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Éric Duhaime sort du placard

«Le combat pour le droit des gays est gagné»

«Je me demandais: est-ce que c'est contradictoire de dire que je suis gay, mais que c'est pas important? Je le dis pour montrer que c'est correct, que pour bien du monde, ça ne change plus rien aujourd'hui», soutient Éric Duhaime.
Photo Stevens LeBlanc «Je me demandais: est-ce que c'est contradictoire de dire que je suis gay, mais que c'est pas important? Je le dis pour montrer que c'est correct, que pour bien du monde, ça ne change plus rien aujourd'hui», soutient Éric Duhaime.

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Dans son plus récent livre, l’animateur Éric Duhaime annonce publiquement son homosexualité, en affirmant du même coup que «le combat pour les droits des gays au Québec a été gagné».

«Ben oui, je suis GAY! Pis après?», écrit-il pour donner le ton à son quatrième livre, mais le premier à traiter d’un sujet personnel. Dans «La fin de l’homosexualité et le dernier gay», il écorche par ailleurs au passage le «lobby gay», qui selon lui, n’a plus sa raison d’être. «Il y a de plus en plus de financements pour les organisations gaies qui vient des contribuables, ce n’est pas normal, à une époque où tout le monde accepte et tout le monde s’en fou», a-t-il indiqué en entrevue au Journal.

«Je ne m’identifie tellement pas au lobby qui parle en mon nom. Il n’a pas été élu par personne, je n’ai jamais voté pour ça», indique celui qui affirme ne jamais avoir té brimé en raison de son homosexualité.

«J’ai la prétention de représenter plus de monde que le lobby qui est très bruyant, mais peut-être pas aussi représentatif qu’on le pense», poursuit celui qui admet avoir déjà eu, plus jeune, des relations avec des femmes.

«Pas une victime»

L’animateur concède avoir hésité à sortir son livre, de peur de devenir «prisonnier de cette étiquette». «Je ne souhaite pas être le prochain Dany Turcotte, Daniel Pinard ou Jasmin Roy, encore moins un Michel Girouard des temps modernes», écrit-il, en ajoutant qu’il refuse de se catégoriser comme une «victime». «Je n’en suis pas une ! Je n’ai rien d’un martyr», poursuit-il.

L’homosexualité au Maroc

Éric Duhaime dresse également quelques récits de vie, en plus de certains passages crus sur ses propres expériences, dont sa vie au Maroc, il y a quelques années.

«La division de la société en fonction du sexe dans ce pays-là fait qu’on se retrouve pratiquement toujours juste entre hommes, alors que les femmes sont constamment séparées de nous [...] Mes amis hétéros québécois ne m’ont jamais autant tenu par la main, par l’épaule, embrassé, ni m’ont touché les cuisses ou massé le reste du corps que mes amis marocains. C’est tellement paradoxal !», peut-on lire.

Il raconte également une relation sexuelle interdite avec un ami musulman. «Un jour, au retour d’une de nos nombreuses courses exténuantes, j’ai eu une crampe à la jambe. Il m’a proposé de me masser pour soulager mes muscles endoloris. Petite précision: sous nos shorts moulants de coureurs, nous étions tous deux en érection, et c’était visible».

Visites de mosquées

Éric Duhaime estime par ailleurs que les groupes de défense des droits homosexuels devraient davantage s’attarder à «la menace islamiste» qu’il estime très préoccupante. Ce pourquoi il compte au cours des prochains mois écrire aux imams de Québec, pour les inciter à l’écouter sur la «réalité gaie au Québec en 2017» et ouvrir le dialogue que le «vivre ensemble». «Il faut que nos amis et nos voisins arabo-musulmans comprennent que ce n’est pas une autoroute a sens unique. Oui, il faut faire preuve de plus d’ouverture et de tolérance à leur égard, mais il va falloir qu’eux autres aussi fassent preuve de plus d’ouverture et de tolérance a l’égard notamment des femmes et des homosexuels», mentionne-t-il, en espérant recevoir plusieurs réponses positive.

«Ce n’est pas acceptable qu’on fasse des mosquées où les femmes sont reléguées au balcon ou en arrière, ce n’est pas acceptable que l’homosexualité soit considérée comme une maladie mentale ou passible d’emprisonnement et de peine de mort», indique-t-il.

Histoire

De son enfance à aujourd’hui, l’animateur dresse également une partie de l’histoire du mouvement gai au Québec, en révélant quelques détails croustillants, comme les débuts et le fonctionnement du sauna gai L’Hippocampe situé sur la rue McMahon. «Au sauna, on paie 15 $ pour un casier, ce qui donne accès aux espaces communs. Pour 5 $ de plus, on a droit à une chambre pendant un maximum de 12 heures. Une chambre? Plutôt une cabine avec un lit de 76 centimètres sur 1,82 mètre (30 pouces sur 72), une petite table de nuit, une lampe, une porte qui ferme à clé», écrit-il, après avoir interrogé Yvon Pépin il y a quelques années, propriétaire de l’établissement.

«La fin de l’homosexualité et le dernier gay» sera disponible en librairie dès mercredi.
 

Ce qu’ils ont dit :

 

Jasmin Roy : auteur et conférencier, président de la Fondation Jasmin Roy, qui lutte contre l'intimidation, la violence et la discrimination.

«Il va falloir qu’il fasse son travail de recherche avant de dire des imbécilités ! Est-ce qu’il sait que 32% des jeunes LGBT ont des pensées suicidaires comparativement à 7% des jeunes qui ne sont pas LGBT?  C’est extrêmement dangereux de dire des choses comme ça sur la place publique et surtout d’ignorer les dossiers en milieux éducatifs et en milieux de travail»
«Les victimes ce sont les gens comme lui qui gardent le silence pendant plusieurs années»

Michel Girouard :

«Je me suis marié en 1972, le premier mariage gay au Québec et je n’ai jamais été victime d’homophobie! À 13 ans, je disais à mes amis de classe que j’aimais les gars et j’étais président de la classe! Ce n’est pas vrai que tous les homosexuels ont été victimes d’homophobie.

Louis-Filip Tremblay directeur général, Alliance Arc-en-ciel, organisme de défense des droits de la communauté LGBT :

«Il y a beaucoup de travail à faire à l’extérieur du Québec en effet, mais ça ne veut pas dire qu’il n’y a rien à faire ici. L’expérience d’une seule personne ne peut pas faire foi de toute la communauté. Les personnes homosexuelles en région ou auprès des personnes âgées vivent peut-être de l’homophobie et de l’isolement et c’est la raison pour laquelle on donne de la visibilité aux LGBT»

«J’inviterais M. Duhaime à venir dans nos bureaux et à venir travailler avec nous voir si nous avons tant d’argent que ça et si nous sommes si à l’aise, parce que nos budgets annuels ne sont vraiment pas élevés. Une grosse partie de notre financement pour la Fête Arc-en-ciel, soit 65%, provient de commandites privées»