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AUDIO | Éric Duhaime répond aux questions de Bernard Drainville sur son homosexualité

AUDIO | Éric Duhaime répond aux questions de Bernard Drainville sur son homosexualité

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Éric Duhaime s'est confié à Bernard Drainville d'une façon très intime au cours d'une entrevue sur les ondes du FM93, lundi midi, après avoir annoncé publiquement son homosexualité et annoncé qu'il lancerait cette semaine un essai intitulé La fin de l’homosexualité et le dernier gay.

Voici une transcription de l'entrevue entre les deux collègues du FM93.

  • «Dirais-tu que ça prend du courage pour dire ce que tu dis là?» – Bernard Drainville (B.D.)

«Non, zéro. Sais-tu quoi? Je ne me ferai pas planter parce que je suis gai. Je vais me faire planter par un lobby qui est très bien financé, qui est très bien organisé, qui va y voir une menace. Ce n'est pas surprenant que je n'aie même pas eu le temps de finir ma déclaration et que mon livre n'est même pas disponible que déjà, Jasmin Roy est dans les tribunes en train de me planter. Ça vous démontre la force de ce lobby. Je pense que ce sont eux qui m'attaqueront dans les prochains jours. Mais monsieur madame Tout-le-Monde, non. Les citoyens sont à la même place que nous. On est plus à une époque où ça dérange. Je ne pense pas que ça prend du courage, non.»

  • «As-tu un chum?» – B.D.

«Oui. Depuis plusieurs années.»

  • «As-tu déjà pensé à avoir des enfants, à adopter?» – B.D.

«Historiquement, oui, mais je suis rendu trop vieux. Si j'ai des enfants, je veux les voir grandir. J'ai 47 ans, c'est last call, je suis trop tard. Si je n'avais pas d'enfants avant 40 ans, c'était game over.»

  • «Tes parents, ils en pensent quoi?» – B.D.

«C'est drôle parce que j'en parle dans mon livre. Mes parents sont des gens très progressistes. Ils ont été à l'avant-garde à plusieurs égards. Bizarrement, j'ai toujours eu de la difficulté à aborder la question de l'homosexualité avec mes parents.

Avec mon premier chum, Hugo, ma mère nous avait surpris. Elle ne m'en avait pas parlé. Je ne savais même pas qu'elle m'avait vu avec Hugo. Elle m'en a parlé le lendemain. Ce qu'elle m'a dit, grosso modo, c'est que c'est ben correct d'avoir des relations sexuelles avec un gars si ça t'allume, mais que notre société n'était pas rendue là, pis tu ne peux pas penser que la société est aussi ouverte que le microcosme dans lequel tu as grandi.

Ma mère m'a dit que toute sa vie, elle s'était battue pour que ma vie soit plus facile que la sienne. Je venais de briser son rêve le plus cher. C'est un peu pour elle que j'ai écrit ça, pour lui dire que ce n'est pas vrai. Au contraire, au Québec en 2017, ce n'est plus du tout un handicap. Si je réussis dans la vie, que mes affaires vont bien et que je suis heureux, c'est parce que j'ai eu des parents extraordinaires et que je travaille fort. Ça, c'est des critères beaucoup plus importants que le sexe de la personne avec qui je baise et avec qui je dors.»

  • «Si on pousse ta logique jusqu'au bout, il ne devrait plus avoir de parade de la fierté gaie?» – B.D.

«Écoute, le monde qui veulent fêter, qu'ils s'organisent des partys. Mais il ne faut pas penser que c'est représentatif de la communauté gaie. Je m'excuse, mais la majorité des gais que je connais ne vont pas à la parade gaie et ils ne se promènent pas avec des plumes. Ce sont vos voisins et vous les connaissez! Ils promènent leur chien, vont une semaine en Floride et écoutent le hockey le samedi soir comme tout le monde.

  • «Crois-tu que ta sortie d'aujourd'hui te donnera plus de légitimité sur certains débats?» – B.D.

Ça explique peut-être mes positions sur le monde arabo-musulman et l'islam radical, Bernard. Moi, je suis gai. Je connais l'islam, j'ai lu le Coran, je connais certains imams, et moi, je pense que depuis le 29 janvier, depuis la tuerie ici à Québec dans une mosquée, il y a une espèce de discours ambiant que le vivre ensemble est très important. Tous les politiciens disent qu'on doit accepter les arabo-musulmans, et il faut ouvrir nos bras aux imams et aux mosquées. Je suis d'accord avec ça, mais le vivre ensemble, c'est une autoroute à double sens. Ce n'est pas un one-way.

Pour moi, le vivre ensemble, c'est aussi que les femmes sont égales aux hommes, c'est aussi que les gais ont des droits inaliénables et qu'ils sont des citoyens à part entière. Et ce n'est pas vrai qu'au nom de la liberté religieuse, certains imams et certaines mosquées vont pouvoir continuer à promouvoir des valeurs rétrogrades et qu'ils nous feront reculer d'un siècle, en tant que gai ou en tant que femme.

Dans les prochaines semaines, j'ai l'intention d'inviter les imams à ouvrir leurs portes à des gens comme moi pour qu'on puisse aller parler de la réalité gaie au Québec en 2017. J'ai bien hâte de voir combien vont accepter mon invitation.»

Vous pouvez écouter l'extrait ici.