennai, Tamil ­Nadu.

La nuit, ceux qui n’ont pas la chance d’avoir une place attitrée s’allongent au sol entre les couchettes ou aux portes des voitures, à côté des toilettes. Ils sont nombreux. Je m’y suis résigné une fois après avoir pris le bon train... mais à la mauvaise date. Heureusement, les étrangers sont objets de curiosité. J’attirais l’attention à arpenter les couloirs pendant la nuit à la recherche des meilleures toilettes à côté desquelles poser mon sac à dos. Une jeune Indienne m’a alors offert sa couchette dont elle n’avait pas besoin.

Même avec une place attitrée, on peut vouloir s’asseoir sur les marches de la voiture pour changer d’environnement. Les portes ne sont jamais verrouillées. Un voyageur retardataire peut toujours sauter à bord du train qui se met en branle. Une fois, après être descendu pendant un arrêt, j’ai vu mon train qui s’activait. Encouragé par des employés de la gare, j’ai sauté du quai et traversé les voies pour regagner le train. Avec mon sac à dos de 20 kilos, j’ai eu du mal à prendre pied, mais d’autres passagers m’ont hissé à bord.

Une rue du quartier de Pahar Ganj à Delhi.
Photo courtoisie
Une rue du quartier de Pahar Ganj à Delhi.

Sur les quatre trajets effectués, je n’ai subi aucun retard. Les incidents peuvent être plus fréquents pendant la mousson, lorsque des inondations endommagent les voies. Les rails de l’Inde ne sont pas un long fleuve tranquille, mais offrent une expérience unique.

TRAJETS

  • Chennai-Varanasi: 1400 km en 38 h. 
  • Varanasi-Haridwar: 800 km en 14 h
  • Jaipur-Mumbai: 900 km en 16 h
  • Mumbai-Magdaon-Goa: 900 km en 16 h